Publié le 28 août 2017

ENVIRONNEMENT

Menacée par des sécheresses à répétition, la France va devoir déployer de nouvelles technologies

De plus en plus, la France manque d’eau. Les périodes de canicules, les précipitations trop brutales et le manque d’eau en hiver devraient aggraver la situation à l’avenir. Pour y remédier, les industriels misent sur la numérisation des réseaux et la réutilisation des eaux usées.

Suez réalimente la nappe du Pecq-Croissypar grâce à un bassin d’infiltration.
@Suez

La situation est inédite. La France métropolitaine, jusqu’alors gâtée en matière de ressources en eau, se retrouve dans une situation de stress hydrique jamais vue. Fin août, 85 départements sont sous le coup d’arrêtés préfectoraux allant de la sensibilisation aux usages de l’eau à des interdictions pures et simples de prélèvements, y compris pour l’agriculture. Plusieurs cultures, comme le maïs et la vigne, en paient le prix fort.

Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), dans son bilan de mi-août, dessine un portrait inquiétant de l’état du sous-sol français. "Les deux tiers environ des nappes phréatiques (71 %) affichent un niveau modérément bas à très bas", expliquent les experts. Ils ajoutent que 83 % des points de mesures sont orientés à la baisse.

Dans son "plan eau",  présenté début août et visant à renforcer la résilience du pays, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, prévenait que "Cette situation exceptionnelle pourrait devenir commune à partir de 2050 en raison du dérèglement climatique". À en croire les deux principaux gestionnaires des réseaux, Suez et Veolia, le ministre ne semble pas noircir le tableau.

La réalité du changement climatique

"Le stress hydrique est aujourd’hui une réalité en France. Le nombre d’arrêtés préfectoraux sur les restrictions d’usages de l’eau sont de plus en plus fréquents et de plus en plus longs", explique Olivier Relotius, directeur des opérations de l’activité eau Veolia France. Laurent Brunet, directeur technique eau France de Suez, confirme : "Nous sommes vigilants car il y a la combinaison de deux phénomènes : une sécheresse et de plus en plus d’épisodes caniculaires qui accroissent la demande en eau", décrit Laurent Brunet, Directeur Technique Eau France de Suez. Les deux y voient de vrais signes du réchauffement planétaire.

Les conditions de pluie sur le pays ne sont pas favorables. Après un hiver 2016-2017 particulièrement sec, la France a connu des précipitations brutales, comme celles qui ont entraîné les inondations à Paris en juillet 2017. "Nous faisons face à des pluies fortes de plus en plus fréquemment. Mais elles sont peu efficaces pour remplir les nappes phréatiques", constate Olivier Relotius. Elles lessivent les sols et rejoignent les cours d’eau, sans alimenter les nappes souterraines.

Face à ces phénomènes, les industriels déploient des nouvelles technologies pour préserver les ressources en eau allant de l’habitat du consommateur, jusqu’à la nappe elle-même. Le premier outil est le numérique. "Nous développons beaucoup la télé-relève et les compteurs intelligents pour informer les usagers en cas de consommations anormales et de fuites", décrit Laurent Brunet. Suez a déjà déployé 1,5 million de compteurs intelligents, Veolia 5 millions.

Consommer de l’eau usée

Vient ensuite le travail sur les réseaux de distribution de l’eau. Le vieillissement des matériels induit des fuites. "Cela est aggravé par de sécheresses des sols qui entraînent des contraintes physiques sur les réseaux", décrit Laurent Brunet. Aujourd’hui, les rendements moyens en France se situent aux alentours de 80 %. La digitalisation des réseaux pour pouvoir repérer les fuites au mètre près permet de gagner plusieurs points, explique les deux opérateurs. Chez Veolia, on vise des rendements de 90 à 95 % pour les réseaux urbains et 80 % pour les réseaux décentralisés.

Enfin, la technologie la plus disruptive est celle du ReUse de l’eau. C’est-à-dire la réutilisation d’eaux usées, après leur traitement en usine d’épuration, pour des usages non potables comme l’arrosage de golfs, le lavage des camions, l’irrigation... Veolia a passé un partenariat en février 2015 avec la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) pour tester cette technologie qui est aujourd'hui maîtrisée. Preuve en est, le ReUse est même utilisé pour l’eau potable en Californie et en Namibie.

Mais en France, des barrières réglementaires restent à lever. "Sans abaisser les exigences sanitaires, nous travaillons avec plusieurs ministères pour faciliter la réalisation de tels chantiers", explique Laurent Brunet de Suez. "Nous sommes persuadés chez Veolia qu’il s’agit d’une puissante solution d’avenir pour répondre à des problèmes locaux de manques d’eau", explique Olivier Relotius de Veolia. "Le plan Eau de Nicolas Hulot (qui met en avant des sources d’eau alternatives, ndr) va dans le bon sens. Nous serons partenaires de toutes les expériences que le ministère souhaitera lancer, en particulier sur le ReUse", ajoute-t-il.

Repenser les contrats avec les collectivités

Enfin, au-delà des changements technologiques et réglementaires, Veolia évoque un changement des mentalités : "Il y a peut-être aussi un besoin de rénover les partenariats public privé. Aujourd’hui, le modèle de contrat est basé sur la consommation. Il faudrait peut-être les faire reposer plutôt sur la performance, en matière d’économies ou de qualité". Outre le rendement des réseaux et la disponibilité de la ressource, l’entreprise spécialiste des services à l’environnement, assure que les collectivités pourraient aussi prendre en compte la capacité à traiter des nouvelles pollutions, comme la présence de métaux lourds ou de perturbateurs endocriniens.

Cette dernière question devrait devenir prégnante dans les années à venir. Les épisodes de sécheresses entraînent une baisse des volumes d’eau dans les réserves souterraines. En conséquence, la concentration des polluants s’accroît. À un certain niveau, le coût de traitement de ces pollutions devient supérieur à celui du déploiement de sources d’eau alternatives, comme le ReUse ou le dessalement. Pour l’heure, les industriels pallient ce problème en procédant à des réalimentations de nappes phréatiques en puisant l’eau dans des cours d’eau suffisamment alimentés.

Ludovic Dupin, @ludovicDupin


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