Publié le 24 juillet 2018

ENVIRONNEMENT

Suède : 12 incendies géants se sont déclarés au-delà du cercle polaire

C’est du jamais-vu pour les Suédois qui sont presque incapables de faire face. Plus de 50 incendies se sont déclenchés dans le pays touché par deux mois de sécheresse et une canicule record. Pire certains foyers se sont allumés au-dessus du cercle polaire. Le jet-stream affaibli et le réchauffement planétaire seraient à l’origine de ce phénomène inédit.

Incendie cercle polaire Suede MajaSuslin TTNewsAgency AFP
Plus de 50 incendies touchent actuellement la Suède.
@MajaSuslin-TTNewsAgency-AFP

"La maison brûle et nous regardons ailleurs", prévenait en 2002 Jacques Chirac au Sommet de la Terre à Johannesburg. En 2018, "Nous voyons brûler notre maison et nous sommes impuissants", pourrait-il dire. En effet, la péninsule scandinave connaît une vague de chaleur couplée à une sécheresse extrême. En conséquence, plus d’une cinquantaine d’incendies se sont déclenchés en Suède. Ils ont déjà dévoré 8 500 hectares, soit plus de 12 000 terrains de football.

Déjà inhabituel, ce phénomène est d’autant plus extrême que 12 foyers se sont déclarés au-delà du cercle arctique. Une situation inédite à laquelle les populations et autorités locales n’ont pas de réponses adaptées. Face à ces feux de forêts, que l’on retrouve plutôt dans les pays méditerranéens, Oslo a dû requérir l’aide d’unités de pompiers spécialisés venues de France et d’Italie.

Le réchauffement, mais pas seulement

À l’origine des incendies, on trouve des températures records dans la péninsule scandinave. Dans sa partie polaire, elles sont supérieures de 10 à 13°C aux normales. Ainsi, à Drag-Ajluokta, en Norvège, un pic de 33,7°C a été observé. À Kvikkjokk-Årrenjarka en Suède, le mercure a atteint 32,5 °C. En Laponie, à Utsjoki Kevo, un pic à 33,4°C a défrayé la chronique.

Naturellement, le réchauffement global semble être le premier responsable. "Il est difficile de ne pas croire que le changement climatique joue un rôle dans ce qui se passe", consent, dans le Guardian, Dann Mitchell, spécialiste des phénomènes climatiques extrêmes, à l'Université de Bristol. "Cependant, nous devrions prendre soin de ne pas exagérer l'influence du changement climatique, car il est également clair qu'il existe d'autres influences au travail", ajoute-t-il. Ce qui n’est pas rassurant…

En particulier, les scientifiques évoquent la faiblesse du jet-stream. Ce courant d’air chaud parcourt l’atmosphère à haute altitude. Sa puissance dépend de la différence de température entre l’Arctique et l’Équateur. Or le réchauffement du pôle Nord affaiblit ce courant. En conséquence, il peine à chasser les anticyclones et les dépressions, prolongeant les périodes de chaleurs et celles de pluies. Ce phénomène a déjà été observé par le passé, mais avec la tendance du changement climatique, il s’aggrave.

55°C en France

Pour Jean Jouzel, climatologue et prix Nobel avec le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) : "Dans la deuxième partie de ce siècle, on a des risques de canicules de plus en plus importants, y compris en France et sur l'ensemble de l'Europe, qui est aussi un continent vulnérable". Interrogé sur Europe 1, il ajoute : "Dans un contexte de réchauffement climatique, dans la deuxième partie du siècle, on pourrait craindre des températures records de l'ordre de 50 degrés, voire 55 degrés sur l'est de la France. On passe dans un autre monde".

Lors de l’été 2017, des incendies avaient déjà ravagés des terres habituellement glacées au Groenland. Un incendie géant de 1 500 hectares a fait rage et a été étudié grâce aux satellites de la Nasa. "Si ce n’est pas la première fois que des satellites observent des feux au Groenland (...) ce phénomène (était) le plus fort observé depuis que les enregistrements ont débuté en 2000", précisait l’agence américaine.

Plusieurs scientifiques avaient attribué ce phénomène extrême au réchauffement climatique. Selon Jessica Mccarty, géographe à l’université de Miami, il semblerait que ce soit de la tourbe, un mélange de matières organiques, qui ait pris feu. L’Agence Spatiale Européenne (ESA) confirme : "Notre crainte est que l’incendie ait pu survenir parce que le pergélisol (le sol gelé) fond, ce qui rend la tourbe plus susceptible de prendre feu".

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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