Le pays a approuvé son "deal pour l’emploi" qui rend le temps de travail plus flexible puisque les travailleurs ont le choix de travailler sur quatre ou cinq jours. Cette réforme sans réduction du temps de travail vise à créer des emplois. Les expérimentations de la semaine de travail sur quatre jours se multiplient partout dans le monde.
En Belgique, le droit du travail tourne une page, avec le "deal pour l’emploi" approuvé par la Chambre des représentants de Belgique le 29 septembre 2022. La nouvelle loi de réforme du marché du travail bouscule la sacro-sainte journée de huit heures, instituée en 1921 chez nos voisins Belges. En effet, le gouvernement laisse désormais le choix de travailler sur quatre ou cinq jours sans réduction ni du temps de travail ni du salaire. Ce qui change, c’est donc la durée du travail sur une journée : 9h30 par jour pour ceux qui choisissent de travailler quatre jours, 8h pour ceux qui décident de rester à cinq.



Le passage à une semaine de quatre jours doit se faire avec l’accord des dirigeants d’entreprise, qui devront motiver leur refus. L’accord ouvre aussi la voie à une possible alternance entre semaine de quatre jours et de cinq jours, en fonction des contraintes personnelles des salariés. Le but de cette "flexibilité encadrée" est de faciliter les créations d’emploi pour porter à 80% le taux d’emploi contre environ 70% en 2022. Les partisans d’une diminution du nombre de jours travaillés estiment en effet que la semaine de quatre jours est un moyen de partager l’activité. "Notre obsession doit être de savoir répartir en permanence le volume de travail existant à un moment donné sur l’ensemble de la population active", avance Dominique Méda, sociologue du travail et directrice de recherche.


Des tests concluants partout dans le monde


Depuis la pandémie de Covid-19, les codes au travail ne cessent d’être bousculés partout dans le monde. La semaine de quatre jours apparaît alors comme une nouvelle conquête sociale. Pour en mesurer les effets, la Grande-Bretagne a débuté en juin 2022 une vaste étude sur six mois. Ainsi, 3 000 employés issus de 60 entreprises de secteurs différents, de la restauration, de l’industrie pharmaceutique ou du conseil, ne se rendent que quatre jours par semaine au bureau, sans baisser leur salaire.



Les conclusions définitives n’ont pas encore été rendues mais les premiers résultats de ce test sont concluants puisque 86% des personnes sondées envisagent de conserver ce rythme à la fin de l’expérimentation. Avant la Grande-Bretagne, des Islandais avait déjà testé avec succès la semaine de travail raccourcie.



En France aussi l’idée séduit. Ainsi, 64 % des salariés français aimeraient pouvoir condenser leur semaine sur quatre jours, d’après une étude du cabinet ADP, un chiffre en hausse de quatre points par rapport à 2019. Pour les salariés, les atouts de cette organisation sont nombreux. "Une majorité de salariés a considéré que la réduction du temps de travail a amélioré leurs conditions de vie à la fois au travail et en dehors du travail", note Dominique Méda qui a mené une enquête avec la Dares après le passage aux 35 heures.
Sur le plan écologique, le bilan des initiatives est potentiellement favorable puisque cela économise un trajet domicile – travail. "Mais cela suppose évidemment qu’il n’y ait pas d’effet rebond, c’est-à-dire que, sur cette journée, les personnes ne se déplacent pas plus", précise Dominique Méda, directrice de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (Irisso).


Un moyen d’attirer les talents


Côté entreprises, les tests sont globalement positifs. Plus de 400 entreprises françaises ont sauté le pas. Elles constatent une hausse de la productivité des salariés, comme en témoigne Laurent de la Clergerie, président de LDLC qui a fait passer tous ses salariés à la semaine de quatre jours, sans perte de salaire. Le patron encourage ses pairs à le suivre sur cette voie qui combine bien-être au travail et meilleure productivité. "Les résultats de l’entreprise sont en hausse", résume-t-il. Autre atout non négligeable : l’organisation du travail sur quatre jours attire les talents. "Je croule sous les CV", affirme le dirigeant de l’entreprise qui vend du matériel informatique.



Autant de signaux encourageants qui poussent des entreprises du monde entier à se tourner vers cette organisation, même au Japon. "Une situation autrefois impensable dans un pays dont la prospérité d’après-guerre reposait sur une main-d’œuvre prête à sacrifier la vie familiale pour le bien de l’entreprise", écrit le quotidien Asahi Shimbun. Le géant de l’électronique Hitachi met ainsi en place la semaine de quatre jours pour 15 000 de ses salariés, tout comme d’autres grandes entreprises nippones qui ont du mal à recruter.



"Pour que les quatre jours soient une solution intéressante, de nombreuses conditions doivent être réunies", nuance toutefois Dominique Méda. La sociologue pointe une nouvelle répartition des tâches domestiques et familiales et une attention portée aux déplacements des travailleurs sur le jour non travaillé. Elle estime aussi qu’il faut "trouver un équilibre entre l’augmentation quasi certaine du volume de travail humain et la manière dont nous allons le répartir sur l’ensemble de la population active." 



Mathilde Golla @Mathgolla
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