Publié le 02 décembre 2015

ISR / RSE

Mesurer l’engagement climatique des entreprises, un défi méthodologique

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le CDP (ex-Carbon Disclosure Project), spécialisé dans l’analyse de l’impact des principales entreprises mondiales sur le climat, ont lancé mercredi 2 décembre, au Bourget, où se tient la COP21, la phase pilote de leur projet ACT ("Assessing low-carbon transition"). L’objectif : mettre en place une méthodologie partagée au niveau international pour mesurer l’engagement des entreprises par rapport à leur réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Trente entreprises vont participer à cette phase de test. Le rapport final sera remis lors de la prochaine Conférence climat, la COP22 qui se tiendra à Marrakech, au Maroc.

Photo d'illustration
Crédit: Sascha Steinach / DPA-ZENTRALBILD / dpa Picture-Alliance/AFP

Distinguer les entreprises réellement compatibles avec une trajectoire de réchauffement climatique limité à 2°C d’ici la fin du siècle, voilà l’ambition du projet ACT. Alors que les engagements des entreprises et des investisseurs se sont multipliés depuis plus d’un an – la plateforme Nazca compte par exemple 2 025 engagements d’entreprises et 424 d’investisseurs – il est urgent de se pencher sur la question de la méthodologie.

"Nous allons regarder les actions des entreprises sur trois axes : leurs politiques d’investissement, leurs stratégies et leurs décisions opérationnelles, précise Pedro Faria, directeur technique du CDP. Le but est d’analyser la cohérence de ces différents indicateurs avec une trajectoire bas-carbone".

 

Espace de dialogue avec les investisseurs

 

Présenté début novembre, le projet ACT vient d’entrer dans sa phase pilote. Pendant un an, jusqu’à la prochaine COP, une trentaine d’entreprises, spécialisées dans la production d’électricité, la fabrication automobile ou la grande distribution vont tester cette méthodologie. Pour l’heure, une quinzaine d’entre elles se sont déjà portées candidates. Beaucoup sont françaises. On trouve par exemple le groupe Casino, Carrefour, Engie, EDF, Renault ou Décathlon. Mais il y a aussi l’italien Enel, ou le finlandais Kesko.

"Ce qui a motivé ces entreprises c’est d’abord qu’elles adhèrent au concept, détaille Thomas Goudron, ingénieur à l’Ademe. Le fait que nous abordions le problème d’un point de vue sectoriel est également très parlant pour elles. Et puis cette initiative permet de créer un espace de dialogue avec les investisseurs et de comprendre leurs attentes sur ce sujet qui sont nombreuses".

 

"Que les pouvoirs publics s’en saisissent"

 

Pour l’instant, seuls les trois secteurs cités plus haut sont visés. "Des secteurs clés pour construire une économie bas-carbone", explique Romain Poivet, ingénieur à l’Ademe. "Le secteur de l’électricité pourra contribuer à hauteur de 34 % à l’effort de réduction des émissions dans un scénario 2°C selon l’Agence internationale de l’énergie. De même, l’automobile est amenée à subir d’importantes transformations. Demain, ce ne seront peut-être plus des fabricants de voitures mais des loueurs de services. Enfin la grande distribution joue un rôle clé puisque c’est l’intermédiaire entre les biens de consommation et le consommateur".

Mais l’objectif, à terme, est bien d’appliquer la méthodologie à tous les secteurs et de servir de socle à de futures réglementations. "L’enjeu est que les pouvoirs publics s’en saisissent", commente François Moisan, directeur exécutif de la stratégie et de la recherche, directeur scientifique de l’Ademe.  

 

Des informations clés pour les investisseurs

 

Cette démarche vient compléter un mouvement de fond sur le reporting extra-financier des entreprises et des investisseurs, porté notamment par la France. Tous les regards sont en effet tournés vers la mise en place de l’article 173 de la loi de transition énergétique, dont le projet de décret est en consultation depuis le 27 novembre et jusqu’au 7 décembre. Il impose aux investisseurs institutionnels de rendre publiques leur exposition au risque climatique, leur contribution à la lutte contre le changement climatique et leur action de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’article concernant le reporting extra-financier des entreprises leur impose par ailleurs d’inclure dans leur rapport de gestion annuel l’empreinte carbone de leur activité et des produits et services qu’elles délivrent, dès l’exercice 2016. Son projet de décret est en cours d’élaboration et devrait être publié au printemps. "Nous sommes très intéressés par le projet ACT, souligne Anne Guillou, du ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie (MEDDE), notamment sur le suivi des entreprises dans la durée".

Mais ce projet s'adresse avant tout aux investisseurs. "Ils ont besoin d’indicateurs, d’objectifs vérifiables voire auditables pour pouvoir expliquer leurs choix aux actionnaires", conclut Mattew Arndt, de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui soutient ACT. "L’important est de ne pas juste se focaliser sur les secteurs les moins émetteurs mais de s’adresser à toutes les entreprises y compris les plus intensives en carbone". Le projet ACT pourrait ainsi être un véritable levier de transformation.  

Concepcion Alvarez
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