Publié le 22 août 2017

ÉNERGIE

Nucléaire : Areva n’a plus la cote

Depuis le 21 août, Areva n’est plus coté à la bourse de Paris. Ce retrait est liée aux ultimes opérations de sauvetage de la filière électro-nucléaire tricolore. C’est désormais sur les seules épaules d'EDF que repose l'avenir la troisième industrie du pays.


Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Naguère, champion du nucléaire et architecte de la renaissance de l’atome dans le monde, Areva est désormais à la dernière étape de sa disparition. Après la réorganisation d’une partie du portefeuille du CEA vis-à-vis de l’entreprise, l’État détient plus de 98 % d’Areva. Un taux qui retire la société automatiquement de la cotation.

Cela a été acté le lundi 21 août. Les actions de l’entreprise, qui avaient atteint plus de 80 euros en 2007, vont être écoulées pour 4,50 euros… au grand dam des petits porteurs. Que reste-t-il de l’entreprise ? Elle va se diviser en trois entités.

Areva NP, en charge de la construction et de la maintenance des réacteurs nucléaires, est racheté par EDF. Pour cela, l’électricien a bénéficié d’une augmentation de capital de 4 milliards d’euros. De l’autre côté, Areva NewCo, recapitalisé à hauteur de 3 milliards, va se concentrer sur l’extraction, l’enrichissement et le retraitement du combustible. Une activité plutôt bénéficiaire avec un résultat net de 550 millions d’euros au premier semestre 2017.

Une société pour écouler les chantiers à risques

Reste Areva SA qui avec 2 milliards d’argent frais dans ses caisses, devient une société de défaisance. Elle portera les projets qui ont entraîné la chute de l’entreprise, à commencer par le chantier de l’EPR en construction à Olkiluoto en Finlande. Lancé en 2004, ce chantier affiche neuf ans de retard et Areva a dû passer plus de 5 milliards d’euros de provisions. C’est aussi sur Areva SA que reposeront les risques liés à des contrats de l’usine du Creusot (Saône-et-Loire) où des anomalies graves ont été identifiées. Des suites judiciaires sont attendues.

Cette sortie de la bourse est donc l’une des dernières opérations avant la disparition de l’entreprise, créée en 2001. En juillet 2017, Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, commentait : "Ce qui s'est passé chez Areva est proprement scandaleux". Il dénonçait "la manière dont cette entreprise publique a été gérée et le coût que ça représente pour les finances publiques". Pour lui, la filière nucléaire ne peut plus se permettre de tels écarts.

Aujourd’hui, il a les yeux rivés sur EDF, devenu vaisseau amiral de toute l’industrie nucléaire française. La société est garante de l’exploitation des 58 réacteurs du parc nucléaire français, et est seule héraut pour l’exportation de la technologie tricolore hors des frontières. Mais une première anicroche a déjà eu lieu.

EDF sous la loupe de Bercy

Début juillet, EDF a annoncé une revue à la hausse du devis des réacteurs EPR d’Hinkley Point en Angleterre, dont le chantier doit débuter en 2019. "Les coûts à terminaison du projet sont désormais estimés à 19,6 milliards de livres sterling, en augmentation de 1,5 milliard de livres sterling 2015 par rapport aux évaluations précédentes", explique l’électricien français dans un communiqué. "Le ministre a demandé qu’un plan d’action rigoureux soit présenté au conseil d’administration d’EDF (…) L'État veillera à ce que ce plan permette de conforter le calendrier du projet (…) et d'assurer une maîtrise rigoureuse des risques du projet", avait réagi Bercy.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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