Publié le 11 août 2015

ÉNERGIE

4 ans après Fukushima, le Japon rebranche le nucléaire

Un réacteur a été rallumé ce mardi au sud-ouest du Japon. Une première depuis l’accident de Fukushima et la décision de mettre à l’arrêt la cinquantaine de centrales que compte l’archipel. Pour le Premier ministre Shinzo Abe, la relance du nucléaire est un impératif économique, le pays faisant face à un déficit commercial record. Mais la population nippone y est majoritairement opposée, craignant une nouvelle catastrophe.

Des opérateurs rebranchent le réacteur N°1 de Sendai au sud-ouest de Tokyo, le 11 août 2015.
Jiji Press / AFP

Le Japon renoue officiellement avec le nucléaire. Ce mardi matin, l’un des deux réacteurs de la centrale de Sendai, située à 1 000 km au sud-ouest de l’archipel, a été rallumé. Depuis septembre 2013, toutes les centrales étaient à l’arrêt. Une décision prise après la catastrophe de Fukushima de mars 2011, qui avait provoqué l’évacuation de 160 000 personnes et des fuites d’eau radioactive en mer.

 

Un déficit commercial record

 

Quatre ans après, le gouvernement du conservateur Shinzo Abe veut donc tourner la page. Le Premier ministre nippon invoque une nécessité économique. Alors que le Japon était la troisième puissance nucléaire au monde avant 2011, avec 28 % de son électricité produite à partir du nucléaire, il a dû importer massivement pétrole et gaz pour faire tourner ses centrales thermiques, et combler ainsi l’arrêt du nucléaire. Cela a creusé son déficit commercial, qui a atteint un record l’an dernier, à 138 milliards de dollars.

Conséquence : le prix de l’électricité a bondi. Entre l’accident de Fukushima en 2011 et 2014, il a augmenté de 28 %, selon les données de la Chambre japonaise de commerce et d’industrie. Ce qui a contribué à ralentir l’activité économique du pays, les entreprises délocalisant leur production dans des pays où l'électricité est beaucoup moins chère.

 

Mix électrique : 20 % de nucléaire en 2030

 

L’objectif du gouvernement d’ici à 2030 est de redonner toute sa place à l’atome. Dans la contribution nationale en vue de la conférence climatique de Paris (COP 21), détaillée le 7 juin dernier par Shinzo Abe, il est indiqué que le nucléaire devra fournir au moins 20 % de l’électricité.

Car la réduction des émissions de gaz à effet de serre est aussi un argument utilisé par le gouvernement pour justifier la relance des réacteurs. Depuis l’accident de Fukushima, et le recours aux énergies fossiles, les émissions de gaz à effet de serre se sont envolées. En 2014, 1,4 milliard de tonnes d’équivalent CO2 a été émis, plaçant le pays parmi les six plus gros pollueurs au monde.

 

5 volcans actifs dans un périmètre de 160 km

 

Mais cela ne suffit pas à convaincre la population, traumatisée par Fukushima et majoritairement opposée à la relance du nucléaire. Selon un sondage réalisé le week-end dernier, 57 % des personnes interrogées se sont déclarées contre la relance de Sendai 1, et 30 % seulement y sont favorables. Principale critique : la sûreté. Et les 100 millions de dollars investis dans le réacteur rebranché n’y font rien.

Il faut dire que la centrale de Sendai est située à 160 km de plusieurs volcans actifs, parmi lesquels le mont Sakurajima, le plus actif de l’archipel, à seulement 50 kilomètres. Pour l’ONG Greenpeace Japan, les leçons du passé n’ont pas été tirées : "Le gouvernement japonais reste attaché à une économie basée sur l'énergie nucléaire et fossile, alors que le Japon a le potentiel pour générer 56 % de son électricité à partir de sources renouvelables d'ici 2030, ce qui permettrait de réduire les émissions de carbone", insiste le militant Ai Kashiwagi de Greenpeace.

Quatre autres réacteurs, dont Sendai 2, ont reçu le feu vert de l’ARN (Autorité de régulation nucléaire japonaise) et attendent désormais l’approbation des élus locaux.

 

Retrouvez nos reportages à Fukushima à l’occasion du quatrième anniversaire de l’accident de la centrale : 

 

 

Concepcion Alvarez
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