Publié le 15 octobre 2021

ÉNERGIE

La France continue de miser sur le nucléaire malgré les déboires de la filière

Dans son plan France2030, Emmanuel Macron a annoncé vouloir investir un milliard d'euros dans le nucléaire et notamment dans les petits réacteurs nucléaires (SMR, small modular reactor), plus agiles que les réacteurs classiques. Mais beaucoup critiquent ce choix alors que la filière multiplie les retards et les surcoûts, mettant en péril son modèle économique. 

Small modular eactor rolls royce
Un SMR - petit réacteur nucléaire - imaginé par Rolls Royce.
@Rolls Royce

Parmi les technologies d’avenir soutenues par le plan France2030, présenté cette semaine par Emmanuel Macron, le nucléaire occupe une place de choix. Un milliard d'euros, sur les trente milliards déployés, sera investi dans cette filière d'ici à 2030 pour développer des "technologies de ruptures", notamment des "petits réacteurs nucléaires", a précisé le président de la République. Les SMR ("small modular reactors") sont "beaucoup plus modulaires et beaucoup plus sûrs", a-t-il assuré, précisant qu'"améliorer toujours la sureté en baissant les coûts" restait une priorité.  

La puissance de ces petits réacteurs ne dépasse pas les 300 mégawatts, contre plus de 1 000 MW pour les réacteurs nucléaires classiques. Ils sont conçus pour être fabriqués en série en usine puis transportés sur le lieu de leur exploitation. Leur construction reste ainsi relativement simple, en contraste avec les difficultés que rencontre le réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR de Flamanville (Manche) qui accumule retards et surcoûts – quelque 16 milliards d’euros.  

Une technologie qui n'aboutira pas avant 2030

A l'heure actuelle, un avant-projet de petit réacteur nucléaire baptisé "Nuward" est en cours de développement par un consortium emmené par EDF. Il doit permettre la création d'un prototype de SMR sur le sol français mais pas avant 2030, date fatidique pour le climat. La France démarre la course en queue de peloton. La Russie a déjà mis en service deux SMR flottants pour alimenter en électricité des zones reculées et des démonstrateurs devraient voir bientôt le jour aux États-Unis et au Canada.  

L'électricité produite serait aussi plus chère qu'avec une centrale nucléaire actuelle. "Les SMR produiront une électricité ruineuse : il est impossible d’assurer la rentabilité de petits réacteurs, lesquels ne produiront pas assez d’électricité pour cela", alerte Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire, dans une tribune publiée dans Le Monde.

Or, la question du modèle économique est centrale alors qu'EDF, déjà fortement empêtré dans le chantier de l'EPR de Flamanville, doit mener des travaux de grand carénage pour prolonger la durée de vie de ses centrales. Ceux-ci ont été estimés à 50 milliards d'euros d'ici 2025 par l'énergéticien. Des travaux qui vont aussi nécessiter une main d'œuvre qualifiée. "L’Autorité de sûreté nucléaire alerte depuis quatre ans sur le manque de personnel nécessaire pour réaliser les travaux indispensables à la prolongation, à l’entretien ainsi qu’aux démantèlements à venir des infrastructures nucléaires" alerte la députée ex-LMR Emilie Cariou.

"La Russie ne doit pas être la poubelle de la France"

L’autre obstacle majeur que pose le nucléaire réside dans la gestion de ses déchets, avec des interrogations en termes de sûreté mais aussi des surcoûts considérables. Le projet Cigéo, qui prévoit d’enfouir les plus radioactifs d’entre eux à 500 mètres sous terre, est estimé entre 39,1 et 43,6 milliards d’euros selon un rapport de la Cour des comptes, loin des 25 milliards d’euros prévus initialement. En attendant qu’il ne voit le jour – au plus tôt en 2030 – les sites de stockage débordent.  A tel point qu’Orano (ex-Areva), en charge du traitement des combustibles radioactifs usés, a repris son trafic vers la Sibérie, selon des informations révélées cette semaine par Greenpeace.

L'ONG rappelle que "la Russie ne doit pas être la poubelle radioactive de la France". L’entreprise a reconnu être à l’origine de ces expéditions et avoir vendu plus de 1 000 tonnes d’uranium de retraitement à l’entreprise nucléaire russe Rosatom, soulevant des questions environnementales quant au traitement de ces déchets. "Comme par le passé, il est probable que l’uranium usé français soit tout simplement entreposé en Sibérie, pour une durée illimitée et sous une forme ne garantissant pas l’absence de contamination" explique Greenpeace.

Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP


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