Publié le 05 décembre 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Neutralité carbone, échanges d'émissions, alignement sur 1,5°C... Les entreprises attendent de la visibilité à la COP25

La COP25, qui se tient à Madrid du 2 au 13 décembre, est technique. Celle-ci doit préparer la relève générale de l’ambition des pays participants, ainsi qu’à la définition des mécanismes de coopération internationale volontaire. Les entreprises scrutent de près les discussions en cours car elles vont définir les nouvelles règles du jeu climatique qui influeront leur business.

Les entreprises attendent de la COP25 une meilleure définition des mécanismes qui peuvent les aider à assurer la transition énergétique à laquelle elles doivent contribuer.
@CCO

La COP25 est présentée comme un sommet préparatoire à la conférence des parties de 2020, la COP26, qui devra permettre de mettre en œuvre l’Accord de Paris. Pourtant, entreprises et investisseurs suivent les discussions avec attention car cette COP appelle aussi à renforcer la contribution des acteurs privés à travers de nouveaux outils et mécanismes.

 

1. Donner de la visibilité sur l'ambition de neutralité carbone

Les entreprises ont besoin de visibilité sur les engagements des États. C’est particulièrement vrai pour la notion de "neutralité carbone" qu'il s'agit d'atteindre collectivement en 2050 selon l'Accord de Paris. De nombreuses entreprises se sont donc engagées dans une course à la neutralité mais seulement pour leur périmètre d'activités. Or, cela n’a de sens que dans le cadre de la démarche, dynamique, transparente et plus globale d’un territoire donné, rappellent dans une tribune, Renaud Bettin et César Dugast, experts en transition écologique de Carbone 4 et co-fondateurs de la Net zero initiative.

En marge des négociations à Madrid, beaucoup en France comme à l'étranger, attendent donc une clarification du concept de "neutralité carbone" au niveau international. Une initiative lancée par Science Based Targets (SBTi) et le CDP va donc être particulièrement scrutée. Elle devrait établir des lignes directrices destinées aux entreprises en 2020.

 

2. Définir les règles d'échange de carbone

L’un des points chauds de la COP25 sera la mise en œuvre de l’article 6 de l’Accord de Paris (1). Celui-ci traite des règles d’échange d'émissions de carbone entre États et esquisse la création d’un marché mondial du CO2, là encore pour accélérer la transition vers la neutralité carbone, en optimisant les coûts. Cela intéresse les entreprises qui seront soumises à ces marchés mais aussi celles qui investiront dans des projets bas carbone (agro-foresterie, préservation des forêts et mangrove, restauration des terres dégradées…) dans les pays en développement.

"Il y a une forte attente du secteur privé sur ces questions pour assurer leurs plans climatiques, assure Emilie Alberola, directrice politiques climatiques et mécanismes de marché au sein du département R&D d'Eco-Act. Mais il y a aussi un gros besoin de réassurance car il y a de grandes incertitudes sur les règles de fonctionnement et leur transparence. Or, les entreprises et investisseurs ont été échaudés par les limites et dérives des mécanismes issus du Protocole de Kyoto".

La définition de ces règles du jeu est un véritable casse-tête, en particulier pour éviter le double comptage. Il s’agit donc de mieux articuler les différents mécanismes onusiens avec les mécanismes nationaux (comme les marchés carbone coréen ou européen) et les démarches volontaires. On pense par exemple aux initiatives de réduction et de compensation des secteurs aériens et maritimes qui ne sont pas couverts par l’Accord de Paris, ou aux démarches de compensation volontaires des entreprises via des acteurs privés.

 

3. Aligner le business des entreprises sur l'Accord de Paris

Cette COP est aussi destinée à accélérer et intensifier l'engagement volontaire des entreprises à réduire leurs émissions drastiquement. À ce jour, 285 entreprises dans le monde, représentant l'équivalent des émissions annuelles de la France et de l'Espagne, ont des politiques climat alignées avec l'accord de Paris, rapporte l'initiative Science Based Targets (SBTi). Des engagements qui équivalent à fermer 68 centrales à charbon selon le premier rapport d'impact de l'initiative qui vient d'être publié.

Mais un appel lancé en juin, leur demande d'aller plus loin, vers les 1,5°C. Il est porté une coalition d’organisations comme SBTi et We Mean Business autour du Global Compact des Nations unies. Parmi les 135 entreprises déjà engagées (Décathlon, Danone, Suez, L’Oréal ou Saint Gobain pour les Françaises ; Unilever, Asics ou Vodafone à l’international) seules 76 sont réellement en ligne. Des stratégies d'entreprises pour y parvenir sont attendues à la COP comme celle d’Ikea qui ambitionne de "réduire plus d’émissions de GES que sa chaîne de valeur en produit". Un concept ("climat positif") qui, là encore, demande à être clarifier et encadré. 

 

Béatrice Héraud @beatriceheraud

 

(1)    L’article 6 de l’Accord de Paris prévoit 3 mécanismes : un mécanisme qui permet l’échange d’émissions (article 6.2) via un marché carbone mondialisé ; un mécanisme de projets, destiné à prendre la suite du mécanisme de développement propre ou MDP* (article 6.4) et un cadre qui vise à équilibrer l’article 6 en prévoyant des instruments de coopération qui ne sont pas basés sur les marchés : financements directs, actions de transfert de technologie et de renforcement de capacités (article 6.8).


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