10 millions de pauvres en France alertent le Secours Catholique. 715 000 emplois perdus au premier semestre 2020 selon l’INSEE. La crise sociale est là avec la kyrielle d’annonces de plans sociaux qui concernent plus de 30 000 emplois. Ce ne sont que des prémices tant le système d’aides tous azimuts freine les défaillances d’entreprises qui devraient rythmer 2021. La question sociale va devoir prendre toute sa place dans l’économie et la finance.

Il y a 5 ans, le changement climatique était un phénomène scientifique. Grâce à l’Accord de Paris, il est devenu un risque systémique pesant sur la stabilité financière mondiale et pris en compte comme tel par des investisseurs de plus en plus nombreux. C’est ce qu’on appelle la "matérialisation" d’un risque ESG, E pour Environnement, S pour Social, ou G pour Gouvernance. Elle dope la prise en compte d’autres facteurs que les seuls profits financiers. Mais si la finance verte est un champ en pleine expansion, l’émergence d’une finance sociale dont la vocation serait de considérer les risques de désagrégation sociale comme une menace systémique pour l’économie mondiale est encore loin. Et pourtant !
Fin 2019, la colère grondait dans de nombreux pays, dont la France aux prises avec les gilets jaunes et les grèves sur la réforme des retraites. La pandémie et ses mesures de confinements ont paralysé un temps ces mouvements sociaux plus ou moins violents. Mais les manifestations qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes en plein confinement contre la loi Sécurité Globale, montre que le feu couvait sous la cendre.
La mécanique de la mondialisation grippée
Les investisseurs adeptes de la finance durable sont comme les autres, ils ont besoin de données quantifiables et d’indicateurs d’impact pour évaluer les risques et les opportunités apportés par les entreprises ou les projets qu’ils financent. Jusque-là, la croissance des marchés financiers et des dividendes masquait le risque que représentait la destruction massive d’emplois dans les pays riches pour installer des usines dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère. Mais la crise du Covid-19 a grippé cette belle mécanique de la mondialisation de l’économie, comme l’a prouvé la pénurie de masques.
Et désormais, le portrait social de la France, dressé par l’Insee le 3 décembre, traduit de fortes inquiétudes pour un avenir proche. L’ubérisation massive de l’économie à la suite de la disparition de dizaines de milliers d’emplois dans les secteurs du tourisme, de la restauration, de l’automobile, du commerce de détail compromet la possibilité de relancer une économie offrant de l’emploi aux Français et donc un logement, l’accès à la consommation…
Un million de jeunes sans formation
L’absence de relance et de formation permettant la reconversion vers des secteurs plus porteurs risque d’aggraver la situation déjà grave du million de jeunes, sans emploi ni formation recensée par la DARES (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques). Quand l’Insee repère qu’un enfant sur huit n’a aucun parent en emploi en 2019 et que 20 % des bons élèves issus de familles défavorisés, n’envisagent pas d’étude supérieure, comment imaginer qu’ils vont pouvoir être cette future main-d’œuvre qualifiée dont a besoin une économie digitalisée et sophistiquée ?
La pandémie a mis à nu l’extrême fragilité d’un modèle économique déjà malmené. Pour faire revenir la croissance, il faudra restaurer la promesse de jours meilleurs pour une population nombreuse. En attendant les investisseurs commencent à prendre en compte le facteur Social et le combine avec le facteur Environnemental, de plus en plus conscients "qu’il n’y a pas d’emploi sur une planète morte", selon l’expression de la Confédération européenne syndicale qui appelle à mettre en place une Transition juste.
Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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