L'inspection du travail, qui accuse l’aciérie ArcelorMittal de Fos-sur-Mer de dépasser les seuils d’exposition de ses salariés à des produits toxiques et des poussières, a ordonné sa fermeture. Une mesure inédite pour ce site, l’un des plus polluants de l’Hexagone, qui avait déjà fait face à plusieurs mises en demeure.
C’est une première. Dimanche 25 juin, l’inspection du travail a ordonné la "fermeture administrative temporaire" d’une partie du site de l’aciérie ArcelorMittal de Fos-sur-Mer, près de Marseille. Faisant suite à deux contrôles réalisés dans l’usine aux mois d’avril et de juin, la décision a été justifiée par l’exposition des salariés à des niveaux trop élevés de produits toxiques et de poussières, indique La Provence qui a pu consulter la décision de l’inspection du travail.


Selon le quotidien, les rapports révèlent la présence de "silice cristalline, de substances chimiques, de fibres de céramiques réfractaires" et de "poussières en suspension" dépassant les seuils limites dans les locaux, mais aussi un manque ou une inadaptation des moyens de protection, comme les masques. Les analyses pointent ainsi "la persistance d’une situation dangereuse pour les travailleurs, résultat de l’insuffisance du plan d’action" proposé par l’entreprise.


Un risque de pollution établi


Affirmant que "la santé et la sécurité au travail sont la priorité principale", ArcelorMittal assure avoir "établi et mis en œuvre un plan d’action avec toutes les parties pour réduire l’exposition du personnel". Ce dernier aurait "recueilli l’avis favorable du comité social et économique (CSE) ainsi que du médecin du travail", après un "dialogue soutenu avec l’inspection du travail et les élus du personnel" explique le sidérurgiste dans un communiqué. 


"En conséquence, nous estimons que la décision de suspendre l’activité de l’aciérie et par conséquent celle de l’ensemble du site est infondée et disproportionnée. Nous étudions en ce moment toutes les possibilités de recours", prévient ArcelorMittal. Si la décision ne concerne que l’aciérie, la fermeture de ce département au cœur de l’activité de l’usine entraînerait "celle de l’ensemble du site", un immense complexe de 1 600 hectares, rassemblant 2 500 emplois directs et 1 500 employés sous-traitants.


Ce n’est pas la première fois que l’aciérie provençale d’ArcelorMittal est pointée du doigt pour les risques qu’elle fait encourir à ses salariés, mais aussi à l’environnement. L’usine, qui peut produire quatre millions de tonnes d’acier par an, est en effet classée parmi les sites industriels français les plus polluants, même si le sidérurgiste y a entamé d’importants travaux de modernisation. Couplée à l’aciérie de Dunkerque, autre site majeur de l’entreprise, elle représente 25% des émissions de gaz à effet de serre industrielles françaises. 


Onze mises en demeure


Selon une enquête publiée en mars 2023 par les médias Marsactu et Disclose, l’analyse des rapports d’auto-surveillance d’ArcelorMittal révèlent, entre 2021 et 2023, de multiples dépassements des seuils de pollution. Rien qu’en 2022, le site aurait enregistré des niveaux de rejets de particules fines "hors-la-loi pendant 240 jours (…) soit 65% de l’année écoulée". Sur ce point, l’industriel avait été condamné en 2020 à une amende complétée d’une astreinte atteignant 350 000 euros. 


La préfecture des Bouches-du-Rhône est par ailleurs à l’origine de onze mises en demeure depuis 2010 pour "pollution de l’air" et "dépassements des seuils autorisés de particules". La justice a également été saisie à plusieurs reprises par des riverains et des associations environnementales contre l’entreprise, qui a été condamnée par trois fois. En 2019, deux procédures judiciaires avaient été ouvertes pour "mise en danger de la vie d’autrui" et "trouble anormal du voisinage". Elles sont toujours en cours.
Florine Morestin avec AFP
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