Publié le 05 juin 2020

ENVIRONNEMENT

La réélection de Donald Trump pourrait retarder de dix ans la réduction des émissions mondiales

Une étude inédite a modélisé l'impact d'une réélection de Donald Trump à la tête de la Maison-Blanche dans la lutte contre le changement climatique. Selon les calculs des experts, il y a un risque que ce second mandat produise un effet d'entraînement sur les autres pays de l'Accord de Paris, réduisant dès lors leur ambition. Les chances de rester sous la barre des 2°C s'en trouveraient encore réduites et pourraient être proches de zéro. 

Donald trump mandat election etats unis
Avec deux mandats Trump, les chances de rester sous la barre des 2°C sont proches de zéro.
@CCO/Gage Skidmore

Si Donald Trump était réélu à la tête des Etats-Unis en novembre prochain, cela acterait la sortie du pays de l’Accord de Paris, avec des effets dévastateurs dans la lutte contre le changement climatique. Selon une note de Carbon Brief (1) qui cite une étude publiée dans la revue Environmental Science and Policy, ce second mandat pourrait en effet "retarder la baisse mondiale des émissions de CO2 de dix ans".

En cause, une stabilisation des émissions de CO2 de l’un des plus gros pollueurs de la planète alors que celles-ci devraient être orientées à la baisse. Pour la compenser, les autres pays devraient augmenter leur engagement d’un point de pourcentage pour chaque mandat Trump. Or, le manque d’ambition des États-Unis risque au contraire de provoquer un effet d’entraînement parmi les États les plus récalcitrants à se mobiliser. 

Les chances de rester sous les 2°C proches de zéro

Selon les experts, la possibilité de contenir la hausse des températures mondiales sous les 2 °C serait dès lors "proche de zéro". Ils ont modélisé les effets indirects du retrait des Etats-Unis sur le processus de coopération de l’Accord de Paris. "La nouveauté [de notre étude] est qu'elle essaie de quantifier les émissions d'autres pays en fonction des effets politiques du retrait américain" explique le Dr Håkon Sælen, l’auteur principal. Le modèle a exécuté plus d'un million de scénarios basés sur différents paramètres tels que l’augmentation ou non de l’ambition, l'influence des autres pays ou encore la confiance dans le système de Paris.

Les résultats concluent qu’avec deux mandats Trump, les chances de rester sous la barre des 2°C sont de 0,1 %, contre 0,3 % pour un seul mandat. Mais, même si les Etats-Unis étaient restés dans l'Accord de Paris, la modélisation suggère que seulement un maximum de 0,64% des scénarios se situeraient dans la limite des 2°C. "En effet, les objectifs de l’Accord de Paris seraient hors de portée même sans retrait américain. Néanmoins, celui-ci réduirait encore les chances de les atteindre" expliquent les auteurs.

Des scientifiques non impliqués dans l'étude estiment cependant que des facteurs cruciaux, telle que la politique intérieure, ont été exclus de l’étude. Ils mettent en avant l’engagement à l’Accord de Paris des villes, des Etats et des comtés américains, qui "représentent les deux tiers de l’économie américaine". Cela suggère que "les pires scénarios dans ce document peuvent ne pas se matérialiser", explique Kelly Levin du World Resources Institute.            

Concepcion Alvarez, @conce1 

(1) Voir la note de Carbon Brief


© 2023 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Triple crise des inegalites climatiques 2

Un graph’ pour comprendre la triple crise des inégalités climatiques en un clin d’œil

Le nouveau rapport du Laboratoire des inégalités mondiales, publié le 31 janvier, met en lumière la triple crise des inégalités climatiques : inégalités dans les émissions de CO2, inégalités des pertes liées aux impacts du réchauffement et inégalités dans les capacités financières à y faire face....

Immeuble Signal Soulac sur mer Gironde Philippe Lopez AFP

Signal, le premier immeuble victime de l'érosion côtière à cause de la montée des eaux

Le chantier de démolition de l’immeuble Signal, à Soulac-sur-mer, vient d’être lancé. Le bâtiment en bord de mer avait été évacué en 2014 alors que le rivage se rapprochait dangereusement du pas de sa porte. Après des années de batailles judiciaires, les copropriétaires avaient obtenu un...

Credits carbone marche carbone CO2 arbres istock

Après les enquêtes du Guardian et de Cash Investigation, voilà pourquoi il ne faut pas (encore) tuer les crédits carbone

De nouvelles enquêtes publiées ces derniers jours ont démontré une nouvelle fois le manque de fiabilité des crédits carbone, utilisés notamment par les grandes entreprises pour compenser leurs émissions de CO2 au lieu de les réduire. Un débat qui n'est pas nouveau et qui jette l'opprobre sur ce...

Scientifiques en rebellion devant dassault Lyuba XR France

Scientifiques en rébellion : "j’aurais plus peur pour mon avenir si j’étais un cadre de TotalEnergies qu’un scientifique engagé"

Il y a quelques semaines, Rose Abramoff, une scientifique américaine, était licenciée après avoir arboré une banderole appelant les scientifiques à l’action, lors d’un congrès. Un choc pour ses collègues du monde entier, dont Jérôme Santolini, biochimiste, directeur de recherche au CEA et l’un des...