Publié le 29 mars 2018

ENVIRONNEMENT

Nestlé Waters accusé d’épuiser la nappe phréatique de Vittel

Nestlé Watters est accusé par France Nature Environnement d'assécher la nappe phréatique de Vittel. Au point que la Commission locale de l'eau propose comme alternative d'installer un pipeline pour approvisionner les habitants de la ville des Vosges en eau potable. L'industriel affirme, lui, qu'il a respecté les décisions des autorités locales et qu'il a d'ailleurs réduit volontairement de 25 % la quantité d'eau qu'il était autorisé à pomper.

Nestlé Waters affirme avoir volontairement réduit de 25% son tirage sur la nappe de Vittel surexploitée.
Jean-Christophe Verhaegen/AFP

L’eau manque à Vittel. La phrase peut faire sourire, mais cela pourrait bien devenir une réalité pour les habitants de la ville des Vosges. Dans un communiqué publié le 22 mars, l’association France Nature Environnement (FNE) affirme que "le géant international Nestlé Waters s’est approprié la ressource locale pour commercialiser l’eau en bouteille, exportée en Allemagne. Au risque d’épuiser la nappe et au détriment des populations locales".

Nestlé Waters a en effet reçu l’autorisation de tirer un million de mètres cubes d’eau chaque année sur la nappe de GTI (Grès du Trias Inférieur). Une autre industrie, la fromagerie l’Ermitage, prélèverait, de son côté, 700 000 mètres cubes par an. À eux deux, les deux entreprises consomment 50 % de la ressource en eau, estime l’ONG European Water. 

Or selon le BRGM, Bureau de recherches géologiques et minières, la nappe n'arrive plus à se régénérer. Pomper à la fois par l'Ermitage, Nestlé Waters et la ville de Vittel, elle affiche un déficit de 1,1 million de mètres cubes par an. 

"Nous avons réduit volontairement notre droit de tirage de 25%"

Pour tenter d'atténuer le déficit, le 15 mars 2018, la Commission locale de l’eau (CLE) a proposé comme alternative un projet de pipeline qui viendrait alimenter en eau la ville de Vittel. "On oblige les populations locales à s’approvisionner en eau potable ailleurs", dénonce Michel Dubromel, président de FNE. "La situation à Vittel est la preuve d’une non-gestion en responsabilité de la ressource en eau locale disponible pourtant suffisamment abondante pour satisfaire les besoins du territoire à condition que chacun prenne en compte les besoins des uns et des autres".

C’est pourtant ce que pense avoir fait le directeur de Nestlé Waters Vosges, Hervé Lévis. "Alors que nous sommes autorisés à puiser 1 million de mètres cubes, nous avons décidé en 2017 de réduire de 25 % notre droit de tirage. C’est une décision volontaire, car en tant qu’utilisateur de cette nappe, nous avons conscience qu’il faut préserver sa durabilité", explique Hervé Lévis à Novethic.

Des soupçons de conflits d'intérêts 

Le directeur affirme avoir ouvert d’autres forages de nappes non épuisées dans la région pour pallier à la baisse de la nappe de GTI. "C’est une démarche de longue haleine qui demande beaucoup d’investissements et de temps. Il faut en moyenne trois à quatre ans pour recevoir les autorisations de forage", explique-t-il. "Mais même si on passe à zéro sur cette nappe, elle sera toujours déficitaire".

Quant à la proposition de pipeline, le directeur ne prend pas position et affirme qu’il votera en tant que membre du CLE, comme les 45 personnes qui y siègent. "Dans tous les cas, nous accompagnerons la décision", affirme-t-il.

Reste que trois associations siégeant à la Commission locale de l’eau - l’Association de protection des vallées et de prévention des pollutions, Oiseaux Nature et Vosges Nature environnement - dénoncent de possibles conflits d’intérêts.

Elles soulignent que l’ancienne conseillère départementale Claudie Pruvost, qui présidait la CLE, est l’épouse de Bernard Pruvost, ex-directeur R&D chez Nestlé Waters International. Ce dernier fut aussi, de 2010 à 2016, président de la vigie de l’Eau, association chargée du portage du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux. La FNE rappelle d'ailleurs que Claudie Pruvost, également maire adjointe de Vittel, fait l’objet d’une enquête préliminaire pour prise illégale d’intérêt.

Marina Fabre @fabre_marina 


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Eau

Sécheresse, pollution, inondations, les ressources en eau se dégradent. Or l’eau est indispensable à de nombreuses activités industrielles, plus particulièrement dans le secteur de l’énergie. Les projets de grands barrages sont souvent contestés.

Ocean vague rapport giec pixabay

Rapport du Giec sur les océans : le monde est déjà entré dans un cercle vicieux infernal

Après une nuit blanche de débats, les 195 États membres du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ont adopté le rapport d'une centaine de scientifiques sur les impacts du changement climatique sur les océans et les glaciers. Le document de 900 pages démontre le cercle...

Retenue Collinaire

Sécheresse : le gouvernement veut autoriser une soixantaine de retenues d'eau d’ici 2022

Alors que 86 départements français connaissent toujours des mesures de restriction d'eau, le gouvernement prévoit d'autoriser une soixantaine de nouvelles retenues d'eau d'ici 2022 afin de mieux gérer l'irrigation agricole. Ces projets devront toutefois se faire en concertation avec les différentes...

Ressource en eau crise CC0

Cinq chiffres à connaître pour comprendre la crise mondiale de l’eau

Sur la planète bleue, seul 2,5 % de l’eau est potable, le reste est de l’eau salée impropre à la consommation ou pour l’agriculture. Cela reste un volume considérable mais qui ne suffit plus face aux besoins liés à la croissance de la population mondiale, à l’agriculture et à l’urbanisation. Sans un...

[Science] Des antibiotiques polluent les rivières du monde entier

De l'Europe à l'Asie en passant par l'Afrique, les concentrations d'antibiotiques relevées dans certaines rivières du monde dépassent largement les niveaux acceptables, met en garde une étude présentée début juin.