Publié le 24 novembre 2015

L'APRES PETROLE

Canada : L’Alberta s’engage enfin dans la lutte contre le changement climatique

À la veille d’une réunion du conseil de la fédération, rassemblant les premiers ministres canadiens, et à 6 jours de l’ouverture de la COP21, Rachel Notley, la Première ministre de l'Alberta, vient de dévoiler un ambitieux plan de lutte contre le changement climatique. Encore récemment dirigée par des climatosceptiques, la province la plus pollueuse du pays veut aujourd’hui montrer l’exemple.

Un tuyau d'arrivée d'eau d’une exploitation d’huile de schiste, au nord de Fort McMurray, dans la région de l’Alberta, au Canada.
Ian Willms-Getty Images/AFP

"L'Alberta ne sera plus le problème, mais la solution", affirmait Rachel Notley, avant de retrouver le Premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux à Ottawa, ce lundi 23 novembre. Son programme : la mise en place d’un plafond de 100 mégatonnes pour les émissions annuelles de sables bitumineux (le niveau actuel est à 72 MT), une taxe sur le carbone de 20 dollars par tonne de gaz à effet de serre (GES) en 2017, puis de 30 dollars en 2018, la fermeture des centrales au charbon (55 % de l'électricité albertaine en dépend encore) et l’investissement dans les énergies renouvelables (qui représenteront 30 % de la production totale) d’ici à 2030.

 

Un virage à 180 degrés  

 

Les organismes de protection de l’environnement se réjouissent que le gouvernement albertain signe enfin l’arrêt de l’expansion des sables bitumineux. "C’est un virage à 180 degrés", reconnaît volontiers Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada. "Au total, chaque jour, ce sont plus de 6 millions de barils de pétrole qui resteront dans le sol grâce à cette décision. Cela représente 154 millions de tonnes de CO2 par année qui ne seront pas émises dans l’atmosphère".

Le changement de cap est radical pour la province qui produit à elle seule plus du tiers des gaz à effet de serre du pays (267 millions de tonnes de CO2 en 2013), et se place au deuxième rang des réserves mondiales de brut, grâce à ses bassins de sables bitumineux évalués à 2 000 milliards de barils. Et, il y a encore quelques mois, il était question de doubler ou même tripler la production. Seul bémol, "le plafond est encore trop élevé, et la province n’a pas encore annoncé ses cibles de réduction", regrette Patrick Bonin.  

Contre toute attente, le programme du gouvernement est soutenu par les industries pétrolières. Mais ont-elles vraiment le choix ? "Elles sont face à un cul de sac. L’inaction du gouvernement albertain nuisait à leur industrie. Rattrapées par la réalité climatique, elles doivent changer d’attitude, mais il ne faut pas penser qu’elles vont devenir exemplaires", met en garde Patrick Bonin. Ce revirement s’impose pour améliorer la réputation environnementale de l'Alberta et pour contribuer à l'acceptation des exportations énergétiques de la province. "Le président américain nous a donné un coup de pied dans les dents quand il a refusé Keystone XL ", a rappelé Rachel Notley, qui n’aurait jamais pu présenter un tel plan si le Premier ministre conservateur Stephen Harper était toujours au pouvoir.  

 

Une lucrative taxe carbone  

 

La taxe sur le carbone mise en place devrait rapporter environ 3 milliards de dollars par an, et sera réinvestie dans le secteur des énergies renouvelables, notamment l’éolien. Et elle s’accompagnerait d’une hausse à la pompe de 4,7 cents le litre. Le coût annuel moyen du chauffage résidentiel augmentera lui de 320 dollars d'ici 2017, et de 470 dollars en 2018. Néanmoins, la province envisage de mettre en place des rabais spéciaux pour les particuliers, petites et moyennes entreprises, les Premières Nations (populations amérindiennes) et les employés de l'industrie du charbon.   

Lundi soir à Ottawa, à l’issue de la première conférence fédérale-provinciale depuis près de 7 ans, les premiers ministres canadiens ont tous salué le plan albertain et se disent "prêts à agir ensemble dans le combat contre les changements climatiques". Brad Wall, le premier ministre conservateur de la Saskatchewan, une province à l’ouest du Canada, s’est cependant inquiété de l'impact que ces futurs accords pourraient avoir "sur les emplois et le secteur de l’énergie qui a déjà subi de lourdes mises à pied".   

Une délégation canadienne, menée par le nouveau Premier ministre Justin Trudeau, se rendra à Paris la semaine prochaine avec l’objectif précédemment fixé par les conservateurs, soit une réduction des émissions de 30% par rapport à 2005, d’ici 2030. Comme il l’avait déjà annoncé, le gouvernement Trudeau souhaite poursuivre la discussion avec ses homologues provinciaux dans les 90 jours qui suivront la conférence parisienne pour avoir "des objectifs forts, mais également un plan crédible pour les atteindre".

Johanna Sabys, correspondante à Montréal
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