Publié le 30 novembre 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] Lors de la COP24 en Pologne, "King Coal" sera à l’honneur

La COP24 ouvre ses portes le 2 décembre en Pologne. En ces terres bâties sur le charbon, parler de transition énergétique et de bilan carbone ne sera pas une mince affaire. D’autant plus que le principal sponsor de l’événement sera le premier groupe minier polonais. Une manière, on ne peut plus clair, de dire au monde que Varsovie n’a aucune intention de tourner le dos à cette ressource.

Mine de charbon BHP Lont Arthur Australie
La Pologne est le pays d'Europe dont le mix électrique est le plus dépendant du charbon.
@BHPBiliton

Comme chaque fin d’année depuis 1995, la planète climat se retrouve pour la conférence des parties, la COP, afin de prendre la température brûlante de notre planète malade de nos excessives émissions de carbone. Alors que la COP24 s’ouvre le 2 décembre, le diagnostic s’est encore aggravé et aucun remède n’est en vue.

Washington continue de nier toutes les alertes sur le réchauffement, y compris ceux émis par sa propre administration. Le Brésil vient de renoncer à organiser la COP25 en 2019 pour ne pas propager l’alarmisme climatique. Le GIEC liste les conséquences déjà irréversibles du réchauffement. Tandis que le programme des Nations Unies pour le climat (PNUE) acte que l’objectif 1,5°C est loupé et que celui de 2°C va être très (trop) serré à atteindre.

Et la COP24 ne risque pas d’apporter la meilleure solution à cette urgence. Celle-ci se déroule à Katowice en Pologne. Comme d’usage lors des COP, les groupes énergétiques nationaux sont partenaires, comme ce fut le cas d’EDF à Paris en 2015. Mais cette fois-ci, "le premier partenaire officiel du sommet" est le groupe minier JSW, le plus important producteur de charbon à coke dans l'Union européenne.

Un groupe minier à la COP

Pour le Président de JSW, Daniel Ozon, "c'est un honneur pour la société de soutenir financièrement la présidence polonaise" de la conférence. Il présente son entreprise comme "un leader pro-écologique dans le secteur de l'extraction".

La Pologne est loin de vouloir tourner le dos au charbon et le clame haut et fort. Il compte pour 80 % de son mix électrique, devançant ainsi l’Allemagne (40 %). Au niveau mondial, le pays est même devant la Chine (66 %) et l’Inde (60 %). Même si en valeur absolue, le pays d’Europe de l’Est consomme moins de charbon que les trois autres pays, au niveau mondial, le charbon compte pour 40 % de la production d’électricité.

Cette filière industrielle génère 100 000 emplois directs dans le pays. Aussi, le ministère polonais de l'Énergie refuse toute transition énergétique "brutale". "Je ne vois pas les centrales électriques à charbon disparaître de Pologne en 2050. L’espérance de vie des centrales électriques ne s’arrêtera pas en 2050", assure le ministre Krzysztof Tchorzewski. À l’horizon 2030, il prévoit que le charbon sera toujours à 60 % dans le mix électrique national.

Ouverture de centrales

Joignant le geste à la parole, en septembre l’entreprise d’État Enea a donné son feu vert à la construction d'une centrale à charbon d'une capacité d'environ 1 000 mégawatts. Elle sera érigée à Ostroleka, une ville à 120 kilomètres. Et le gouvernement vient d’autoriser fin novembre la création d’une nouvelle mine de charbon en Silésie polonaise, dans la même région que la COP24.

C’est dans ce contexte que les diplomates du monde devront s’entendre pour chasser le carbone de l’économie. L’initiative "Powering past coal alliance" devrait être suivie de près. Lancée en 2017 par le Royaume-Uni et le Canada lors de la COP23 à en Allemagne, elle vise à favoriser la transition du charbon vers des énergies non carbonées.

28 pays, dont la France qui fermera ses quatre dernières centrales à charbon en 2022, y ont adhéré. L’ambition de l’alliance est lors de la COP24 de faire monter ce nombre à 50 membres. Un bon indicateur pour savoir si "King Coal", le roi charbon, vacillera un peu sur son trône.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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