Publié le 12 octobre 2021

ÉCONOMIE

Plan France 2030 : Emmanuel Macron met 30 milliards sur 10 objectifs pour innover vert

Le chef de l’État a dévoilé ce mardi 12 octobre son plan pour "faire émerger les champions de demain". Un investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans qui vise notamment à répondre à l’urgence climatique. Nucléaire, hydrogène vert, avion bas carbone, agriculture de précision… Emmanuel Macron veut déployer des "technologies de rupture" sans préciser les destinataires de ses enveloppes ni la gouvernance du plan.  

Plan France 2030 Emmaneul Macron Ludovic MARIN POOL AFP
Emmanuel Macron a dévoilé les dix objectifs de son plan d'investissement sur la prochaine décennie.
Ludovic MARIN / POOL / AFP

À six mois de l’élection présidentielle, le chef de l’État a présenté, dans un long discours ce 12 octobre, son plan "France 2030" doté de 30 milliards d’euros. Annoncé avec un mois de retard sur le calendrier initial, l’enjeu est d’offrir au pays une sortie de crise post Covid-19. Ce projet vise à renouer avec l’excellence française des années 80 qui a vu naître le TGV ou encore ArianeEspace, en s'’appuyant sur le plan de relance de 100 milliards d’euros présenté en septembre 2020. 

"Un premier grand défi, c’est évidemment le défi climatique, environnemental, c’est-à-dire le problème des dérèglements climatiques et de la réduction de la biodiversité", a déclaré le chef de l'État sans établir de liens entre son plan France 2030 et les différentes trajectoires dessinées par l’Accord de Paris ou les Objectifs de Développement Durable. Sa conviction : l’excellence technophile française permettra de trouver les solutions vertes adaptées par des innovations de rupture. Celles-ci permettront in fine de réindustrialiser le pays en produisant localement. Le président français en veut pour preuve la relocalisation de la production de paracétamol par Sanofi.   

"Les milliards ne font pas tout, le pilotage sera essentiel"

Un milliard d’euros sera investi dans l’énergie nucléaire d’ici à 2030 pour développer notamment des petits réacteurs nucléaires qui sont "beaucoup plus modulaires et beaucoup plus sûrs", a affirmé Emmanuel Macron. Parallèlement, le chef de l’État veut que la France devienne le "leader de l’hydrogène vert". "Ce que nous devons faire absolument pour l’hydrogène, c’est ne pas répéter les erreurs que nous avons faites sur les énergies renouvelables. On a trop peu investi sur l’offre et la capacité à développer notre filière", a insisté le président. Justement, les associations écologistes pointent le manque d’investissement dans les énergies renouvelables. "Emmanuel Macron accorde deux fois plus d’argent au nucléaire qu’aux énergies renouvelables !", ont dénoncé les Amis de la Terre. 

De manière globale, huit milliards d’euros seront consacrés à la décarbonation de l’économie, six milliards dans l’électronique et la robotique, quatre milliards destinés aux transports, notamment pour le développement des batteries pour véhicules électriques et l’avion bas carbone, deux milliards pour une "alimentation saine, durable et traçable" et l’accélération de la "révolution du système agroalimentaire" ou encore un milliard pour "sécuriser l’accès aux matières premières stratégiques".

Mais, "les milliards ne font pas tout, le pilotage sera essentiel", prévient dans l’Express André Loesekrug-Piétri, président de la Joint European Disruptive Initiativ. Et de fait, Emmanuel Macron est resté flou sur la gouvernance de ce plan. Il ambitionne "de faire émerger plus vite un certain nombre d’acteurs, mais aussi d’accepter la prise de risque et une part inhérente d’échec" sans précision. 

Pas d’intégration des limites planétaires dans ce plan tout tech 

La promesse portée par Emmanuel Macron est de "mieux comprendre, mieux vivre, mieux produire". Or il a déroulé un plan de modernisation industrielle axée sur l’innovation technologique et la production de masse des "smart technos" que l’excellence française serait capable de mettre au point. Si certains investissements comme le développement d’une filière de production de semi-conducteurs ou la troisième usine de batteries électriques ont été salués, les défenseurs de l’environnement s’inquiètent du fait que ce plan ne tient pas compte des limites planétaires. 

"Le plan mise sur trop de “mythes technologiques”, destinés à nous sauver", a dénoncé le député écologiste Matthieu Orphelin. Même analyse côté ONG environnementales. " Qu’il s’agisse des “small modular reactor”, de l’avion vert, de la captation de carbone, ou de l’hydrogène à base de nucléaire, toutes ces fausses solutions suivent une même logique : repousser sans cesse la vraie transition et continuer à produire comme si les ressources de la planète étaient illimitées. La technologie seule ne nous sauvera pas ", dénonce Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

Emmanuel Macron a choisi son camp pour l’horizon 2030, celui des technophiles qui croient à un "progrès scientifique et rationnel permettant à l’humanité de s’adapter pour mieux vivre et produire en servant l’humanisme européen". Son discours très politique visait à proposer une alternative aux modèles verts, chinois et américains, pour bâtir l’indépendance technique de la France et de l’Europe. Il a pris le risque de réduire cette ambition à la bataille sur le nucléaire plutôt que de proposer un vrai green deal français intégrant les dimensions sociales. La Commission avait pourtant défini le niveau d’ambition attendu le 7 octobre dans un sommet auquel Emmanuel Macron n’a pas été invité. 

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic et Marina Fabre, @fabre_marina


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