Publié le 01 septembre 2022

ÉCONOMIE

Les entrepreneurs engagés demandent à l’État de prendre des mesures radicales de sobriété

50 nuances de sobriété furent au cœur des débats des Universités d'été de l’économie de demain ! Alors que le gouvernement défend des écogestes volontaires, les entrepreneurs engagés plaident pour une sobriété "choisie, organisée, planifiée". Pour ce faire, les adhérents du mouvement Impact France ont fait "20 propositions pour l’économie de la sobriété" dont les "10 commandements de la sobriété" à destination de l’État.

Ampoule eteinte sobriete energetique pixabay neymark195
Le Mouvement Impact France plaide en faveur d'une nouvelle sobriété.
@CCO

La sobriété est au cœur de tous les débats de cette rentrée chargée pour les entrepreneurs. Lors des universités d'été du Medef, la première ministre a demandé aux entreprises d’engager volontairement des "plans sobriété" tout en considérant que "la décroissance n'est pas la solution". À rebours de ce discours, lors des Universités d'Été de l’Économie de Demain (UEED), les adhérents du Mouvement Impact France défendent "20 propositions pour l’économie de la sobriété".

Parmi ces mesures figurent "les 10 commandements" à destination de l’État pour "construire, à partir de la sobriété, une nouvelle prospérité" dont des propositions contraignantes. "La sobriété ce n’est pas seulement pour passer l’hiver mais c’est intégrer autrement les limites planétaires", lance ainsi Caroline Neyron, directrice générale du Mouvement Impact France. Le ton est donné.

Des propositions en prévision des plans de sobriété 

Le Mouvement encourage l’État à "décarboner les entreprises" en rendant notamment le bilan carbone obligatoire des entreprises de plus de 50 salariés sur les scopes 1, 2 et 3. Les adhérents au mouvement plaident aussi pour une subvention de la réduction de carbone. Ils attendent que le gouvernement "encourage à consommer moins mais mieux" via, entre autres, l’interdiction de la publicité sur les produits les plus émetteurs de CO2. Ils souhaitent par ailleurs que la "sobriété devienne compétitive" au moyen d'un barème de l’impôt sur les sociétés assis sur la part "durable" de leur chiffre d’affaires. Ils veulent aussi "faire de l’État un acteur exemplaire" ou encore plaident pour "remettre la finance au service du vivant". Alors que six ministres sont venus débattre de ces sujets avec les entrepreneurs, le but est aussi de les inciter à intégrer ces mesures aux plans de sobriété en préparation.

"L’État possède d’importants leviers pour faire évoluer les modèles des entreprises, il faut que l’on s’en empare", répond Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire, depuis les UEED. Elle s’engage à privilégier les entreprises à impact dans les commandes publiques. "Ce n’est pas la croissance à tout prix qui va nous sauver mais derrière chaque point de croissance il y a des emplois", reconnaît de son côté Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie.  "Il faut changer de paradigme pour que l’on se mette à produire vert et on a le plan France Relance pour le faire", ajoute le membre du gouvernement. Le rapporteur de la loi Pacte plaide aussi pour une "réindustrialisation décarbonée" qui passera par "une accélération de la transition des entreprises vers des sociétés à mission", mais sans nouvelle loi.

"On est obligés d’être radicaux"

Mais ces mesures volontaristes sont jugées insuffisantes. "La sobriété d'urgence dont le gouvernement parle actuellement n'existe pas, ça s'appelle la pauvreté. La sobriété est forcément choisie, organisée, planifiée", répond ainsi Jean-Marc Jancovici, co-fondateur du Shift Project, depuis la scène des UEED. "Si on veut limiter le réchauffement à 2°C, il faut que les émissions de CO2 planétaires baissent de 5 % par an. Cela veut dire que le PIB mondial baisse de 2 à 3 % par an", martèle le cofondateur du cabinet Carbone 4. "Le refus de parler de décroissance, c’est entre autres parce qu’il y a zéro plan derrière", estime l’ingénieur. "L’économie doit se mettre au service d’un projet éthique, d’un projet politique, sinon on ira dans le mur", ajoute-t-il encore.

Des changements radicaux sont également défendus par la majorité des intervenants. "La sobriété est un moyen heureux pour redéfinir un nouveau contrat social", estime Eva Sadoun cofondatrice d’Impact France. "Il faut repenser les valeurs et les normes", abonde Nadia Maizi, membre du Giec et mathématicienne. "La transition sera juste ou ne sera pas", soutient notamment Eric Monnet, économiste lauréat du prix jeune économiste 2022. "Le combat écologique est d’abord un combat social", lance Maud Sarda, créatrice de Label Emmaüs, qui ajoute : "on est obligés d’être radicaux et d’être un vrai contre-modèle". Des phrases chocs accueillies sous les applaudissements d’une salle comble.

Mathilde Golla @Mathgolla


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