Publié le 18 janvier 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Gilets jaunes : une opportunité de repenser la politique sociale des entreprises

Gilets jaunes : acte X. Ce mouvement, axé sur des revendications de pouvoir d'achat interpelle paradoxalement plus l'État que les entreprises. Pour autant, en plein débat sur le rôle de ces dernières dans la société, notamment via la loi Pacte, les plus engagées en matière de responsabilité des entreprises (RSE) s’interrogent. Et veulent se montrer en porteuses de solutions.

Le mouvement des gilets jaunes interpelle les entreprises en matière de responsabilité sociale
@LaurentFerrier Hans Lucas

C’est l’un des paradoxes du mouvement des gilets jaunes. Alors que le pouvoir d’achat est au centre de leurs revendications, c’est l’État, bien plus que les entreprises (hors medias), qui est mis en cause par les manifestants et qui fait l’objet de toutes les défiances. Mais les entreprises, fortement sollicités ces derniers temps sur leur rôle au sein de la société, sont loin d’y être indifférentes. D’autant que le mouvement fait l’objet de nombreuses discussions en interne, entre salariés, remontent de nombreux patrons et têtes de réseaux d’entreprises.

Le 12e baromètre des grandes entreprises d’Eurogroup Consulting publié le 14 janvier (1), s’est penché sur l’impact du mouvement sur les dirigeants des grandes entreprises. 48% d’entre eux s’avouent préoccupés par l’impact du mouvement sur leur activité. De fait, selon le gouvernement, entre casse, blocage d’usines ou de routes, le mouvement aurait coûté 0,1 point de croissance du PIB au dernier trimestre 2018 avec de fortes conséquences sur l’emploi ou l’activité des petites entreprises.

Repenser la stratégie RSE

Mais la plupart des dirigeants (57%) y voient aussi l’occasion de repenser leur stratégie en matière de responsabilité sociétale (RSE). Une évidence selon Hélène Valade, présidente de l’ORSE, l’Observatoire de la RSE. "Nous ne pouvons pas continuer à parler de RSE et de développement durable comme si de rien n’était", assure-t-elle. Le mouvement des gilets jaunes, qui dénonce fortement le creusement des inégalités mais aussi le besoin de reconnaissance et de lien social, concerne les entreprises et leur rôle face aux enjeux sociétaux et d’intérêt général."

Or, reprend-elle, "ces dernières années, il a surtout été question de réconcilier économie et environnement. Il est temps de remettre le social au cœur de l’équation. Cela passe notamment par une transformation juste et inclusive des entreprises et leur ancrage sur le territoire, via de nouvelles formes de contrats avec les pouvoirs publics, et une réflexion sur la redistribution entre les différents acteurs."

Cet engagement, c’est celui que veulent porter des patrons de grandes entreprises françaises, comme Schneider, Carrefour, Engie, Axa ou Danone (2). Allant plus loin que les primes exceptionnelles de fin d’année poussées par le gouvernement, ils ont signé une tribune engageant leur entreprise "en faveur d’une économie plus inclusive". Comment ? En mettant à disposition, "avec ses produits et services, des dispositifs permettant d’aider au quotidien celles et ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois".

Donner plus d’ampleur et d’ambition aux programmes sociaux

Cela peut passer par la prise en charge gratuite d’aide à la rénovation énergétique, l’expérimentation d’offres d’assurance gratuite pour les familles monoparentales, des offres de prêt à taux faible pour des véhicules propres ou le déploiement, avec les collectivités locales, du chèque eau sur le modèle du chèque énergie. L’accent est aussi mis sur l’inclusion des jeunes par la formation et l’apprentissage, notamment autour des métiers et compétences nécessaires à la transition écologique.

Des engagements qui devraient faire l’objet d’un suivi chiffré et qui offrent un début de réponse "pragmatique et concrète" aux attentes exprimées par le mouvement estime Fella Imalhayenne, directrice générale du Global Compact France. De nombreuses entreprises se sont d’ailleurs montrées intéressées pour rejoindre le mouvement.

"Les entreprises n’ont pas attendu les gilets jaunes pour travailler à l'inclusion des plus modestes car elles ne peuvent développer sereinement leur activité dans des territoires en difficulté. Chez Schneider, c'est le sens de nos programmes de lutte contre la précarité énergétique, d’insertion et de formation", souligne Gilles Vermot-Desroches, directeur développement durable de Schneider Electric, l’une des entreprises à l’origine de la tribune. Mais "le mouvement a clairement montré qu’il fallait donner plus d’ampleur et d’ambition à ces sujets. Et comme pour la lutte contre le changement climatique, le politique seul ne peut résoudre le problème sociétal. Les entreprises ont leur rôle à jouer et font parties de la solution".

Béatrice Héraud @beatriceheraud

 

(1) L’édition 2018 du baromètre Eurogroup consulting est disponible ici 

(2) La tribune signée par Sébastien Bazin (Accor), Thomas Buberl (AXA), Jean Laurent Bonnafé (BNPP), Alexandre Bompard (Carrefour), Nicolas Thery (Crédit Mutuel Alliance fédérale), Dominique Lefebvre (Crédit Agricole), Emmanuel Faber (Danone), Isabelle Kocher (Engie), Sophie Boissard (Korian), Stéphane Richard (Orange), Jean-Pascale Tricoire (Schneider Electric), Denis Machel (Sodexo) et Antoine Frérot (Veolia) est disponible sur le site du Monde .


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