Quelques mois après avoir changé de tête avec Geoffroy Roux de Bezieux, l’organisation patronale acte un changement de cap, notamment en matière de responsabilité sociétale. Le Medef se dote ainsi d’une raison d’être. Et ce, avant même que la loi Pacte, qui arrive en première lecture au Sénat, ne grave cette possibilité dans le droit. Un signal fort pour les entreprises. Mais qui demande à être concrétiser dans les prises de position de l’organisation.

Nouvelle année, nouvelle organisation, nouveau cap. Alors que la façon dont les entreprises répondent aux enjeux sociétaux est plus que jamais d’actualité, le Medef semble vouloir montrer la voie.
Le signal ? L’organisation patronale vient d’annoncer qu’elle se dotait d’une raison d’être – "agir ensemble pour une croissance responsable". Son conseil exécutif, son organe de décision élargi, a acté à l’unanimité son inscription dans les statuts, ce lundi 14 janvier. Une décision qui intervient avant même que la loi Pacte, qui arrive au Sénat pour un examen en première lecture, ne grave dans le droit cette possibilité. Celle-ci avait été reprise du rapport Notat-Senard pour mieux intégrer la RSE au coeur de l’objet social de l’entreprise et ouvrir la voie aux entreprises à mission.
Un marqueur fort pour les entreprises
De doter d’une raison d’être est la "première phase d’une transformation de grande ampleur", entamée depuis l’arrivée du nouveau patron des patrons Geoffroy Roux de Bezieux, en juillet dernier, assure le Medef. Elle doit donner lieu à une grande consultation, avant d’être adoptée, dans six mois, en Assemblée générale.
En attendant, la raison d’être "vient compléter la mission générale du MEDEF définie dans les statuts actuels. Écrits il y a 20 ans, ils ne mentionnaient ni l’Europe ni le développement durable, ni la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE)", explique l’organisation.
"C’est un marqueur fort à l’attention des entreprises, surtout lorsque l’on se souvient de la ‘prudence’ avec laquelle il avait accueilli les dispositions sur la transformation responsable de la loi Pacte", rappelle Hélène Valade, présidente de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE). Face à la demande des entreprises, le réseau va d’ailleurs lui-même lancer un groupe de travail avec le Collège des directeurs développement durable (C3D) pour les accompagner dans l’élaboration et la mise en oeuvre de leur raison d’être.
Un signe d’apaisement
Lors des débats sur l’élaboration de la loi, Pierre Gattaz, alors président de l’organisation, s’était fortement engagé contre les parties du texte destinées à intégrer dans le droit des éléments de la RSE. Avec cette mesure, symbolique, le Medef "veut faire la paix, montrer qu’il ne s’agit plus d’un sujet", estime Patrick d’Humières de l’Académie Durable Internationale.
Reste à savoir ce que l’organisation entend réellement par croissance "responsable". Dans son acception, cela n’est pas forcément parfaitement synonyme de "durable", tient à souligner l’expert de la RSE. Le test se fera en direct, dans la parole publique et le lobbying de terrain portés par l’organisation lors des différents débats. La loi Pacte, un texte foisonnant qui entend développer la croissance de l’économie dans son ensemble, fera figure de bon cas d’étude.
A noter aussi que le sujet est loin d’être un débat franco-français. Dans sa traditionnelle lettre annuelle aux patrons, le président de BlackRock, publiée le 17 janvier, Larry Fink fait l’apologie de la raison d’être, en expliquant qu’elle est la "force motrice" permettant de réaliser des bénéfices pour les entreprises, les deux étant "intrinsèquement liées". 
Béatrice Héraud @beatriceheraud

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