Publié le 28 juillet 2020

ÉNERGIE

Fusion nucléaire : plus que cinq ans avant d'allumer un nouveau soleil à Iter

Plus que cinq ans avant qu’Iter ne produise son premier plasma, c’est-à-dire les prémices de la fusion nucléaire, une source d’énergie sûre, illimitée et non polluante, reproduisant ce qui se passe dans le Soleil. Cela doit se dérouler à Cadarache en France. Reste "juste" à assembler un puzzle de 23 000 tonnes, le cœur du réacteur. C’est cette étape finale du chantier que sont venus célébrer les sept pays membres du projet qui y voit une opportunité majeure pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Emplacement machine Iter ITER OrganizationEJF Riche
Le 26 mai dernier a été déposé la toute première pièce du cœur de la machine Iter, le cryostat.
@Iter/OrganizationEJF/Richie

Grand jour ce 28 juillet pour la fusion nucléaire. Tous les dignitaires représentant des pays membres d’Iter, dont Emmanuel Macron, se sont réunis - physiquement ou virtuellement – à Cadarache en Provence pour célébrer le début de l’Assemblage du cœur du réacteur à fusion nucléaire. Il s’agit du plus grand chantier scientifique au monde. Décidé en 2006, il réunit sept contributeurs : l’Union Européenne, la Chine, les États-Unis, la Russie, le Japon, la Corée et l’Inde.

La fusion nucléaire est un Graal énergétique. Il s’agit de reproduire, de manière contrôlée, la réaction qui se déroule au cœur du soleil où des atomes fusionnent libérant des quantités phénoménales d'énergies. À masse égale, la fusion libère quatre millions de fois plus d’énergie que le charbon. Pour y parvenir, le combustible est constitué de deutérium et de tritium d’isotopes, des isotopes de l’hydrogène, l’élément le plus abondant de l’univers. Et la réaction ne produit ni déchets, ni gaz à effet de serre. Pour le Président du programme, Bernard Bigot, Iter consiste à "recréer le meilleur de la nature".

Cinq ans d’assemblage puis dix ans de tests

Mais la tâche est loin d’être aisée, la "soupe d’atomes" pour fusionner doit être maintenue dans un plasma par de puissants électroaimants et chauffée à 150 millions de degrés. Le concept a environ un siècle et les premiers réacteurs ont été bâtis en URSS il y a six décennies. Mais Iter sera dix fois plus grand que tout ce qui a été fait. Le premier plasma ne verra le jour qu’en 2025. En effet, la célébration du jour fêtait le début de l’assemblage du Tokamak, le cœur du réacteur. Un puzzle de plus d’un million de pièces, pesant 23 000 tonnes. S’en suivra 10 ans de tests avec des plasmas à basse énergie, avant de produire de l’électricité vers 2035.

Tous les membres représentant du groupement Iter ont assuré que ce chantier s’inscrit dans la lutte contre le changement climatique. "Nous devons remplacer le plus vite possible les énergies fossiles. Si la fusion devient universelle, elle pourra avec les renouvelables diffuser l’usage de l’électricité dans tous les domaines". Emmanuel Macron appuie : "Imaginez que l'expérience soit concluante, qu'elle puisse trouver demain des applications industrielles ! Nous aurons mis au point là une énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets, qui permettra tout à la fois de répondre aux besoins de toutes les zones du globe, de relever le défi climatique et de préserver les ressources naturelles".

Une énergie à l’échelle de l’Humanité

Un avis largement partagé par Kadi Sinson, commissaire européenne à l’énergie de l’Union européenne (qui finance 45 % du projet). "Iter représente la détermination de l’Union européenne à lutter contre le changement climatique. C’est une nécessité et une opportunité économique", assure-t-elle. Ce dernier point est même clé pour le secrétaire américain à l’énergie, Dan Brouillet, qui se réjouit qu’Iter "ouvre la voie à l’exploitation industrielle et commerciale de la fusion".

Il n’empêche qu’Iter a aussi ses opposants. Ils dénoncent le coût astronomique du chantier à 20 milliards d’euros, qui a quadruplé depuis ses débuts. Par ailleurs, ils lui préfèrent des productions décentralisées avec les énergies renouvelables. Interrogé sur ce sujet, Bernard Bigot répond : "Avec une population mondiale de 8, bientôt 10 milliards d’humains, vivant à 80 % dans les villes, les sources d’énergies renouvelables sont trop dispersées. Il faut les développer au maximum mais il est impossible d’avoir suffisamment d’énergie renouvelable à l’échelle humaine. L’énergie massive et continue de la fusion complète le point faible des renouvelables". Dans le meilleur des cas, les premiers "vrais" réacteurs verront le jour aux alentours de 2060.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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