Publié le 22 août 2019

ÉNERGIE

La Russie lance sa première centrale nucléaire flottante pour exploiter le pétrole de l’Arctique

La volonté de nombreux pays, dont la Russie, de profiter de la fonte des glaces du Grand Nord pour exploiter les gigantesques réserves pétrolières qui s’y trouvent n’est pas une surprise. Mais l’utilisation de centrales nucléaires pour alimenter des sites industriels isolés est une autre paire de manches. C’est pourtant bien ce que s’apprête à faire Moscou avec l’Akademik Lomonosov, un gigantesque réacteur flottant.

Akademic lemonosov 2 rosatom
L'Akademik Lomonosov est une centrale nucléaire flottante conçu par le Russe Rosatom.
@Rosatom

Difficile de trouver un pitch plus à même de faire bondir toutes les ONG environnementales de la planète : "la Russie vient de lancer dans la mer arctique un bateau équipé de deux réacteurs nucléaires afin d’alimenter en énergie les zones isolées, entre particuliers des exploitations pétrolières". C’est le bingo du côté des ingénieurs russes de Rosatom qui ont conçu ce navire, appelé Akademik Lomonosov.

Cela fait presque 20 ans que le projet a été évoqué pour la première fois en Russie et 10 ans que les premiers traits de crayons ont été réalisés sur les planches à dessin. En 2018, le navire de 140 mètres de long pour 30 mètres de large et 21 000 tonnes avait été mis à l’eau et chargé en combustible près de Saint-Pétersbourg. Celui-ci s’engage désormais pour un long voyage de tests dans la mer glacée du Grand Nord.

Ce n’est pas la première fois que les Russes mettent à la mer des réacteurs nucléaires. Hormis les sous-marins militaires, le pays exploite de puissants brise-glace atomiques pour faire naviguer des cargos sur les routes maritimes gelées. Mais un niveau de puissance a été franchi avec cette nouvelle unité. Les deux cœurs nucléaires atteignent 70 MW. C’est plus que la puissance totale du porte-avions français Charles de Gaulle.

Cynisme selon Greenpeace

L’objectif est de rejoindre des sites isolés, déconnectés du réseau électrique afin d’alimenter des installations industrielles dans les zones les plus septentrionales. C’est en particulier les sites d’exploitations de gaz et de pétrole qui sont visés à la faveur du réchauffement climatique qui les libèrent des glaces. Rosatom affirme même que l’Akademik Lomonosov pourrait remplacer des petites centrales à charbon locales dépassées.

Autant dire que l’argument écolo n’a pas convaincu Greenpeace qui alerte sur le risque d’un accident nucléaire sur une installation qui n’a aucune enceinte de béton pour limiter les impacts alentour. Dès 2017, l’ONG dénonçait le cynisme d’"Anticiper la fonte des glaces liée au pétrole et de parsemer l’océan de centrales nucléaires flottantes".

Accidents nucléaires en Russie

La phase de tests intervient à un mauvais moment alors que la Russie a connu deux accidents nucléaires récemment. En 2018, un incident a eu lieu sur le site traitement de déchets de Maïak au sud de l’Oural. Cela a entraîné un nuage radioactif sur l’Europe. Puis début août 2019, une explosion sur un centre de recherche nucléaire dans le Grand Nord a provoqué cinq décès et une brève augmentation de la radioactivité localement.

Du côté de Rosatom, on balaie tout risque assurant que le navire est absolument insubmersible même face aux pires tempêtes. Rosatom a même la volonté d’exporter ce navire hors de ses frontières et assure être en contact avec plusieurs pays. L’industriel russe planifie d’ailleurs déjà la construction de six autres unités.

Selon le Financial Times, l’Akademik Lomonosov n’est toutefois pas une première mondiale. Lors du creusement du canal de Panama, les Américains ont employé entre 1968 et 1975 le MH-1A Sturgis, un réacteur nucléaire militaire déplacé sur une barge.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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