Publié le 07 avril 2016

ÉNERGIE

L’hydrogène, booster de la mobilité électrique ?

Verrons-nous bientôt des stations à hydrogène aux côtés de nos traditionnelles pompes à essence ? La filière, qui accusait un sérieux retard en France, est en train d’appuyer sur l’accélérateur. Elle mise sur 6 000 stations de recharge et 800 000 véhicules roulant avec ce gaz à horizon 2030. D’ici là, des écosystèmes locaux se mettent en place et des entreprises comme La Poste effectuent leurs premiers tests. Bilan d’étape.

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Photo d'illustration.
iStock

La France va démarrer cette année le déploiement d’une infrastructure de recharge en hydrogène. Un appel à projets sera lancé prochainement. L’objectif : installer 100 stations dans une trentaine de zones d’ici trois ans.

Fin 2015, sept stations à hydrogène étaient opérationnelles dans l’Hexagone. Elles devraient être une vingtaine d’ici la fin 2016. Le défi est d’accompagner le développement de la mobilité électrique. L’hydrogène constitue un atout intéressant pour la filière : il stocke dix fois plus d’énergie par kilo que les meilleures batteries au lithium. Et les batteries à hydrogène n’ont besoin que de quelques minutes de temps de recharge.

 

Des constructeurs français frileux 

 

Certains constructeurs, notamment asiatiques, ont flairé le filon. Toyota a ainsi mobilisé 4,5 milliards de dollars dans le développement d’une gamme de véhicules à hydrogène, dont le modèle phare est la Mirai (futur en japonais), lancée début 2015. Le constructeur s’est engagé à ne plus vendre de véhicules à essence ou diesel d’ici 2050 et table sur 30 000 ventes annuelles de véhicules à pile à combustible produisant de l’électricité à partir d’hydrogène en 2020. 

Les constructeurs français sont quant à eux globalement plus frileux. Et plutôt que de lancer leurs propres véhicules à hydrogène, ils transforment leurs véhicules électriques. Renault installe ainsi des kits prolongateurs d’autonomie, composés d’une pile à combustible et de réservoirs d’hydrogène, sur ses Kangoo électriques. Résultat : l’autonomie du véhicule est doublée pour atteindre 300 km et le temps de recharge est réduit. 

 

La Poste teste l’hydrogène sur ses tournées 

 

La Poste, qui possède la première flotte mondiale de véhicules électriques, est particulièrement intéressée par cette technologie. Elle lui permet d’améliorer l’autonomie des véhicules pendant les tournées de ses facteurs. Elle expérimente ainsi, en Franche-Comté et en Rhône-Alpes, des Kangoo H2 équipées de prolongateur d’économie. Un camion de 4,5 tonnes utilisant la même technologie est lui testé à Dole, dans le Jura. Enfin, 12 vélos à assistance électrique, propulsés par des piles à combustible à hydrogène, roulent à Anglet, en Aquitaine.

A Paris, la première société de taxis à hydrogène, Hype, a quant à elle été inaugurée le 7 décembre dernier, en pleine COP21. Composée d’une flotte de cinq taxis, son objectif est de la porter à 70 taxis à hydrogène fin 2016 et à environ 600 dans 4 à 5 ans. 

La flotte de véhicules de la ville de Paris a également intégré début novembre sept véhicules à hydrogène. "Il s’agit de Renault Kangoo électriques dotés de prolongateur à hydrogène et d’une Toyota Mirai", explique Hervé Foucard, chef des transports automobiles municipaux de Paris, qui avoue qu’il y a un an, le projet n’était même pas encore dans les cartons. Une station de rechargement hydrogène a été installée à Ivry-sur-Seine. Pour la capitale, recourir à l'hydrogène participe de la lutte contre la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique. 

 

Des écosystèmes locaux 

 

Pour le développement  de cette filière, la France, contrairement à l’Allemagne par exemple, procède par maillage territorial, dans une logique de "clusters", plutôt qu’à un développement massif de l’infrastructure au niveau national. Cette approche vise à commercialiser localement des flottes de véhicules utilitaires partageant des stations de recharge d’hydrogène publiques ou semi-publiques. Le tout premier écosystème local de ce type a ainsi été mis en place à Saint-Lô, dans la Manche, entraînant le développement de projets aux alentours, à Cherbourg et en Basse-Normandie.  

Autre programme précurseur : Hyway, lancé en octobre 2014 à Grenoble et Lyon, pour faire du fret urbain. Mais si la deuxième phase du projet produira de l’hydrogène grâce à des énergies renouvelables, pour l’instant, celui qui est utilisé est de l’hydrogène produit à partir de ressources fossiles, via un procédé chimique (vaporeformage de gaz naturel). Et c’est le cas aujourd’hui pour 98% de l’hydrogène utilisé en France.

Son bilan carbone, en tout cas au niveau de sa production, est donc pour l’instant loin d’être neutre. "Ce n’est pas une raison pour renoncer complètement à l’hydrogène. Au niveau de son usage, il ne dégage pas de CO2, affirme Pascal Mauberger, le président de l’Afhypac (Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible). C’est une façon d’amorcer le marché et d’accélérer vers l’hydrogène renouvelable."

 

Et ailleurs ? 

 

Mobilité Hydrogène France, un consortium d’acteurs publics et privés, table sur 600 stations de recharge à l’horizon 2030 et 800 000 véhicules à hydrogène. De quoi générer un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros. Utilisé dans les transports, l’hydrogène pourrait ainsi permettre de réduire de 1,2 million de tonnes (Mt) les émissions de CO2 par an et jusqu’à 10,5 Mt en 2050. Et au total, 3 Térawattheures (TWh) d'électricité à partir d’énergies renouvelables pourra être utilisée dans les véhicules électriques à hydrogène.

D’ici fin 2025, la France et les États membres de l’UE devront s’assurer qu’un nombre suffisant de points de recharge seront accessibles au grand public pour permettre la circulation de véhicules hydrogène notamment dans les couloirs transfrontaliers. En Allemagne, pays le plus avancé en Europe dans ce domaine, 450 stations devraient voir le jour en 2025. Au Japon, pays précurseur, on parle de plus de 1 000 stations de recharge à hydrogène au même horizon.

Concepcion Alvarez
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