Publié le 19 mars 2021

ÉNERGIE

Total va demander à ses actionnaires de voter sur la transition énergétique et la neutralité carbone

Total propose, les actionnaires disposent. C’est ainsi que la politique de transition énergétique du groupe et l’orientation des investissements vers la neutralité carbone va être soumise au vote des actionnaires. L’entreprise était mise sous pression depuis longtemps sur ces sujets par plusieurs investisseurs. Pour la première fois une telle résolution ne proviendra pas des investisseurs d’un pétrolier mais du pétrolier lui-même. 

Patrick Pouyanné est le PDG de Total. Le groupe souhaite le reconduire dans ses fonctions jusqu'en 2024.
@Novethic

Après une Assemblée générale chahutée en 2020 au sujet du changement climatique et de la transition énergétique, Total a décidé de prendre les devants. Le groupe a annoncé dans un communiqué le 18 mars que "le conseil d’administration de Total prend l’initiative de soumettre une résolution sur la transition énergétique de Total Energies (le nouveau nom de Total) vers la neutralité carbone". Cela signifiera que, lors de la prochaine assemblée générale du groupe le 28 mai 2021, les actionnaires devront voter pour ou contre une baisse des énergies fossiles dans le groupe à la faveur des renouvelables et des biocarburants.

Concrètement, ce sont trois initiatives qui sont annoncées de front. Premièrement, il s’agit du changement de nom de Total en Total Energies, une annonce déjà faite en février dernier lors des résultats. "Le groupe affirme sa volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies pour répondre au double défi de la transition énergétique : plus d'énergie, moins d'émissions", expliquait alors le PDG Patrick Pouyanné. "Nous voulons ancrer la réalité de la transformation du groupe dans notre identité", ajoutait-il.

Rémunération variable

Deuxièmement, il s’agit de proposer "une résolution pour vote consultatif sur l’ambition de la société en matière de développement durable et de transition énergétique vers la neutralité carbone et ses objectifs à horizon 2030". Cette ambition consiste entre autres à atteindre 85 GW d’énergies renouvelables en 2030, contre 7 aujourd’hui. Elle s’appuie sur le travail réalisé en commun avec le groupement d’actionnaires institutionnels Climate Action 100+. Ces derniers ont mis sous surveillance depuis 2017 les plus grandes entreprises émettrices de CO2 de la planète. 

Enfin, le conseil d’administration de Total propose que l’attribution d’actions et la rémunération variable du PDG et des dirigeants soient indexées sur la transformation du groupe. L’un des principaux critères sera la baisse des émissions du scope 3, c’est-à-dire les émissions émises par les clients de Total à travers l’utilisation des produits de l’entreprise. Sachant qu’en octobre dernier, Patrick Pouyanné expliquait "prendre des engagements de réduction de 30 % de ses émissions de CO2 sur son scope 3 dès 2030".

Frondes d’actionnaires

Cet engagement de Total n’est pas venu sans pression. En amont de l’Assemblée générale 2020, des investisseurs responsables avaient cerné Total. Tandis que la coalition Climate Action 100+, menée par BNP Paribas AM, dialoguait depuis plusieurs mois avec la direction de la major pétrolière afin de l’alerter sur sa stratégie climatique insoutenable. D’autres investisseurs, dont Meeschaert AM et LBPAM, déposaient une résolution actionnariale pour pousser le pétrolier vers la neutralité carbone dans le monde entier. Si la résolution n’a pas été votée, elle a forcé le groupe à raffermir sa position.

Pour l’ONG Reclaim Finance toutefois, cette nouvelle annonce n’est pas satisfaisante. Lucie Pinson, sa fondatrice et directrice, estime que "Total n’a pour l’instant que le changement de son nom en TotalEnergies à donner comme gage de son soi-disant engagement pour le climat. La transition écologique ne se paie pas de mots et le greenwashing de Total SE devient intenable". Elle appelle les "actionnaires du groupe engagés pour le climat à déposer leur propre résolution".  

Ludovic Dupin @LudovicDupin 


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