Publié le 23 octobre 2018

ENVIRONNEMENT

Giec : Cinq solutions de géo-ingénierie qui ne relèvent (presque) plus de la science-fiction

Pour la première fois, le Giec utilise les solutions de géo-ingénierie de façon conséquente dans la plupart de ses scénarios pour rester dans un monde à 1,5°C. Il s'agit de technologies qui vont modifier la composition de l'atmosphère terrestre : séquestration du carbone dans les sols, reforestation, capture atmosphérique du CO2... Celles-ci sont plus ou moins matures et présentent parfois des risques.

Créée en 2009, Climeworks vient d'inaugurer son troisième site de captage du dioxyde de carbone grâce à un "aspirateur" géant.
@Climeworks

Aucune des trajectoires retenues par le Giec dans son rapport publié le 8 octobre ne fait l’impasse sur le retrait du dioxyde de carbone dans l’atmosphère pour rester sous la barre des 1,5°C. Les experts estiment ainsi qu'il faudra neutraliser 100 à 1 000 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2100, soit pour compenser les émissions résiduelles, soit pour redescendre sous le seuil de 1,5°C une fois celui-ci dépassé.

"Ces solutions plus ou moins matures sont devenues clés, explique le climatologue Roland Séférian, l’un des auteurs français du rapport. Nous en aurons besoin pour réduire nos concentrations de CO2 dans l’atmosphère car même si on arrêtait aujourd’hui d’émettre, les émissions passées nous emmèneraient vers une hausse de la température de 1,3°C. Cela passera soit par du reboisement ou de la séquestration dans les sols, soit on fait un pari sur l'avenir avec des technologies comme la bioénergie ou le captage direct du CO2 dans l'air. C'est une question d'arbitrage."

1) Bioénergie associée au captage et stockage du carbone (BECCS, selon l’acronyme anglais)

Parmi les diverses méthodes pour retirer du CO2 de l’atmosphère, la plus fréquemment citée est celle de la bioénergie avec captage et stockage du CO2. Il s’agit de faire pousser des végétaux (bois, colza, canne à sucre) et de les brûler pour produire de l’énergie tout en captant le CO2 issu de la combustion pour le stocker dans des réservoirs géologiques. Il existe aujourd’hui une vingtaine de projets pilotes dans le monde. "Dans un scénario 1,5°C, il faudrait multiplier par deux la surface des terres cultivables actuelles pour produire de l’énergie, c’est l’équivalent des États-Unis !", alerte Anne-Laure Sablé du CCFD.

Plusproduction d'énergie décarbonée

Moinsperte de biodiversité, menace pour la sécurité alimentaire, émission de protoxyde d'azote (puissant gaz à effet de serre), pollution de l'air, coût élevé

 

2) Afforestation/reforestation

L’afforestation consiste à planter des arbres là où il n’y en avait pas auparavant tandis que la reforestation vise à replanter des forêts disparues. Selon le Giec, 500 millions d’hectares supplémentaires pourraient ainsi être recouverts d’arbres afin d’éviter l’émission de 1 à 7 gigatonnes de CO2 par an d’ici 2050 pour un coût faible. Cependant, "la déforestation évitée est reconnue dans la littérature scientifique comme étant l’une des approches les moins coûteuses en matière d’atténuation, tempère une étude de l'Alliance Clara publié il y a quelques jours. Cela passe notamment par la reconnaissance des droits fonciers aux peuples autochtones". Un milliard de tonnes de CO2 seraient stockées dans les forêts et terres détenues par les communautés locales.

Plus meilleure qualité des sols, coût peu élevé

Moins perte de biodiversité, menace pour la sécurité alimentaire, diminution de l'albédo (pouvoir réfléchissant du rayonnement solaire vers l'espace)

 

3) Séquestration de carbone dans les sols

Autre mesure qui est loin de faire l’unanimité, celle de la séquestration du CO2 dans les sols et dans les terres cultivées, qui fonctionnent comme des puits de carbone. Cette méthode implique notamment une limitation du labour contrebalancée par l'utilisation d'herbicides, comme le glyphosate. "Avant de mettre en place des mécanismes de séquestration de CO2, nous devons engager l’agriculture des pays riches dans une transition agricole et alimentaire avec moins d’intrants chimiques, de mécanisation, des régimes moins carnés… L’agriculture ne pourra absorber qu’une petite partie des émissions résiduelles", précise Anne-Laure Sablé.

Plus meilleure qualité des sols, préservation de la sécurité alimentaire, coût peu élevé

Moins émission de protoxyde d'azote

 

4) Alcalinisation et fertilisation de l’océan

Augmenter l’acidité de l’océan ou arroser les fonds marins en sulfate de fer pour booster la croissance du phytoplancton qui capture le carbone. Voici deux autres solutions présentées dans le rapport du Giec, mais dont les limites sont pointées du doigt. "Elles ne sont intégrées dans aucun des quatre scénarios car on sait que leur effet serait mineur, précise Roland Séférian. Dans le cas de l’alcalinisation, le problème n’est pas technologique, mais ce serait une première dans l’Histoire que d’abaisser le taux d’acidité de l’océan et de le rendre plus basique qu'acide." 

Plus aucun

Moins pollution liée à l'extraction des minerais, pollution des eaux profondes

 

5) Captage direct du CO2 de l’air avant stockage (DACCS)

Installer un immense "aspirateur" constitué de dizaines de ventilateurs géants pour capter le CO2 dans l’air ambiant avant de le stocker, si d’aucuns en ont rêvé, d’autres l’ont réalisé. C’est le cas de la startup suisse Climeworks qui a lancé une expérimentation il y a un an. L’objectif est de capter 1 % des émissions mondiales d’ici 2025. "L’utilisation de ces technologies dépendra directement de l’effort qu’on aura fourni au préalable pour réduire nos émissions de CO2 car c’est bien cela notre priorité, rappelle Lola Vallejo de l’Iddri. Il serait dangereux et illusoire de se reposer uniquement sur ces solutions-là".  

Plus ?

Moins coût très élevé

Concepcion Alvarez, @conce1 


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