Publié le 15 mai 2017

ÉNERGIE

Acceptabilité des renouvelables : le crowdfunding n'est pas la recette miracle

La loi de transition énergétique a introduit la possibilité d’avoir recours au financement participatif pour les projets d’énergie renouvelable. Pour aller plus loin, l'ancien gouvernement a décidé d’intégrer un bonus de rémunération de l’électricité dans ses appels d’offres publics pour les projets intégrant cette dimension. L’objectif est de favoriser l’acceptabilité locale, notamment pourl’éolien. Mais l’équation n’est pas toujours aussi simple.

La plateforme Lendosphère propose des taux d'intéret préférentiels aux riverains des projets de renouvelable.

Les appels d'offres publics proposent désormais des bonus de rémunération pour les projets d'énergie renouvelable issus du financement participatif. Ainsi, en février 2016, l’appel d’offres "biomasse" lancé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) prévoyait un bonus de 5 euros par mégawattheure pour les dossiers dont plus de 40 % du capital était détenu par des citoyens et des collectivités. Plus récemment, un appel d’offres sur l’éolien terrestre a proposé un bonus différencié en fonction de l’ouverture au crowdfunding, compris entre 2 et 3 euros du mégawattheure.

"L’objectif est d’améliorer l’acceptabilité locale des projets d’énergie renouvelable", a rappelé Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, lors de sa rencontre avec les professionnels du secteur fin avril. Il paraît logique que le fait d’impliquer les citoyens améliore l’acceptabilité des projets. Mais dans les faits, ce n’est pas si simple.

Car il n'y a pas un seul type de financements participatifs. D’un côté, il y a les projets "citoyens", ancrés localement, dans lesquels les épargnants participent à la gouvernance et sont impliqués du début à la fin. Et de l’autre, il y a les projets "participatifs", présentés sur des plateformes Internet qui collectent de l’argent plus largement sur un projet porté par des développeurs privés. 

 

Eviter les effets d'aubaine

 

En France, les projets citoyens sont accompagnés par Énergie Partagée et le fournisseur d’énergie verte Énercoop. En 2016, l’association a collecté 13,5 millions d’euros pour financer près de 30 projets en France. "L’important est que le projet soit porté dès le départ par les habitants, qu’il y ait un réel travail de communication et de concertation afin de susciter l’adhésion, au-delà de l’acceptabilité. Trop souvent, on est face à des projets montés depuis longtemps et pour lesquels on sort du chapeau une dette citoyenne. Ça ne peut pas marcher !", réagit Charlène Suire, chargée de projet énergies citoyennes en Aquitaine.

Pour Albert Ferrari, responsable des relations institutionnelles chez Énercoop, il faudrait un bonus qui distingue les deux approches "afin de limiter les effets d’aubaine". "Les premiers résultats des appels d’offres montrent que la bonification est plutôt allée à des structures privées traditionnelles alors que ce sont les projets citoyens, plus coûteux car plus longs et complexes à monter, qui en ont davantage besoin" regrette-t-il.

"L’essor des projets citoyens risque d’être cassé, confirme Andreas Rudinger, chercheur associé au sein du pôle Énergie-Climat de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Les appels d’offres présentent un risque trop important pour les projets citoyens qui auront du mal à convaincre les épargnants de les suivre. Ce ne sont donc que quelques gros acteurs privés qui en bénéficieront, signant l’arrêt de mort des plus petits."

 

Appropriation plus grand public

 

Selon la société Solar Plaza, dédiée à l’essor des énergies renouvelables, au moins 165 millions d’euros ont été collectés sur des plateformes Internet pour soutenir plus de 300 projets dans les énergies renouvelables en France entre 2009 et 2015. A côté des plateformes de crowdfunding généralistes, d’autres acteurs spécialisés ont fait leur apparition ces dernières années. Parmi eux, Lendosphère qui a collecté en deux ans 15,5 millions d’euros pour financer 58 projets (dont deux tiers dans l’éolien) en France autour de 5 300 investisseurs et une trentaine d’industriels.

Depuis sa création, cette plateforme propose d'ancrer les projets sur le territoire. Par exemple, pour le projet éolien de Lechampvoisin (Deux-Sèvres), actuellement en cours de collecte, un premier palier de 100 000 euros a été ouvert à tous. Une fois celui-ci atteint, la suite de l’opération a exclusivement été réservée aux habitants du département. Un taux d’intérêt préférentiel (7 % au lieu de 5 %) est même proposé aux riverains des communes les plus proches.

"C’était une attente forte des développeurs pour favoriser l’implication locale mais aussi des riverains qui en font la demande lors des phases de concertation, explique Laure Verhaegue, la co-fondatrice et directrice générale de Lendosphère. Entre 50 et 80% du montant prêté sur les dernières opérations provient de citoyens proches géographiquement du projet. C’est une façon pour eux de s’approprier de façon simple et rapide la transition énergétique."

 

Des retombées locales 8 fois plus importantes

 

"Tout ce qui peut contribuer à la transition énergétique doit être valorisé, tranche Esther Bailleul, chargée de mission Énergie et territoire au sein du CLER, réseau pour la transition énergétique. Le financement participatif, y compris via des plateformes, contribue au changement de culture et améliore donc l’acceptabilité des projets renouvelables de façon générale."

Selon une étude allemande (traduite ici), les projets développés à l’échelle régionale, à travers le financement participatif, permettent de répercuter jusqu’à 59 % de la valeur investie sur le territoire. Pour une durée de fonctionnement de 20 ans, la création de valeur pourrait ainsi être jusqu’à plus de huit fois plus importante que celle générée par les modèles classiques de développement de parcs. De quoi mettre tout le monde d’accord.

Concepcion Alvarez
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