Publié le 19 août 2020

ÉNERGIE

Charbon en Pologne : le Covid-19 a réussi là où la politique européenne a échoué

La plus grande entreprise publique polonaise dans le secteur du charbon est en grande difficulté. Elle a affiché de massives pertes au premier semestre et va devoir fermer deux de ses mines. Un électrochoc pour le gouvernement qui évoque la fin de la dépendance à ce fossile pour 2050. Un petit pas pour la neutralité carbone en Europe, un pas de géant pour la Pologne.

100 000 emplois en Pologne dépendent de l'exploitation des mines de charbon.
CC0

En matière de transition énergétique, la Pologne est l’un des mauvais élèves de l’Europe avec sa dépendance massive au charbon. Malgré les incitations à changer, le pays peine à entamer un vrai virage et refuse d’endosser l’objectif de neutralité carbone en 2050 de l’Union européenne. Il faut dire que pour ce pays, 100 000 emplois directs sont en jeu rien que dans le secteur minier. À quoi il faut ajouter ceux des centrales et toute l’activité indirecte qui en découle. Mais pour Varsovie, il pourrait bien y avoir un monde post-Covid.

Le secteur charbon a énormément souffert de la chute d’activité et semble incapable de s’en remettre. Le plus grand groupe du pays, la société publique PGG est particulièrement ébranlée. Elle a annoncé fin juillet de lourdes pertes et la fermeture de deux mines employant 8 000 salariés. "D'une part, nous connaissons une baisse difficile et très forte de la demande de charbon, ce qui signifie une baisse des revenus, et d'autre part, nous devons rechercher des financements pour continuer à fonctionner", a expliqué le dirigeant Tomasz Rogala.

Visibilité jusqu’en 2040

Un symbole qui pousse le gouvernement à repenser sa stratégie charbon et même à faire un réel mea culpa. "Oui, nous disions que le charbon était notre atout et le garant de notre sécurité énergétique. Nous disions que la politique de sortie du charbon était une erreur. Aujourd’hui, en raison de ce qui se passe autour de nous, nous devons réviser ces affirmations", a reconnu le ministre des actifs de l’État, Jacek Sasin, dans un entretien pour le quotidien Dziennik Gazeta Prawna. Il ajoute : "Nous ne pouvons pas fermer les yeux, d’autant que, sur cette question, nous sommes isolés dans l’Union européenne".

C’est un changement de stratégie complet pour le gouvernement polonais qui pourrait même peu à peu s’orienter sur la voie de la neutralité carbone. Ce sera toutefois un exercice de long terme. "Nous pensons que la dépendance de la Pologne vis-à-vis du charbon prendra fin en 2050, voire 2060. Aujourd'hui, le marché des capacités nous permet d'assurer le financement de l'énergie du charbon jusqu'en 2040. (…) Dans le même temps, le secteur non-charbon devra faire d'énormes investissements dans des alternatives", prévient le Premier ministre.

Pour cela, la Pologne va pouvoir compter sur le fonds de transition juste de l’Union européenne, lancé avant le confinement. Il a pour but d’aider les pays fortement dépendants au charbon à se transformer, comme la Pologne (75 % de l’électricité) et l’Allemagne (28 % de l’électricité) par exemple. Fin juin, la Commission européenne a annoncé qu’il sera doté de 40 milliards d’euros. "La plateforme pour une transition juste fournira un soutien sur mesure aux régions qui seront les plus touchées par la transition verte", promettait la commissaire en charge de l’énergie Kadri Simson.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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