Publié le 13 novembre 2015

ÉNERGIE

Climat : Paris dévoile sa feuille de route pour réduire d’un quart ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 5 ans

La maire de Paris a présenté ce jeudi 12 novembre son Plan stratégique pour la transition énergétique de la capitale. A deux semaines de la conférence sur le climat, l’élue socialiste présente une feuille de route ambitieuse afin de réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Une gageure pour Anne Hidalgo, qui a dû aussi mobiliser le secteur privé.

3 500m m2 de panneaux solaires seront déployés sur le toit de la Halle Pajol à Paris . Crédit GUIZIOU Franck
Le toit de la Halle Pajol (18ème arrondissement) à Paris, la plus grande centrale solaire urbaine de France.
Crédit GUIZIOU Franck AFP

Près de 70 % des émissions mondiales de CO2 sont produites en agglomération. Un constat qui a poussé la maire de Paris à accélérer la transition énergétique de la ville, alors qu’elle s’apprête à accueillir le sommet des Maires pour le climat le 4 décembre prochain.  

Pour la capitale française, l’engagement d’alléger son empreinte carbone n’est pas nouveau. En 2007 déjà, le conseil municipal avait adopté un plan Climat énergie territorial dans le but de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Actualisé en 2012, et relancé aujourd’hui, le plan stratégique pour la transition énergétique de Paris vise une réduction de 25 % de ses émissions de CO2 à l’horizon 2020.

Mais il faut désormais accélérer la cadence. "Aujourd’hui, il est possible d’aller plus loin et plus vite, en mobilisant les innovations technologiques – matériaux de construction, numérique –, en intégrant les évolutions récentes de la réglementation – marché de l’électricité – et en s’appuyant sur les nouveaux outils juridiques et financiers des collectivités – emprunt obligataire Climat, groupement de commande transnational", a ainsi déclaré Anne Hidalgo.  

 

100 % d’électricité renouvelable en 2016  

 

Au programme : une rénovation massive des bâtiments. Cela passe par l’augmentation du recours aux énergies renouvelables et de récupération, par la réduction de la consommation des bâtiments et l’amélioration de l’efficacité thermique de plus 55 000 logements, principalement dans le 19ème arrondissement où sont concentrés une grande partie de ces passoires thermiques (notamment par le biais d’un accompagnement des copropriétés).  

Les équipements publics serviront d’exemples. Parmi les mesures phares présentées, la ville de Paris prévoit de se fournir à 100 % en électricité d’origine renouvelable d’ici à 2016. Amenés à renouveler l’ensemble de leurs contrats d’approvisionnement le 1er janvier prochain, les services de la municipalité opteront pour une énergie exclusivement verte. A commencer par le mobilier d’éclairage et une grande partie des bâtiments municipaux. Quelque 50 000 m2 de panneaux solaires seront installés d’ici à 2020, des projets de géothermie seront déployés dans le nord de Paris afin de réguler la température de certains édifices publics, et des systèmes de récupération de chaleur et d’énergie seront construits (la piscine de la butte aux Cailles sera ainsi chauffée grâce à la récupération d’énergie d’un data center). La Ville éradiquera aussi le fioul utilisé aujourd’hui pour le chauffage de ses locaux techniques. 65 millions d’euros seront investis pour moderniser ses 2 000 chaufferies d’ici 2020. Et 200 écoles seront rénovées thermiquement d’ici à 2020, le double par rapport à la mandature précédente.  

Pour encourager les commerçants de la capitale à être partie prenante de ce processus, Paris a également lancé le site Paris commerce énergie, une plateforme internet qui fournit aux commerces de proximité des conseils précis pour mieux maîtriser leurs consommations énergétiques et diminuer leurs factures. Une action qui prolonge aussi l’engagement des 31 entreprises qui ont à ce jour signé la Charte Paris Action Climat en prenant l’engagement d’éviter l’émission de plus de 500 000 tonnes de CO2 par an sur le territoire parisien.  

 

Des outils de financement originaux    

 

Mais la transition énergétique a un prix élevé, surtout si elle doit s’opérer rapidement. "Sur les 10 milliards d’euros dont bénéficie la mandature de Mme Hidalgo, 800 millions vont être alloués à la transition énergétique de la ville", indique Célia Blauel, adjointe (EELV) chargée de l’Environnement et du Développement durable de la ville de Paris.  

Mais cela ne suffira pas. La mairie a donc appelé le secteur privé à la rescousse. Le 10 novembre dernier, la ville a levé 300 millions d’euros de fonds auprès d’investisseurs privés dans le but de financer la transition énergétique. Ces "green bonds" permettront de payer, entre autres, la création de 300 bornes de recharge de véhicules électriques, la rénovation de 200 écoles et de 25 000 logements ainsi que l’installation de 7 000 m2 de panneaux solaires.  

En mai 2015, la Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé la mise à disposition des collectivités territoriales françaises d’une enveloppe de 400 millions d’euros. 100 millions sont destinés à la Société d’économie mixte (SEM) de tiers financement Energies Posit’if, créée avec la Région Ile de France. Ils permettront d’engager la rénovation de 4 500 logements.  

Enfin, la capitale a également imaginé de nouveaux outils de commande publique pour inciter les entreprises à investir dans des véhicules propres et à "structurer la demande", selon Anne Hidalgo. Cette dernière a annoncé en ce sens en octobre dernier la mutualisation des commandes publiques de 11 villes européennes sur le renouvellement du parc des bennes à ordures propres et de véhicules utilitaires.    

 

Un Sommet des Maires pour le climat pendant la COP21    

 

L’annonce de ce plan stratégique intervient à trois semaines de la tenue du Sommet des élus locaux pour le climat. En marge des négociations officielles de la COP21, ce sommet sera présidé par Anne Hidalgo et par Michael Bloomberg. L’ex-maire de New-York est l’envoyé spécial des Nations Unies pour les villes et le changement climatique. L’évènement réunira le 4 décembre 2015 plusieurs centaines de maires, gouverneurs et élus locaux venus du monde entier. Objectif : amener ces représentants à prendre des engagements concrets pour lutter contre le changement climatique.  

La déclaration officielle issue de ce "sommet des maires" sera remise le 5 décembre prochain aux négociateurs de la COP21, au Bourget.

Marie Pecquerie
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