Publié le 11 mars 2015

ÉNERGIE

Fukushima : 4 ans après la catastrophe, l’insoluble problème des déchets contaminés

Quatre ans après le drame de Fukushima, les déchets contaminés s’accumulent. Des millions de mètres cubes de terre et de végétaux irradiés sont entassés dans des sacs en plastique, des centaines de milliers de litres d’eau radioactive sont stockés autour de la centrale... Et personne ne sait jusqu’où se sont enfoncés les trois cœurs de réacteurs fondus.


Magali Reinert / Novethic

Sur le papier, le calendrier de gestion des déchets contaminés était simple : les communes irradiées acceptaient d’accueillir dans des lieux de stockages temporaires (kariokiba) les sacs étanches remplis de terre et végétaux radioactifs issus de la décontamination. Le gouvernement s’engageait, de son côté, à récupérer tous les sacs d’ici janvier 2015, pour les acheminer sur deux grands sites de stockage longues durée. Mais janvier 2015 est passé et les sacs s’entassent toujours dans les kariokiba.

Deux sites dans des vallées proches de la centrale ont bien été choisis pour stocker les dizaines de millions de mètres cubes de déchets. Mais le gouvernement a dû ferrailler dur avec les autorités locales et les propriétaires, qui estiment avoir déjà eu leur lot de catastrophes. Et le pouvoir régional n’a toujours pas donné son accord pour l’acheminement des déchets.

 

Les sacs viendront remplir deux vallées

 

L’acheminement en question ne sera pas non plus une formalité : sachant qu’environ 40 millions de m3 de déchets seront produits par la décontamination, il faudra 2,5 millions de trajets en camion pour acheminer les sacs sur les sites. Là, les déchets verts devraient être brûlés dans des usines d’incinération ad hoc, qu’il reste à construire. Le reste des sacs et les cendres, enfouis dans du béton, viendront remplir les vallées.

En attendant, les communes ont sur les bras 100, 200 ou 600 mille sacs en plastique de matières contaminées. Or, ni les sacs ni les sites n’ont été conçus pour durer plus de quelques années. Avec le risque de voir leur étanchéité mise à mal.

Le gouvernement n’est pas le seul à ne pas tenir son calendrier. L'opérateur de la centrale nucléaire Tepco a reconnu fin janvier qu'il ne parviendrait pas à achever le traitement de l'eau contaminée fin mars comme prévu.

Là encore, les volumes sont vertigineux. Près de 600 000 m3 d’eau radioactive sont stockés dans des bidons sur le site de la centrale et 800 000 m3 sont attendus d’ici la fin de l’année.

 

L’eau traitée reste radioactive

 

Pourquoi autant d’eau ? Tepco doit injecter tous les jours 400 m3 d’eau pour assurer le refroidissement des cœurs fondus des trois réacteurs toujours en fusion. À ce volume s’ajoutent quotidiennement à peu près autant d’eau qui remonte naturellement des nappes sous-terraines. Toute cette eau, contaminée par la très forte concentration de matière radioactive dans la centrale, est ensuite pompée et mise dans des conteneurs.

Mais le temps n’arrange rien à l’affaire. Les premiers bidons montrent déjà des problèmes d’étanchéité, selon l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Et les autorités et les observateurs étrangers s’inquiètent de la présence prolongée de cette eau radioactive.

L’eau est aujourd’hui traitée directement sur le site pour éliminer une partie de la radioactivité. L’usine de traitement installée sur la centrale, après avoir rencontré plusieurs difficultés, aurait actuellement, selon Tepco, la capacité de traiter 2000 litres d’eau par jour.

L’eau traitée est ensuite remise dans les conteneurs. En effet, le traitement laisse subsister certaines matières radioactives, notamment le tritium, que l'on ne peut extraire. Plusieurs voix au Japon, et en particulier les pêcheurs, refusent que cette eau soit rejetée dans l’Océan Pacifique.

 

Rejeter l’eau stockée sur la centrale dans la mer ?

 

Les experts de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) conseillent pourtant au gouvernement de passer à l’acte : évacuer l’eau à la mer faute de pouvoir continuer à l’accumuler sur le site, dont la capacité de stockage atteint ses limites.

Quant à récupérer le magma des trois cœurs fondus des réacteurs, on en est loin.  Quatre ans après l’accident, personne ne sait jusqu’où ils se sont enfoncés. Sont-ils encore dans chacune des enceintes en béton des réacteurs, comme l'estime Tepco, ou les ont-t-ils déjà traversées, comme le redoutent certains experts ?

Magalie Reinert, reportage.
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Fukushima : 3 ans après l'accident nucléaire, les séquelles toujours présentes

Dimanche 9 mars, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Tokyo pour demander au gouvernement de renoncer à l'énergie atomique. Trois ans après l'accident nucléaire de Fukushima, la situation reste toujours critique à la centrale. Mais le gouvernement conservateur de...

Fukushima : état des lieux d’un chantier à haut risque

Le site de la centrale Fukushima Daiichi est officiellement stabilisé depuis décembre 2011. Mais chaque jour, plus de 3 000 hommes luttent dans ce complexe atomique ravagé pour éviter une nouvelle catastrophe. Et préparer le démantèlement qui doit durer 40 ans.

Fukushima : 4 ans après, des centaines de milliers d’hectares impossible à décontaminer

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais a décidé de décontaminer la zone irradiée. Une centaine de communes sont concernées, certaines situées à plus de 100 km de la centrale. Mais la tâche est insurmontable, en particulier parce que 65 % de cette zone est...

Etats-Unis : où stocker les déchets nucléaires à haute valeur radioactive ?

Les Etats-Unis ne possèdent aucun site pour enfouir les déchets nucléaires les plus radioactifs, qui sont entreposés le plus souvent aux abords des centrales. Un projet de stockage de ces déchets est dans les cartons, celui du centre d’enfouissement à Yucca Mountain, dans le Nevada. Mais...

Production électrique mondiale : le nucléaire deux fois plus faible que les énergies renouvelables

Le nucléaire a cristallisé les débats lors de l’examen du projet de loi sur la transition énergétique à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Un sujet sensible pour la France où cette énergie fournit 75 % de l’électricité. Pourtant, si l’on examine la part de l’atome dans le mix...

Nucléaire : frictions franco-allemandes sur Fessenheim

Après les militants antinucléaires allemands, c’est au tour des politiques à Berlin d’exiger de François Hollande qu’il tienne sa promesse électorale. La ministre allemande de l’Environnement vient d’écrire à sa consœur française, Ségolène Royal, la pressant de fermer la plus vieille...

La loi sur la transition énergétique repassera devant l'Assemblée nationale

Le projet de loi de transition énergétique va revenir pour une deuxième et dernière lecture devant l'Assemblée nationale. La commission mixte paritaire, qui s'est réunie ce 10 mars dans l'après-midi, s'est conclue par un échec. Les 14 députés et sénateurs qui la composent n'ont pas réussi...

Alix Mazounie, de Réseau Action Climat : "On s’achemine vers un accord climatique insuffisant"

Après les négociations de Genève sur le climat, qui se sont tenues du 9 au 13 février 2015, on chemine doucement vers un accord global. Une bonne nouvelle pour Alix Mazounie, membre et conseillère du Réseau Action Climat (RAC), chargée des politiques internationales. Pourtant, ces progrès...

Transition énergétique : une loi détricotée par son passage au Sénat ?

Après son examen par la Haute Assemblée, la loi de programmation sur la transition énergétique pour la croissance verte serait "vidée de sa substance", selon le collectif des Acteurs en transition énergétique, qui rassemble plus de 200 organisations. Certains objectifs comme la réduction...

Brésil : les défis énergétiques qui attendent Dilma Rousseff

Le Brésil doit quasiment doubler sa capacité de production électrique d’ici à cinq ans s’il veut répondre à la demande croissante. Champion du monde de l’énergie hydraulique, le pays se tourne aujourd’hui vers d’autres moyens de production, pas toujours respectueux de l’environnement.

 

 

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Emmanuel Macron allocution ADRIEN FILLON HANS LUCAS HANS LUCAS VIA AFP

Le cap nucléaire d’Emmanuel Macron pourrait déstabiliser le Green Deal européen

En pleine COP26, le président français a annoncé lors de son allocution du 9 novembre sa volonté de relancer "la création de réacteurs nucléaires pour garantir la souveraineté électrique de la France" et "atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050". Cette stratégie nationale n’est pas celle...

Small modular eactor rolls royce

La France continue de miser sur le nucléaire malgré les déboires de la filière

Dans son plan France2030, Emmanuel Macron a annoncé vouloir investir un milliard d'euros dans le nucléaire et notamment dans les petits réacteurs nucléaires (SMR, small modular reactor), plus agiles que les réacteurs classiques. Mais beaucoup critiquent ce choix alors que la filière multiplie les...

Premier aimant Iter fusion nucleaire ITER

Fusion nucléaire : l'aimant le plus puissant du monde en route pour le réacteur Iter

La fusion nucléaire progresse en France. Le réacteur Iter, en construction dans le sud du pays, vient d'accueillir une pièce essentielle à son fonctionnement. Il s'agit de la première partie d'un gigantesque aimant, annoncé comme le plus puissant au monde. Iter devrait atteindre sa pleine puissance...

Centrale nucleaire de Chooz EDF

Climat : La France, prête à monter à l’assaut de Bruxelles pour imposer le nucléaire

La Commission européenne a amoché la filière nucléaire française en décidant d’exclure le financement de l’électricité électronucléaire de son obligation verte (Green Bond) de 750 milliards d’euros. Un scandale pour le gouvernement français, d’autant plus que le gaz, lui, y a droit. La diplomatie...