Publié le 13 avril 2016

ÉNERGIE

La chute de Peabody, symbole de la faillite du charbon américain

Le numéro un du charbon aux États-Unis s'est mis ce mercredi 13 avril sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Une annonce qui ne constitue pas une surprise. Depuis plusieurs années, c’est tout le secteur qui vacille. Les quatre leaders américains du charbon, qui pesaient 34 milliards il y a cinq ans, ne valent plus que 150 millions de dollars aujourd’hui. Pour Peabody, les risques de casse sociale et environnementale sont désormais immenses.

Aux États-Unis, le secteur du charbon vacille depuis plusieurs années.
Luke Charrette, Getty Images North America

SOMMAIRE

Numéro un de la production de charbon aux Etats-Unis. 7600 employés. 26 mines exploitées. Et... une dette évaluée à 6,3 milliards de dollars à la fin 2015. Le groupe Peabody, fondé il y a plus de 130 ans, avait annoncé mi-mars avoir des "doutes importants" sur sa propre survie, devenant ainsi la dernière preuve en date, et la plus marquante, que le secteur du charbon aux États-Unis est à bout de souffle. Il est désormais officiellement en faillite.

"Tout cet édifice est en train de s'effondrer. Nous sommes dans une grande période d'instabilité pour les salariés, pour les investisseurs, pour les communautés qui dépendent des mines. La tempête qui se lève englobe tout cela", résume Tom Sanzillo, de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis, un think-tank spécialisé dans l’énergie.

Peabody était en sursis. Le 15 mars, une première procédure, qui lui permet de bénéficier d'une grâce de 30 jours vis-à-vis de ses créanciers, avait été déclenchée. Passé ce délai, le scénario d'une banqueroute se dessinait déjà. A court terme, le groupe bénéficie donc du régime du "Chapitre 11" de la loi américaine sur les faillites. Cela lui permet de renégocier sa dette tout en poursuivant ses activités. Mais il n’évitera pas une restructuration en profondeur.  

Avant Peabody, d'autres grands noms du secteur aux Etats-Unis ont été contraints de suivre le même chemin. C’était le cas en janvier dernier du numéro deux, Arch Coal, et en 2015 des groupes Patriot Coal, Walter Energy et Alpha Natural Resources. Les quatre leaders du secteur, qui pesaient 34 milliards il y a cinq ans, ne valent plus que 150 millions de dollars en cumulé, selon une étude du cabinet de conseils Rhodium. En 2015, la production de charbon a atteint son plus bas niveau en trois décennies

 

L'effet Clean Power Plan

 

Pour le charbon américain, tous les signaux sont au rouge. "Et dans les cinq ans à venir, les prix vont continuer à baisser, l'activité du secteur va encore diminuer, il y aura de moins en moins d'entreprises en compétition qui produiront de moins en moins de charbon pour de moins en moins de clients", prévient l'analyste Tom Sanzillo.

Le Clean Power Plan, la grande réforme environnementale impulsée par Barack Obama, prévoit en effet que les centrales à charbon, qui constituaient 39% du mix énergétique américain en 2014, n'en représenteront plus que 27% d'ici 2030. En janvier dernier, l'administration américaine a aussi annoncé une révision complète de sa politique de subventions au secteur du charbon pour prendre mieux en compte son "impact sur l'environnement" et "engager une transition énergétique vers une économie plus propre"

Dans la foulée, les investisseurs et les banques sont en train de prendre leurs distances. Début mars, la banque américaine JPMorgan a par exemple défini une nouvelle ligne de conduite qui interdit désormais de financer de nouveaux projets de mines ou de centrales électriques au charbon dans les pays développés. Avant elle, les groupes Bank of America, Wells Fargo, Citigroup et Morgan Stanley ont suivi la même voie du désinvestissement aux États-Unis. 

 

Les craintes d'une casse sociale et environnementale 

 

Une avancée saluée par l’organisation environnementale Rainforest Action Network, qui l'appelle de ses vœux depuis des années. Mais dans le cas Peabody, la vigilance reste de mise. "Cette probable faillite va être un test très important. Nous allons surveiller de très près non seulement comment Wall Street va réagir dans son ensemble, mais aussi comment les dirigeants de Peabody vont se comporter. Est-ce qu'ils vont provisionner des sommes suffisantes pour payer à leurs salariés tous leurs droits en termes de pensions et de bénéfices sociaux ? Ou est-ce qu'ils vont en profiter pour distribuer des bonus importants à leurs dirigeants ?", détaille Ben Collins du Rainforest Action Network. 

Autre motif d’inquiétude, environnemental celui-ci : la remise en état des mines, une obligation prévue par la loi américaine si certains sites devaient fermer leurs portes. Le procureur général de l'Illinois, l'un des États américains où Peabody est installé, a d'ores et déjà envoyé une lettre pour exiger du groupe charbonnier qu'il explique comment il paiera les 92 millions de frais de nettoyage si sa faillite est confirmée. "Ce que nous espérons, c'est que les autorités vont obliger Peabody à mettre de l'argent de côté pour le nettoyage avant la procédure de faillite", explique l'avocate Margrethe Kearney, du Environmental Law & Policy Center. "Notre crainte, c'est que les mines en plus mauvais état, celles qui seront impossibles à revendre, paient le prix le plus fort et soient complètement abandonnées. Et au final, c'est l'État qui devra payer pour tout nettoyer."

Article initialement publié le 1er avril 2016

Fannie Rascle, correspondante aux Etats-Unis
© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Clean Power Plan : un revers lourd de conséquences pour Obama

La Cour suprême a suspendu le 9 février le grand plan climat voulu par le président américain. Une victoire importante pour les États charbonniers qui mènent cette bataille juridique. Barack Obama n'a plus que neuf mois devant lui pour inscrire dans le marbre toutes les réformes...

Obama et l'environnement : ce qu'il a accompli, ce qu'il lui reste à faire

Dans son discours sur l'état de l'Union, le dernier de sa présidence, le président américain a vanté son bilan. Plan de réduction des émissions de CO2, signature de l'accord de Paris, abandon du projet de pipeline <link...</span>

Chine : un moratoire de 3 ans sur les nouvelles mines de charbon

Un moratoire de trois ans sur l’ouverture de nouvelles mines de charbon. C'est la décision que vient de prendre le gouvernement chinois. Une annonce qui intervient alors que les prix sont au plus bas et que le premier émetteur de CO2 au monde cherche à réduire ses émissions de gaz à effet...

Ces pays qui ont réduit leurs subventions aux énergies fossiles

Une trentaine de pays à travers le monde ont pris des mesures de réduction des subventions aux énergies fossiles. Des subventions qui atteignent, selon les différentes estimations, jusqu’à 5 300 milliards de dollars par an si l’on prend en compte les impacts négatifs des énergies fossiles...

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

Conseil europeen embargo petrole russe commission europeenne

Embargo sur le pétrole russe : les importations européennes réduites de 90 % d’ici la fin de l’année

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne, réunis en sommet, ont entériné un sixième train de sanctions contre la Russie. Ils ont enfin trouvé un accord pour réduire de 90 % leurs importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année afin de tarir le financement de la guerre menée par Moscou...

Terminal methanier rio grande LNG au sud du texas RioGrandeLNG

Sommet des chefs d’État européens sur l’énergie : pourquoi une crise du gaz naturel liquéfié (GNL) semble inévitable

Les chefs d’État et de gouvernement européens se réunissent ces lundi 30 et mardi 31 mai pour discuter du plan Repower EU sur l’indépendance énergétique de l'Union européenne, présenté par la Commission le 18 mai. La pression se fait de plus en plus forte pour sortir de notre dépendance aux énergies...

Gazprom NIKOLAY DOYCHINOV AFP

Coupures de gaz à la Pologne et la Bulgarie : l'étau se resserre sur l'Union européenne pour accélérer son indépendance énergétique

La pression s'accroît sur l'Union européenne. Alors qu'un sixième train de sanctions est en préparation à Bruxelles, la Russie a mis ses menaces à exécution en suspendant ses livraisons de gaz à la Bulgarie et à la Pologne. Les deux pays avaient refusé de payer en roubles, comme l'exige Moscou...

La centrale à charbon de Saint-Avold pourrait finalement ne pas fermer au 31 mars

À Saint-Avold, en Moselle, c'est l'incompréhension la plus totale. La centrale à charbon, l'une des deux dernières encore en fonctionnement en France, doit officiellement s'arrêter au 31 mars, soit dans deux jours. Mais la pénurie d'électricité nucléaire, et la guerre en Ukraine qui menace...