Atos, la société de services informatiques, sera l’une des premières entreprises du Cac 40 à inscrire sa raison d’être dans ses statuts. Les actionnaires ont approuvé presqu’à l’unanimité la décision de donner à l’entreprise la mission de "contribuer à façonner l’espace informationnel". Le PDG Thierry Breton estime qu’il n’est aujourd’hui plus possible de développer des nouvelles technologies sans se demander au préalable si elles sont "souhaitables".

Thierry Breton voulait être le premier à inscrire la raison d’être de son entreprise dans les statuts. Ses actionnaires l’ont suivi. L’Assemblée générale d’Atos, la société de services informatiques, a approuvé presqu’à l’unanimité (99,93 % des voix) la résolution numéro 23 proposant une "modification des statuts à l’effet de prévoir la raison d’être de la société". Atos met en pratique une disposition de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) adoptée début avril.
La société informatique va donc modifier ses statuts pour y inscrire la mission qu’elle se donne, qui dépassera la simple génération de profits pour les actionnaires. Le paragraphe qui sera ajouté dans les statuts déclare : "Notre mission est de contribuer à façonner l’espace informationnel. Avec nos compétences et nos services, nous supportons le développement de la connaissance, de l’éducation et de la recherche dans une approche pluriculturelle et contribuons au développement de l’excellence scientifique et technologique. Partout dans le monde, nous permettons à nos clients et à nos collaborateurs, et plus généralement au plus grand nombre, de vivre, travailler et progresser durablement et en toute confiance dans l’espace informationnel."
Une nouvelle ère pour le numérique
Dans un billet sur LinkedIn, Thierry Breton, le PDG d’Atos, s’est livré à une explication de texte. Cet ancien ministre de l’Économie et ancien professeur en gouvernance des entreprises à Harvard, estime que les attentes de la société vis-à-vis des entreprises ont changé et que celles-ci ne peuvent plus mesurer "leur rôle à la seule aune de leur performance financière".
Les sociétés du numérique, habituées depuis quelques années à disrupter les usages, doivent entrer dans une nouvelle ère. En surfant sur le développement de la puissance de calcul, ces sociétés ont créé une multitude de nouveaux services et nouveaux usages sans se poser la question de leur responsabilité. "Ce point de vue, aujourd’hui, n’est plus tenable", tranche le patron d’Atos.
"Cela signifie que nous devons aujourd’hui adjoindre, à la question "est-ce techniquement et juridiquement possible ?", la question "est-ce souhaitable ?" – pour nos collaborateurs, pour notre environnement, pour les sociétés dans lesquelles nous évoluons", continue-t-il. Le dirigeant veut continuer à développer des technologies basées sur l’intelligence artificielle, le big data, etc. Mais il veut tout en mettant un accent plus prononcé sur la sécurité des données et sur la transparence de leur utilisation.
Cette responsabilité que se découvre Atos n’est pas anodine. Les géants américains du web font de plus en plus face à des polémiques relatives aussi bien à l’intrusion dans la vie privée, qu’à la gestion du contenu publié sur leurs plateformes ou encore à leur opacité en termes de traitement des données. Atos semble vouloir prendre le contre-pied de ces polémiques pour retrouver la confiance des utilisateurs. "En matière de technologie, les possibilités créent les responsabilités", assure Thierry Breton. Il redécouvre là ce que Rabelais disait déjà, au XVIème siècle, dans Pantagruel : "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme".
Arnaud Dumas @ADumas5

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes