Publié le 17 juin 2021

ÉNERGIE

L’incident sur l’EPR chinois à Taishan pourrait avoir des conséquences sur le nucléaire en France

Un incident survenu sur une centrale chinoise dans le sud du pays, à Taishan, met le nucléaire français en émoi. C’est sur un réacteur tricolore de type EPR que l’anomalie et une légère hausse de radioactivité ont été enregistrées. Un coup dur pour la Chine qui veut montrer un haut niveau de sûreté pour exporter ses technologies, et pour EDF qui aspire à construire plusieurs EPR dans l’Hexagone.

Reacteurs nucleaire EPR Taishan Chine EyePress News EyePress via AFP
Les réacteurs nucléaires EPR à Taishan en Chine sont rentrés en service en 2018.
@EyePress News _ EyePress via AFP

La situation n’est pas très claire en Chine. Lundi 14 juin, la chaîne d’information américaine CNN révélait que des mesures anormales de radioactivité ont été enregistrées dans le réacteur n°1 de Taishan, laissant craindre une fuite. Le réacteur concerné est l’EPR, un design français. Il est opéré par une coentreprise détenue à 70 % par le chinois CGM et à 30 % par l’électricien EDF. Si EDF a immédiatement demandé des informations à ses partenaires chinois, il a fallu plus de deux jours pour que les autorités chinoises reconnaissent un "incident mineur".

Concrètement, selon les informations du ministère de l’environnement chinois et de l’Autorité de sûreté nucléaire, une hausse de la présence de gaz rare radioactif - du xénon et du krypton - a été enregistrée dans l’eau du circuit primaire du réacteur (un circuit d’eau fermé), causée par "par environ cinq barres de combustibles endommagées". Concrètement, dans la cuve du réacteur, l’uranium est inséré sous forme de pastille dans des grandes gaines métalliques. Il semblerait que plusieurs d’entre elles aient perdu leur étanchéité, sur un total de 60 000.

La hausse de radioactivité a été limitée et confinée au cœur du réacteur. L’incident n’est pas si rare. Il s’est déjà produit sur le parc nucléaire français où des gaines de zirconium ont montré une forme de corrosion. Mais si cet événement fait grand bruit, c’est que la Chine a mis un peu de temps, au regard des normes françaises ou américaines, pour le rendre public. De plus, là où le réacteur aurait sans doute été mis à l’arrêt en France pour vérification, il continue à fonctionner à Taishan.

L’image de sûreté de la Chine

L’événement tombe très mal pour la Chine et pour EDF. Pour la Chine car Pékin, devenu réellement indépendant techniquement sur l’atome, veut désormais exporter ses réacteurs partout dans le monde et doit montrer un niveau de sûreté irréprochable. Pour EDF, l’information tombe mal car, l’énergéticien français vise la construction d’une série de six réacteurs dans l'Hexagone afin de renouveler le parc domestique dont les premières tranches viennent de franchir l’âge de 40 ans. Or l’EPR a une image un peu écornée, que cet incident, même s’il n’est a priori pas imputable au design du réacteur, ne va pas arranger.

Les deux EPR de Taishan, mis en service en 2018, étaient cités régulièrement en exemple par la filière nucléaire française. Ces unités, construites par l'industrie chinoise, avaient plutôt bien respecté les délais et les coûts. Ces têtes de série opérationnelles contrebalançaient donc la dérive des chantiers européens. L’unité en construction à Flamanville (Manche) affiche 12 ans de retard et un doublement de son coût. Celui d’Olkiluoto en Finlande atteint 14 ans de retard. Il y a également deux réacteurs dont le chantier vient de débuter au Royaume-Uni.

Au-delà du cas de l’EPR, de la France, c’est la question du nucléaire en Europe qui se pose. Alors que des pays au Moyen-Orient (Irak, Arabie Saoudite) ou l’Inde et la Chine sont allants sur l’atome, l’Europe peine à lui trouver une place. Bruxelles a travaillé sur un vaste fléchage des investissements verts en faveur de la transition écologique, c’est ce que l’on appelle la "Taxonomie européenne". Or le cas du nucléaire n’a pas pu être tranché. L’incident de Taishan, survenu sur un réacteur ultra-sécurisé de dernière génération, va nécessairement donner de l’eau au moulin à ceux qui veulent mobiliser des investissements en faveur des nouveaux projets nucléaires.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Incendie centrale nucleaire ukraine ZAPORIZHZHIA NUCLEAR AUTHORITY AFP

"Terreur nucléaire" en Ukraine après le contrôle par l'armée russe de la plus puissante centrale européenne

C'est inédit. Jamais un pays aussi nucléarisé que l'Ukraine n'avait été au cœur d'un conflit aussi important. Après avoir bombardé la plus grande centrale nucléaire d'Europe, à l'origine d'un incendie sur un bâtiment mais sans fuite radioactive, l'armée russe a pris le contrôle du site. Après cette...

Emmanuel Macron usine GE Belfort strategie energetique 2050 100222 capture d ecran elysee

Énergie : Emmanuel Macron annonce une "renaissance du nucléaire français"

Emmanuel Macron, en déplacement à Belfort jeudi 10 février pour présenter sa stratégie énergétique, a fait le choix de la réindustrialisation du pays et de la technologie, en l'occurrence, le nucléaire. Il annonce le lancement de six nouveaux EPR, le premier entrant en service en 2035 et laisse la...

Logo EDF nucleaire AlainJocard AFP

L'État contraint EDF à contenir la facture d'électricité des Français et lui ajoute une difficulté de plus

Une semaine noire pour EDF. Après l'annonce de nouveaux retards de livraison de son réacteur EPR et le prolongement de la mise à l'arrêt d'importants réacteurs nucléaires, l'État impose désormais à l’électricien la vente de plus d'électricité à bas prix à ses concurrents. Si l’objectif est de...

EPR de Flamanville 2019 EDF

Le nouveau retard de Flamanville inquiète quant au pari nucléaire du gouvernement

Le réacteur EPR de nouvelle génération de Flamanville est encore repoussé de quelques mois. En chantier depuis 2007, il devait entré en service en 2012 mais il multiplie les déboires et les surcoûts. De quoi inquiéter alors que le président Emmanuel Macron a dit envisager de construire six nouveaux...