Publié le 24 mars 2014

ÉNERGIE

Paquet énergie climat : quand la Crimée éclipse la lutte contre les gaz à effet de serre

Une occasion manquée. C'est ainsi que peut-être qualifié le Conseil européen des 20 et 21 mars dernier. Ce sommet devait être l'occasion d'adopter les grandes lignes de la politique climat énergie de l'Union pour les quinze prochaines années et lui permettre de parler d'une même voix en vue des négociations pour l'accord international sur le climat en 2015. Au final, les discussions sur le sujet ont été rapidement évacuées pour permettre aux Etats membres de se concerter sur la crise ukrainienne. Une situation dont se sont parfaitement accommodés certains Etats membres.

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M. Donald Tusk, Premier ministre polonais et M. Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen.
© Le Conseil de l'Union européenne

 

Il fallait s'y attendre. L'annexion de la Crimée par la Russie a bouleversé le calendrier du Conseil européen des 20 et 21 mars. Les discussions sur l'adoption du compromis sur le Paquet énergie climat de l'Union sont passées au second plan. Pis, certaines des mesures initialement prévues ont finalement été abandonnées.

Car contrairement au texte présenté par la Commission le 22 janvier dernier, qui prévoyait un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% par rapport au niveau de 1990 et une part des énergies renouvelables de 27% dans le mix énergétique européen à horizon 2030, plus aucun objectif chiffré n'est mentionné dans le document final du Conseil européen. Quant au calendrier, un point clé dans le cadre de la préparation des négociations onusiennes sur le climat de 2015, il est repoussé au mois d'octobre. Le sommet intermédiaire des chefs d'Etat est lui prévu pour ... septembre 2014. Ce qui réduit, de fait, le poids de l'ambition européenne dans les négociations.

L'approvisionnement énergétique au cœur des préoccupations

Mais cette ambition climatique est déjà clairement contrebalancée par les considérations de compétitivité et d'approvisionnement énergétique. Une question devenue centrale avec la montée des tensions entre l'Union Européenne (UE) et la Russie sur la question ukrainienne. En effet, l'UE dépend à 25% du gaz russe, avec de grandes disparités entre Etats (15% pour la France mais 37% pour l'Allemagne et 80% pour la Pologne). D'ici le mois de juin, la Commission Européenne devra donc présenter un « plan pour la réduction de la dépendance énergétique de l'Union », indique le Conseil européen. Celui-ci devrait s'axer autour de l'efficacité énergétique, de « la diversification de l'approvisionnement », du développement des énergies renouvelables ainsi que « des sources énergétiques locales », une référence aux gaz de schistes réclamée par certains pays comme le Royaume Uni ou la Pologne.

Si la crise ukrainienne a donc amendé les orientations prises par le Conseil européen, le recul du calendrier et l'axe fort de réduction de la dépendance énergétique tiennent aussi à une bataille interne entre les Etats membres sur la question climatique.

L'opposition de la Pologne et de ses alliés réunis dans le groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Hongrie et Slovaquie ainsi que la Roumanie et la Bulgarie pour les questions climatiques) en premier lieu, bloque régulièrement les discussions sur l'adoption d'objectifs climatiques ambitieux. Ce fut encore le cas lors des dernières négociations climatiques qui se sont tenues en novembre 2013 à Varsovie ou sur le paquet énergie climat.

Sur ce dossier, « la Pologne cherchait de nouveaux angles d'attaques pour retarder la prise de décision sur le niveau d'engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre », souligne Stephen Boucher, directeur de programme sur la politique climatique européenne à la European Climate Foundation. Le groupe de Visegrad militait pour un objectif d'émissions de gaz à effet de serre « réaliste » qui serait dévoilé à l'issue des négociations de 2015 , sans objectif chiffré de part des renouvelables dans le mix énergétique.

La crise ukrainienne a donc fourni un élément supplémentaire dans l'argumentaire polonais, comme le détaille Celia Gautier, chargée des politiques européennes pour le Réseau action climat France:

« La situation russe a replacé la question de l'indépendance énergétique de l'Europe au cœur de l'agenda politique et notamment la nécessaire amélioration de notre efficacité énergétique. Mais elle a aussi renforcé la position de la Pologne, très impliquée sur la question ukrainienne. Les Polonais souhaitent repousser la décision de l'UE sur les nouveaux objectifs climatiques et énergétiques à plus tard lorsqu'un accord mondial sera conclu. Or, sans leadership de l'Union dès cette année, un accord à Paris en 2015 sera très difficile à atteindre. »

Or les décisions du Conseil européen se prennent à l'unanimité, ce qui oblige les chefs d'Etat au consensus. Il s'agit désormais de donner à ces Etats des contreparties suffisantes pour qu'ils s'engagent dans un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre suffisant.

Béatrice Héraud
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