Publié le 08 février 2019

ÉNERGIE

[Décryptage] L'humanité consomme désormais plus de 100 millions de barils par jour... et sa soif n’est pas étanchée

Transport, énergie, chimie, médecine, agriculture… Le pétrole est présent dans chaque segment de notre civilisation. Et nous sommes loin d’en avoir fini avec cet hydrocarbure. Le passage du seuil des 100 millions de barils de pétrole consommés chaque jour le prouve. Si la sortie du charbon est en bonne voie, celle du pétrole s’annonce beaucoup plus compliquée.

Le FPSO Clov de Toal utilisé pour la production de pétrole et de gaz en Angola.
@Total

Ce n’est qu’un symbole mais il marque les esprits. Depuis fin 2018, les gosiers mécaniques de l’humanité engloutissent plus de 100 millions de barils de pétrole par jour, soit 15,9 milliards de litres d’or noir quotidiennement. L’équivalent de plus de 6 400 piscines olympiques, à raison d’une piscine vidée toutes les 13 secondes.

En 2017, le monde en consommait 97 millions par jour et, en 2008, "seulement" 87 millions. "L’évolution de la consommation n’est pas en ligne avec la transition énergétique. Il faudrait diminuer cette consommation qui ne fait que croître", constate Guy Maisonier, directeur général adjoint de l’Institut Français du pétrole énergies nouvelles (IFPEN).

Tandis que les pays industrialisés stabilisent leur consommation, celle des pays émergents explose à la faveur de l’augmentation du pouvoir d’achat de la population. Selon l’institut français, la demande va croître de 11 millions de barils par jour jusqu’en 2040, avec une dynamique particulièrement soutenue jusqu’en 2025.

Résilience de l’industrie pétrolière

Cette augmentation prend en compte les atténuateurs que sont l’essor des véhicules électriques, l’optimisation des moteurs thermiques et le recours aux énergies renouvelables. Les principaux secteurs contributeurs sont par ordre décroissant la pétrochimie, le transport routier lourd, l’aviation et le secteur maritime. En revanche, le secteur énergétique va réduire sa consommation de plus de 2 millions de barils par jour d’ici 2040.

Le seuil des 100 millions de barils et ces perspectives de croissance mettent en avant deux éléments clés. Le premier est l’incroyable résilience de l’industrie pétrolière. À partir du second semestre 2014 et les deux années qui suivirent, les prix se sont effondrés passant de près de 120 dollars par baril à 30 dollars. Une chute qui a mis tous les pétroliers de la planète dans le rouge et a relégué au placard les projets d’extraction les plus complexes.

Depuis les cours se sont stabilisés aux alentours de 60-70 dollars. On aurait alors pu croire que cette industrie avait mangé son pain blanc. Mais en rationalisant ses process, elle a abaissé drastiquement son point mort, c’est-à-dire le prix à partir elle gagne de l’argent. Il est passé, en moyenne, de 80 à 50 dollars par baril, renouant avec les bénéfices.

Parité avec l’investissement dans les renouvelables

Preuve en est avec Total, la cinquième major de la planète. Le Français vient d’annoncer des résultats 2018 en hausse de 28 %, à 13,6 milliards de dollars. "Ces excellents résultats ont été tirés par la forte croissance de plus de 8 % de la production d’hydrocarbures qui a atteint un niveau record de 2,8 millions de barils équivalent pétrole par jour", se réjouit le PDG Patrick Pouyanné.

Le second élément est le fait que la limitation de la ressource pétrolière, le fameux peak oil (pic pétrolier), imaginée dès les années 50, n’est décidément qu’un mythe. Tant qu’on cherche du pétrole, on en trouve. Quand bien même les forages en mer – trop coûteux - ont reculé de 4 % en 2018, ceux à terre ont cru de 7 %. 67 000 puits à terre ont été forés l’année passée. Le pétrole de schiste américain en alimente une bonne part. Loin d’être le feu de paille prédit par certains, il permettra, selon l’Agence Internationale de l’énergie, aux États-Unis de devenir exportateur net de pétrole à partir de 2020. Une situation inimaginable pour ce pays, qui était importateur net depuis 1953 !

Cette solidité de l’industrie pétrolière se voit dans ses investissements. L’année passée, 382 milliards de dollars ont été dépensés dans l’exploration-production, en croissance de 7 % par rapport à 2017, rapporte l’IFPEN. Cette somme est à mettre en regard des investissements dans les énergies renouvelables. Ils ont atteint 340 milliards de dollars l’année passée. Cette quasi-parité est réjouissante car elle est entre autres due à l’implication des pétroliers – qui ont de moyens financiers considérables- dans la transition. Reste que dans les années à venir, l’investissement pétrolier devrait progresser plus vite que le reste.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

IStock kruwt centrale charbon RWE allemagne

L'Allemagne va sortir du charbon d'ici 2030

L'Allemagne accélère sa transition. Le pays, premier émetteur de CO2 en Europe, très dépendant du charbon, va sortir, "dans l'idéal" de ce combustible fossile d'ici 2030. C'est ce qu'a annoncé la nouvelle coalition gouvernementale mercredi 24 novembre. Une mesure arrachée par les Verts, ce qui...

IStock @lyash01 Forage pétrolier Arctique

Pétrole et gaz en Arctique : à chacun sa définition des frontières pour autoriser les forages

Il n'existe pas de définition officielle des contours de l'Arctique. Si bien que la majorité des banques et des acteurs de la finance ont adopté un périmètre restreint de la région, là où les associations environnementales et du Conseil de l'Arctique donnent une aire bien plus vaste. L'enjeu est de...

IStock vichie81 Wawasaki (Japon) baril de pétrole

Réchauffement climatique : l'humanité doit se passer de 60% du pétrole et du gaz et de 90 % du charbon

Pour atteindre l'objectif climatique porté par l'Accord de Paris, l'humanité doit décroître sa production de pétrole et de gaz de 3 % par an d'ici 2050. Cela signifie qu'il est nécessaire de laisser sous terre plus de la moitié de ces réserves de pétrole et 90 % des réserves de charbon, indique une...

Gaz prix Magnascan

Face à l’explosion des prix de l’énergie, l’Europe veut prévenir les risques de colère sociale

Les prix du gaz explosent en Europe et dans leur foulée les prix de l’électricité. Plusieurs raisons en sont à l’origine : manque de disponibilité, problèmes de production et taxe carbone. Certains pays européens mettent en place des mesures d’urgence pour limiter l’impact sur les ménages alors que...