Publié le 04 novembre 2020

ÉNERGIE

Sous la pression de l’État et des ONG, Engie renonce à un gros contrat d'importation de gaz de schiste américain

Suite à la pression de l'État actionnaire et des ONG, Engie vient de renoncer à un contrat d'importation de gaz de schiste américain. Vivement contesté, ce projet ne cadrait pas avec les ambitions de la France sur les hydrocarbures non conventionnels. En outre, il aurait permis de financer le projet de terminal méthanier de Rio Grande, au sud du Texas, dont la décision d'investissement est remise en cause par la crise pétrolière.

Dans le cadre de cet accord, Engie se serait engagé à importer chaque année, entre 2025 et 2045, jusqu'à 36 cargos de gaz de schiste liquéfié exporté via le terminal méthanier de Rio Grande LNG, au sud du Texas.
@Rio Grande LNG

Le groupe français Engie a renoncé à un contrat géant d'importation de gaz de schiste américain, qui était contesté par des défenseurs de l'environnement et l'État actionnaire. "Engie a décidé de ne pas donner suite aux discussions commerciales avec NextDecade sur ce projet de fourniture de gaz", a confirmé une porte-parole d'Engie mardi 3 novembre. Ce contrat était estimé à près de 7 milliards de dollars et portait sur du gaz naturel liquéfié (GNL). Il aurait été issu de gaz de schiste produit par fracturation hydraulique.

Or, ce mode d'extraction est interdit en France et très critiqué par les défenseurs de l'environnement. Dans le cadre de cet accord, Engie se serait engagé à importer chaque année, entre 2025 et 2045, jusqu'à 36 cargos de gaz de schiste liquéfié (3 millions de tonnes) exporté via le terminal méthanier de Rio Grande LNG, au sud du Texas. La décision d’investissement dans cette immense infrastructure est sans cesse repoussée en raison de la crise et de l’instabilité du secteur outre-Atlantique.  

Société générale, prochaine cible

L’État français, actionnaire d'Engie à près de 24 %, s'était opposé à cet accord qui "ne correspondait pas à notre politique de transition écologique", indiquait cette semaine une source gouvernementale. La position d’Engie aurait été d’autant plus difficile à défendre que la France s’est engagée à ne plus apporter de garanties publiques de crédit à l’exportation pour des projets de gaz ou de pétrole de schiste. Les ONG environnementales, elles aussi vent debout, ont salué le revirement d’Engie.

"Le rejet par le gouvernement et Engie de ce contrat est une nouvelle reconnaissance explicite des ravages climatiques, environnementaux et sociaux du gaz de schiste", a commenté Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France, dans un communiqué. "Quelle que soit l'issue des élections [américaines], nous attendons de la France une politique cohérente de tolérance zéro vis-à-vis des hydrocarbures non-conventionnels. Cela exige de refuser d'importer et de consommer des pétrole et gaz de schiste, comme nous avons refusé d'en produire il y a bientôt une décennie", ajoute-t-elle.

En début de semaine, des parlementaires Républicains avaient écrit à Emmanuel Macron afin que le gouvernement renonce à faire pression sur Engie dans ce dossier. Les membres du Congrès avançaient que le gaz américain émettait moins de gaz à effet de serre que le gaz russe et algérien importé par la France. Ce contrat était décisif pour NextDecade qui devait utiliser une partie des fonds pour financer le terminal Rio Grande LNG. Parmi les acteurs français encore en lice dans ce projet vivement contesté, il reste Société Générale, qui joue un rôle de conseiller financier. 

Concepcion Alvarez avec AFP


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