Publié le 28 novembre 2018

ENVIRONNEMENT

À quoi va servir le Haut conseil pour le climat ?

Emmanuel Macron a installé mardi le Haut conseil pour le climat. Composé d'experts, cette instance est chargée de produire chaque année un "éclairage indépendant" sur la politique de la France en matière de lutte contre le changement climatique.

Mardi 27 novembre 2018, le Président de la République, Emmanuel Macron, a installé le Haut Conseil pour le Climat.
capture d'écran @Elysee

Mardi, le chef de l'Etat a réuni pour la première fois les membres du Haut conseil pour le climat, une nouvelle instance chargée de conseiller le gouvernement sur la transition écologique mais aussi de contrôler et d’évaluer les mesures qu’il prendra pour répondre au défi climatique.

Treize experts (1) comme Valérie Masson Delmotte, spécialiste des paléoclimats et membre du GIEC, Laurence Tubiana, l’ancienne ambassadrice des négociations de la COP21, les économistes Pierre Larrouturou et Alain Grandjean mais aussi le président du think-tank Shift Project Jean-Marc Jancovici, composeront le comité. Il sera présidé par la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré et placé sous l’autorité du Premier ministre.

Guider la politique climatique sans oublier le social

"Le Haut conseil est comme un GPS. On a tracé un objectif - neutralité carbone et adaptation contre le changement climatique - et son travail va être de tracer les itinéraires possibles, d'alerter le gouvernement sur le fait qu'il pourrait y avoir des bouchons, des frictions, des questions sociales", et après discussions, à la fin, "il y a un conducteur qui décide", a commenté l’un des membres, Benoit Leguet, directeur général du think-tank I4CE. "Le rôle du Haut Conseil sera de voir en amont si l’ensemble des politiques publiques du pays sont compatibles avec l’accord de Paris. Car sinon personne ne réalise cet exercice de cohérence et de transversalité et nous ratons nos objectifs climatiques", explique au Monde Pascal Canfin, le directeur général du WWF France, également membre du comité.

Chaque année dans un rapport le Haut conseil évaluera notamment "le respect de la trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre" et la mise en œuvre des mesures pour réduire ces émissions, selon l'Elysée. Ce Haut conseil devrait aussi valider la "soutenabilité sociale et économique" de la politique énergétique et "de ses conséquences fiscales". Alors qu'en pleine crise des "gilets jaunes", certains opposent lutte contre le changement climatique et justice sociale, les avis du Comité devront notamment tenir compte "de la capacité de payer des ménages et des entreprises", a commenté Corinne Le Quéré, également membre du Commitee on Climate Change britannique dont s'inspire ce conseil.

Un nouveau comité de plus ?

"On va adapter l'approche anglaise pour faire en sorte que la transition énergétique soit la plus juste possible (...) et en même temps qu'elle soit à la hauteur des défis du changement climatique", a-t-elle indiqué, soulignant avoir demandé des "moyens substantiels" pour permettre de réaliser ces rapports. Reste encore à trancher les modalités de publication des avis, certains membres souhaitant que ceux-ci soient publics et présentés devant le Parlement.

Autre question de fond soulevée par de nombreux observateurs : ce comité ne va-t-il pas faire doublon avec d’autres comme le Conseil national de la transition énergétique, le Conseil supérieur de l’énergie ou encore le Conseil économique, social et environnemental ? Et ce alors que dans un rapport récent, la Cour des Comptes les jugeait déjà trop nombreux... D’autant que ces personnalités sont déjà régulièrement consultées sur ces sujets. Certaines institutions, comme le Comité d’experts pour la transition énergétique, présidé par Michel Colombier, de l’Iddri, qui a également intégré le nouveau comité, devrait donc disparaître.

Béatrice Héraud avec AFP

(1) Le Haut conseil est composé de la climatologue Valérie Masson-Delmotte, des économistes Katheline Schubert, Céline Guivarch, Pierre Larrouturou, Alain Grandjean (également associé fondateur du cabinet de conseil Carbone 4) et Laurence Tubiana (également ex-ambassadrice pour les négociations de la Conférence de Paris de 2015), des spécialistes des questions agricoles Jean-François Soussana (directeur scientifique de l'INRA) et Marion Guillou (présidente du consortium de recherche Agreenium), ainsi que du directeur scientifique de l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) Michel Colombier, du directeur du WWF France Pascal Canfin, et des polytechniciens Jean-Marc Jancovici (Shift Project et cabinet de conseil Carbone 4) et Benoît Leguet (directeur général d'I4CE).


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