Publié le 10 mars 2021

ÉCONOMIE

Top départ pour la Convention des entreprises pour le climat, le "renfort" du monde économique à la Convention citoyenne

La Convention des entreprises pour le climat (CEC) entre dans sa phase opérationnelle. Issus du secteur alimentaire, de la mode, de la mobilité, de la métallurgie, etc., 30 dirigeants et dirigeantes de sociétés viennent d'être sélectionnés comme premiers membres de la CEC. L'enjeu est désormais de faire émerger des propositions et des feuilles de route pour pousser le monde économique à faire sa transition et peser sur les politiques. 

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Les 30 premiers membres de la Convention des entreprises pour le climat viennent d'être sélectionnés.
Gwengoat

La Convention des entreprises pour le climat (CEC) entre dans le dur. Cette association du monde économique, créée en décembre dernier et inspirée de la Convention citoyenne pour le climat, vient de sélectionner 30 dirigeants et dirigeantes qui représenteront les premiers membres de sa Convention. Ils auront pour mission, après 12 jours de travail répartis sur huit mois, de proposer des "initiatives internes ambitieuses et crédibles permettant à l’entreprise d’agir pour la régénération de la biodiversité et de tenir une trajectoire carbone nationale de moins 40 % à horizon 2030". Ils devront également élaborer une plateforme de "propositions audacieuses et impactantes" pour 2022.

"C’est la première vague de recrutement, à terme la CEC sera dotée de 150 membres", explique Eric Duverger, cofondateur de la Convention. 130 dirigeants et dirigeantes d’entreprises ont déjà candidaté. Pour l’instant, la sélection repose sur un mot d’ordre : la diversité. "Certaines produisent de la bière en Corse, de l’acier inoxydable en Savoie... Elles gèrent des hôtels et restaurants, délivrent des conseils en stratégie, en data science ou en ingénierie. Notre rêve, c’est que les dirigeants participants à la CEC embarquent dans leur réinvention tout le tissu économique français", note Eric Duverger. 

Ne pas tomber dans le piège de l'entre-soi

Ne pas s’enfermer dans l’entre-soi, un piège que la Convention des entreprises pour le climat veut à tout prix éviter. L’enjeu est ainsi de trouver le bon équilibre entre les pionniers, leaders de la transition écologique et ceux, représentants de secteurs au fort potentiel de décarbonation. Dans la liste des 30 premiers dirigeants on trouve ainsi Araymond & Cie, fournisseur de l'industrie automobile ou encore l’entreprise métallurgie Ugitech, premier employeur privé de la Savoie.

"Le but n’est pas de prêcher des convaincus", défend l’une des nouvelles membres de la CEC, Céline Romain, directrice de RH Solutions et membre du Comex 40 du Medef réunissant la nouvelle génération de chefs d’entreprise. "La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ne se réduit pas à la suppression des mails. Or, pour les néophytes, la RSE est un sujet très complexe. Ce qui manque aujourd’hui ce sont des outils très pratiques, une marche à suivre concrète pour réussir sa transition", explique-t-elle. La Convention des entreprises pour le climat peut ainsi servir de guide, mais aussi de levier pour les sociétés qui ont dû mal à suivre. 

Pression sur la campagne présidentielle

"Je vois la Convention des entreprises pour le climat comme une occasion supplémentaire d'identifier de nouvelles pratiques qui nous permettront d'accompagner davantage nos clients et nos partenaires vers l'adoption de mesures plus durables et écoresponsables", témoigne Laurent Félix, associé dirigeant d’Ekimetrics, cabinet de conseil en data science. Si la CEC va servir pour transformer les entreprises en interne, le but est aussi de peser sur les politiques. Les déceptions des membres de la Convention citoyenne pour le climat, qui ont noté très sévèrement le gouvernement sur la reprise de leurs propositions, ne semblent pas décourager les dirigeants de la CEC. 

"Il y a une grosse différence entre les citoyens et les entreprises. Ces dernières représentent la création de la richesse. C’est malheureux mais ce poids financier trouve un écho beaucoup plus fort dans le monde politique. Elles auront forcément plus d’impact", veut croire Céline Romain. Les cofondateurs de la CEC ont d’ailleurs bien choisi leur timing. Les propositions des entreprises seront délivrées pendant la campagne présidentielle. "Les choses sont en train de basculer", assure Éric Duverger. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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