Publié le 20 juin 2018

ENVIRONNEMENT

Climat : le marché carbone ne permettra pas à l’Europe d’atteindre ses ambitions de long terme

À peine réformé, le marché carbone européen va-t-il déjà devoir se réinventer ? Les institutions européennes vont en tout cas devoir se remettre très vite à réfléchir à la prochaine étape. Car si la réforme dont il vient de faire l’objet est plus ambitieuse que prévue, elle ne sera pas forcément suffisante pour faire de cet outil, un levier majeur d’atteindre des objectifs climatiques de long terme.  

En 2017, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 26% sur les secteurs couverts par le marché carbone.
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En 2050, selon la dernière feuille de route établie par la Commission européenne en 2011, l’Union devra avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% par rapport aux niveaux de 1990. Pour cela, elle compte notamment sur son instrument de marché mis en place en 2005 :  le marché carbone européen (EU ETS).

Le marché carbone, un instrument encore insuffisant

Mais celui-ci risque fort d’être insuffisant pour une décarbonation profonde de l’économie, malgré la réforme récemment adoptée et destinée à remédier à ses dysfonctionnements. C’est le résultat de la deuxième édition de "l’état de l’EU ETS en 2018", réalisée par I4CE, Ecoact, Nomisma Energia, l’université de Grae, le Wegener Center, l’ICTSD (International center for trade and sustainable development) et l’ERCST (European rountable on climate change and sustainable transition).

À date, la cible 2020 de réduction des émissions des acteurs couverts par le marché carbone (énergéticiens et industriels fortement émetteurs, soit plus de 10 000 installations) a été atteinte dès 2016. En 2017, les émissions ont déjà décru de 26 % par rapport à 2005 sur ce périmètre. Et les auteurs du rapport restent optimistes quant au fait d’être dans les clous pour les objectifs 2030 (baisse de 40 %), même si les émissions sont reparties pour la première fois à la hausse en 2017. Il est "difficile de savoir s’il s’agit du début d’une tendance", précise ainsi Jean-Yves Caneill de l’ERCST.

Mais plusieurs signaux peuvent alerter sur un avenir plus sombre. D’abord, selon l’étude, si les réductions d’émissions ont atteint un tel niveau jusqu’à présent, ce n’est pas forcément grâce au marché des quotas. D’autres facteurs, comme les réglementations européennes ou nationales, notamment celles concernant le charbon, ou la mise en place de prix carbone au niveau national, comme le prix plancher au Royaume-Uni, seraient davantage porteurs.

Objectifs climat réhaussés pour l’UE

Ainsi, si l’on prend le cas des producteurs d’électricité, c’est le développement des énergies renouvelables qui est identifié par le rapport comme le principal facteur de réduction, à savoir -23 %, soit 300 MtCO2. L'impact de ces nouvelles sources est bien plus important que celui du marché carbone. 

Par ailleurs, les mesures actées pour la prochaine phase du marché carbone (2021-2030) risquent d’être insuffisantes. Le facteur annuel de réduction d’émission a en effet été fixé à 2,2 %, ce qui amène, selon les calculs de l’étude à une réduction de 85 % des émissions dans les secteurs couverts par le marché carbone d’ici 2050 par rapport à 2005. C’est en deçà des 90% demandés par la feuille de route de 2011.

"L’écart peut paraître anecdotique mais cela a un impact important sur le prix du quota", souligne Jean-Yves Caneill. Celui-ci est encore bas, aux alentours de 15 euros la tonne quand les auteurs de l’étude estiment qu’un prix "bien supérieur à 40 euros par tonne de CO2 sera nécessaire" pour atteindre les objectifs de long terme.

Ceux-ci doivent d’ailleurs être révisés prochainement. Et sans doute à la hausse. La nouvelle stratégie pour une réduction de long terme des émissions de gaz à effet de serre de l’UE que prépare la commission est attendue pour la fin de l’année.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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