Publié le 07 mai 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

RSE en open source : les entreprises se mettent à nu

Laisser libre accès aux données brutes d'une entreprise concernant l’emploi des femmes ou l’impact environnemental de ses activités, c’est la nouvelle tendance. S'y mettent des sociétés publiques comme la SNCF, des industriels comme Vallourec, des banques et des assureurs. Cette transparence poussée à l'extrême vise améliorer le dialogue avec les parties prenantes et à accroître l'attractivité et l'innovation.

Open source iStock z wei
Depuis quelques mois, les entreprises françaises se mettent à publier leurs données en open source. Un gage de transparence.
@z_wei

Emissions de gaz à effet de serre, tonnes de déchets produits, pourcentage de femmes au sein du management par pays… Ces données sont habituellement publiées une fois par an, principalement par les entreprises cotées, dans leur rapport de responsabilité sociétale (RSE). Mais depuis plusieurs mois, certaines d’entre elles vont plus loin et proposent ces données brutes en libre accès sur leur site Internet. Une démarche en vogue à l’heure du big data.

Le mouvement est venu des entreprises américaines ou britanniques. En France, la loi pour une République numérique impose depuis 2016 aux acteurs publics, comme la SNCF ou Enedis, d’ouvrir leurs données en matière de transport ou d'énergie. Le mouvement gagne désormais du terrain dans le privé. Parmi les pionniers : des entreprises cotées comme Kering, des industries lourdes comme Vallourec, des banques comme BPCE ou des assureurs comme Euler Hermes…

Une démarche RSE, génératrice de valeur

"Ouvrir ses données à tout un chacun est atypique dans des secteurs aussi concurrentiels et secrets que le secteur industriel ou financier, souligne Christophe Pérignon, doyen associé en charge de la recherche et professeur de finance à HEC Paris. C’est une démarche forte d’entreprise citoyenne et de RSE". Cette transparence peut susciter des craintes de la part des entreprises mais pourrait devenir un prérequis.

"Les consommateurs et citoyens sont avides d’informations sur les entreprises. Si elles ne leur donnent pas les données qu’ils souhaitent, d’autres le feront à leur place comme les plateformes de type Yuka (1). Elles ont donc tout intérêt à prendre les devants et à en faire un avantage compétitif car elles peuvent aussi générer de la valeur, en termes d’attractivité, de dialogue avec les parties prenantes ou d’innovation", constate Jean-Marc Lazard, PDG d’Opendatasoft, un fournisseur de solutions de partage de données.

Une logique qu’a bien compris Kering. Pionnier de l’évaluation économique de ses impacts environnementaux avec son outil EP&L (Compte de Résultat Environnemental), le groupe de luxe va mettre une grande partie de ces données en libre accès d’ici juin. On y trouvera les principaux impacts environnementaux par pays et par secteur évalué en euros. Un gage de transparence destiné à ses consommateurs et à ses concurrents (pour les inciter à faire de même), à ses partenaires et aux créatifs en tous genres qui pourront s’en saisir pour proposer de nouveaux produits, applications ou services, espère Kering.

Une démarche qui intéresse de multiples acteurs

Chez Vallourec, fabricant de tubes pour l’industrie pétrolière en particulier, on avoue ne pas encore avoir d’idées précises sur l’utilisation des données mises en ligne (place des femmes dans l’entreprise, impacts environnementaux et sociaux). Mais d’ores et déjà, la démarche est un marqueur fort dans un secteur plus connu pour sa culture du secret industriel. Un signal adressé à l’externe, notamment aux futures recrues et aux startups. Elle a aussi fait un effet en interne, en mobilisant plusieurs services (communication, RSE, relations investisseurs, juridique…) autour du projet.

Si l’interne n’est pas la cible à laquelle on pense spontanément, les collaborateurs sont pourtant un public de choix pour l’utilisation de ces données, qui deviennent ainsi facilement accessibles et exportables. Selon Opendatasoft, ce sont eux qui les consulteraient le plus (40 %). Autres publics visés : les ONG, les journalistes, les chercheurs, les étudiants, les data scientists, les investisseurs et les agences de notation extra-financières.

À terme, l’État lui-même pourrait se saisir des données des entreprises, dans une optique d’intérêt général, souligne l’expert Samuel Goëta, de datactivist. Les données des entreprises sont en effet précieuses dans bien des domaines : énergie, aménagement du territoire, emploi ou logement… 

Béatrice Héraud @beatriceheraud  

(1) Yuka est une application mobile qui permet d'accéder aux informations nutritionnelles des produits 


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