Publié le 12 juin 2018

ENVIRONNEMENT

Neuf Antillais sur dix contaminés à la chlordécone, un insecticide toxique

Pendant plus de 20 ans, en Guadeloupe et en Martinique, l’insecticide chlordécone a été massivement pulvérisé sur les bananiers. Aujourd’hui, neuf Antillais sur dix sont contaminés par ce perturbateur endocrinien classé comme cancérigène probable. L'eau de l'île, également contaminée, doit encore aujourd'hui être filtrée pour être potable. 

Pollution des sols, de l'eau, risque de cancer élevé, malformation des fœtus... La chlrodécone serait responsable d'un nombre important de maux aux Antilles.
Pixabay

Qu’est-ce que la chlordécone ?

La chlordécone est un insecticide largement épandu dans les Antilles entre 1973 et 1993. Il portait alors le nom de Képone, puis Curlone. Son utilisation permettait de lutter contre le charançon, le plus grand prédateur des bananiers. Il a été interdit en France métropolitaine en 1990 puis 3 ans plus tard dans les Antilles, en raison de son extrême toxicité. En 1979, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a reconnu ce perturbateur endocrinien comme neurotoxique, reprotoxique (effet néfaste sur la fertilité) et cancérogène probable.

Quel est l’impact sur la santé des Guadeloupéens et des Martiniquais ?

Selon une étude publiée en 2013 par Santé publique France, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés à la chlordécone. Les taux d'imprégnations dans le sang varient de 0,13 microgramme à 18,53, mais aucune norme "acceptable" n'a été établi, souligne Le Monde. "Même à très faible dose, il peut y avoir des effets sanitaires", précise au journal Sébastien Denys, directeur santé et environnement de l’agence. Ce perturbateur endocrinien est également suspecté d’être responsable de nombreux cancers de la prostate sur ces îles.

La Martinique détient par exemple le record mondial de cas de cancer de la prostate selon le World Cancer Research Fund International. Une étude avait d’ailleurs été lancée en 2013 pour lever le voile sur le lien entre la chlordécone et ce taux record. Mais l’Inca, Institut national du Cancer, a coupé les financements de cette étude, car elle doutait de sa faisabilité. À sa tête à l’époque : Agnès Buzyn, l’actuelle ministre de la Santé.  

Pourquoi ce sujet revient dans l’actualité ?

Le 5 juin dernier, la chaîne Guadeloupe Première a révélé que des résidus de chlordécone avaient été retrouvés dans de l’eau du robinet. L’utilisation massive de l’insecticide a en effet pollué les nappes phréatiques sur l’île. Depuis, des filtres de charbon actif sont utilisés pour traiter l’eau. Le 16 avril une alerte a été lancée à la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbes.

Les filtres, qui coûtent cher, n’ont pas été changés et leur efficacité est limitée dans le temps. Or, le communiqué des autorités sanitaires prévenant les populations à risque (les enfants et les femmes enceintes) de ne pas boire l’eau n’a été publié que le 2 mai. Deux semaines après la première alerte. Et le communiqué n’a été diffusé que cinq fois, à 5 h 45 du matin et à midi, souligne Guadeloupe Première.

Quelle est la réponse de l’État ?

Interrogée par Le Monde, Agnès Buzin affirme que le gouvernement est "prêt à remettre de l’argent pour tout scientifique souhaitant monter une étude robuste". Jusqu’ici quelques vagues plans ont été lancés mais n’ont pas convaincu les populations locales. D’autant qu’en 2017, l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a publié une étude dans laquelle elle déconseille de manger de la nourriture produite localement. "Ces aliments sont pourtant autorisés à la vente", dénoncent deux étudiants dans une pétition ayant reçu plus de 30 000 signatures. Ils demandent à Emmanuel Macron de "stopper l’empoisonnement des habitants".

Marina Fabre @fabre_marina


© 2018 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles