Publié le 28 juillet 2022

ÉCONOMIE

Instagram, Tik-Tok, Snapchat… les influenceurs sous la loupe des régulateurs pour leur promotion des services financiers

N’est pas influenceur sur la finance qui veut ! Le gendarme des marchés financiers et son homologue pour la publicité veulent former les instagrammeurs, tik-tokeurs et autres, sur les pratiques responsables en matière de promotion de services financiers. L’administration constate une montée en puissance des pratiques trompeuses sur les services financiers de la part de certains influenceurs, alors même que le profil des investisseurs particuliers a tendance à rajeunir.

Youtube influenceur CCO
Les influenceurs sur les réseaux sociaux ne peuvent pas promouvoir des services financiers sans précautions.
@CCO

L’investissement facile et qui peut rapporter gros devient de plus en plus tendance sur les réseaux sociaux. Au point que plusieurs autorités de régulation ou de protection des consommateurs s’inquiètent des risques d’arnaques et se penchent tout particulièrement sur le rôle des influenceurs sur des plateformes comme Instagram, Tik-Tok ou Snapchat. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à se faire rémunérer pour conseiller des services financiers, souvent relatifs au trading de cryptoactifs, à leurs millions de followers.

Deux régulateurs ont décidé d’y mettre un peu d’ordre. Non pas en sanctionnant, mais en éduquant les influenceurs sur les arcanes de la finance. L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) vont travailler ainsi ensemble sur la période 2022-2023 afin d’étudier les pratiques des influenceurs en matière de finance. Elles prévoient notamment de mettre à jour le certificat de l’influenceur responsable, créé par l’ARPP l’année dernière, pour lui ajouter un module dédié aux produits et services financiers.

Arnaques en plein boom

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) constate en effet une augmentation des pratiques commerciales trompeuses sur les services financiers de la part de certains influenceurs. L’affaire Nabilla Benattia qui s’est conclue il y a juste un an, le 28 juillet 2021, par une amende de 20 000 euros pour l’influenceuse, en est l’exemple le plus frappant.

Nabilla Benattia avait fait la promotion en 2018, dans une vidéo postée en story sur Snapchat, d’un site de formation au trading en ligne. La DGCCRF lui a reproché d’une part de n’avoir pas expressément expliqué qu’il s’agissait d’une publicité et non d’une expérience vécue. Et, surtout, l’administration épinglait les déclarations de l’influenceuse selon lesquelles le service de formation était gratuit, que les sommes investies étaient systématiquement récupérées et que le retour sur investissement pouvait atteindre 80 %. Une vraie mine d’or !

La DGCCRF a voulu faire du cas de Nabilla Benattia un véritable exemple. Mais elle constate néanmoins une augmentation de ces pratiques trompeuses sur les réseaux sociaux et a fait de la surveillance du marketing d’influence l’une de ses priorités pour 2022. Les régulateurs s’inquiètent notamment du fait que les influenceurs attirent un public plus jeune vers des produits financiers douteux.

De plus en plus de jeunes investisseurs

D’autant que la passion pour les produits financiers s’est fortement développée ces dernières années. L’AMF compte ainsi plus de 1,1 million de nouveaux investisseurs particuliers qui se sont lancés sur les marchés financiers depuis 2018. Et ces nouveaux boursicoteurs ont tendance à faire chuter la moyenne d’âge des investisseurs particuliers. Selon l’AMF, les plus jeunes ont par ailleurs tendance à passer par un nouveau type d’intermédiaire, les "néo-brokers" comme Trade Republic, eToro, etc., plutôt que par les réseaux bancaires traditionnels.

Pour aider les consommateurs à y voir clair, la Taskforce nationale de lutte contre les arnaques, une initiative regroupant plusieurs ministères ainsi que la DGCCRF, l’AMF, la Cnil, etc., vient de publier un "guide de prévention contre les arnaques". Ne pas croire aux assurances de rendements élevés sans risque, vérifier que l’entité dont l’influenceur fait la promotion ne se trouve pas sur la liste noire des régulateurs… elle y fournit plusieurs conseils simples pour éviter de prêter le flanc aux fausses promesses avancées par des influenceurs en matière d’épargne.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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