Publié le 09 décembre 2015

L'APRES PETROLE

Énergies renouvelables : le potentiel de l'Afrique reste à exploiter

Un Africain sur deux n’a pas accès à l’électricité. Un grave déficit qui est également une opportunité. Car le continent pourrait s’équiper de technologies exploitant les sources d’énergies renouvelables et participer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique sans renoncer au développement économique. Mais une telle ambition est coûteuse et nécessite l’engagement des acteurs institutionnels et du secteur privé, tant du Nord que du Sud. Bonne nouvelle, de fortes dynamiques sont déjà observées.

Une ferme éolienne sur la colline de Ngong, à 25 kilomètres au sud-est de Nairobi, au Kenya.
Tony Karumba - AFP

"Nous sommes disposés à prendre notre part à l’effort international visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment en nous dotant d’énergies propres. Mais nous avons besoin d’aide". Tel est, en substance, le message que les délégations africaines ont voulu faire passer lors de la COP21. Un message qui résume la problématique à laquelle les gouvernements du continent font face. Aujourd’hui encore, un Africain sur deux n’est raccordé à aucun réseau électrique fonctionnel. En 2012, selon les chiffres de la Banque mondiale, seuls 6,5 % des Burundais, 13,1 % des Burkinabés et 55,8% des Ivoiriens étaient connectés à un réseau électrique classique.

Dans ce contexte, les gouvernements locaux sont taraudés par une urgence impérative : vaincre leur déficit énergétique le plus vite possible. Cela coûte de l’argent. Beaucoup d’argent. Surtout s’ils veulent abandonner les générateurs fonctionnant au diesel, chers à l’usage mais faciles à acquérir auprès de compagnies spécialisées, et les centrales au charbon, prépondérantes en Afrique du Sud. Il leur faut aussi convaincre les paysans de limiter leur consommation de bois de chauffe, lourde de conséquences pour le couvert forestier de nombreux pays, notamment dans le Sahel.   

Pour électrifier complètement le continent, il faudrait mettre au pot 5 milliards de dollars par an pendant dix ans. Qui va payer la facture et mettre en œuvre ces chantiers d’importance ? Et quelles formes d’interactions sont déjà en œuvre et/ou doivent s’établir entre les administrations publiques du Nord et du Sud, les entreprises privées exerçant dans le secteur et les bailleurs de fonds institutionnels et privés pour relever un défi d’autant plus complexe que les différents pays n’ont pas le même "profil énergétique"?   

 

Au Maghreb et dans le Sahel, avantage au soleil  

 

Pour des raisons climatiques évidentes, les pays d’Afrique du nord et du Sahel ont un fort potentiel en matière d’énergie solaire. Ils affichent quasiment tous leur volontarisme dans le domaine. Mais leurs projets de diversification énergétique diffèrent par leur niveau de maturité.   

Bon élève, le Maroc a mis en place en 2009 une Agence (dénommée MASEN) qui a pris la forme d’une société de droit privé dont la mission est de porter à 14 % la part du solaire dans la production électrique nationale. Les chantiers lancés représentent 1 milliard d’euros d’investissements. En mai dernier, l’Union européenne a fait un don de 43 millions d’euros au royaume. Il servira à participer au financement du complexe solaire de Ouarzazate, qui sera construit par le consortium Acwa Power, mené par des intérêts saoudiens et espagnols.  

Gros pays exportateur de pétrole et de gaz, l’Algérie veut désormais aussi tirer profit de son ensoleillement exceptionnel. Le pays entend combler 30 % à 40 % de ses besoins en électricité grâce aux énergies renouvelables. Une vingtaine de centrales photovoltaïques, dont la capacité est estimée à près de 350 MW, devraient être mises en place à la fin de cette année.  

Dans le Sahel, jusqu’à présent, on mise surtout sur des panneaux solaires à vocation familiale, destinés à permettre aux populations situées loin des centres urbains d’être éclairées sans être obligées d’avoir recours à des groupes électrogènes gourmands en gasoil. Les autorités de cette région espèrent que la communauté internationale leur donnera les moyens d’investir dans des centrales de taille moyenne destinées à être gérées par des associations et des communautés décentralisées, mais aussi de mettre en place des filières nationales de construction de panneaux solaires et de conduire des politiques fiscales visant à abaisser le coût d’acquisition des équipements. L’enveloppe de 10 milliards de dollars promise à la faveur de la COP21 par l’Europe et le G7 dans le cadre de l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables porte d’ores et déjà beaucoup d’espoirs.  

 

Dans toutes les régions d’Afrique subsaharienne, un énorme potentiel hydro-électrique  

 

Plutôt coûteux à déployer, les barrages hydro-électriques ont l’avantage d’augmenter radicalement la production des pays dans lesquels ils sont mis en service. Et l’Afrique subsaharienne se distingue par son gros potentiel dans ce sous-domaine des énergies renouvelables.   

L'Ouganda par exemple, connaissait un gros déficit énergétique malgré sa forte croissance économique. La centrale hydro-électrique de Bujagali (250 MW), mise en place grâce à un partenariat public-privé financé par un cartel de banques commerciales et des institutions multilatérales de financement comme la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement, a permis de satisfaire la moitié des besoins énergétiques du pays.   

C’est ce type d’espoirs que représentent les barrages de Soubré, en Côte d’Ivoire (274 MW), de Memve’ele, au Cameroun (201 MW) et de Karuma, en Ouganda (600 MW), tous construits par la multinationale chinoise Sinohydro (spécialisée dans la fourniture de centrales hydrauliques "clés en main") et financés par la banque chinoise pour le commerce extérieur (Eximbank).  

Le projet hydraulique de "Grand Inga" en République démocratique du Congo donne une idée des opportunités encore non exploitées. Il pourrait représenter jusqu’à 40 000 MW et servir quasiment toute l’Afrique à travers un vaste réseau de pylônes interconnectés. Mais les obstacles politiques et financiers (la troisième phase du projet, actuellement à l’étude, représente 12 milliards de dollars) s’ajoutent aux luttes d’influence géostratégiques et ralentissent fortement le projet. Seules des personnalités au leadership incontestable peuvent rendre possibles des percées sur ce type de dossiers.  

 

De nombreux projets innovants. Et différents  

 

A travers son initiative "Power Africa", l’administration Obama affiche ses ambitions : rendre possible 60 000 nouveaux raccordements à des réseaux électriques et  générer 30 000 MW d’énergies "nouvelles et propres". Elle se pose en facilitatrice et veut renouer des liens avec les organisations internationales, les agences spécialisées dans le développement et une centaine d’entreprises privées, très souvent des start-ups travaillant sur des technologies de dernière génération. En Ethiopie, les Etats-Unis soutiennent le projet d’énergie géothermique Corbetti, porté par l’entreprise islandaise Reykavik Geothermal qui a un potentiel de 1 000 MW, et dont le coût est évalué à 4 milliards de dollars. 

Au Rwanda, ils appuient la première ferme solaire du pays – 28 000 panneaux sur 21 hectares pour une capacité de 8,5 MW – construite par Gigawatt Global, multinationale basée aux Pays-Bas, également présente au Burundi voisin. Le gouvernement américain est par ailleurs aux côtés de l’entreprise JBS WindPower, basée au Danemark et au Nigeria, qui travaille sur un projet de parc à éoliennes à Jos, au centre du pays africain le plus peuplé. Par ailleurs, en Côte d’Ivoire, avec le soutien de PROPARCO, une filiale de l’Agence Française de Développement (AFD), EDF, Bouygues et le groupe industriel local SIFCA ambitionnent de construire une centrale à biomasse alimentée par les déchets de l’agro-industrie. Des dynamiques sont à l’œuvre. Reste aux experts et aux gouvernements locaux à se servir de ces expériences pour définir quelles sont les meilleures recettes pour arriver à plus d’énergies vertes en Afrique dans les prochaines décennies.

Théophile Kouamouo
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