Publié le 18 février 2016

ISR / RSE

Le manque de transparence de l’industrie automobile inquiète les investisseurs

Le Volkswagate continue à secouer l'industrie automobile, notamment en France. En attendant le résultat des 50 premiers tests de pollution de la commission Royal, prévu aujourd’hui, Renault et Peugeot sont pointés du doigt : les deux constructeurs n'ont pas souhaité répondre à deux ONG britanniques sur le respect des normes d’émissions. Des associations pourtant soutenues par une coalition d’investisseurs institutionnels pesant quelque 800 milliards d’euros d’actifs...

Photo d'illustration
AFP

Le scandale de Volkswagen va laisser de durables séquelles. La dissimulation à grande échelle de ses émissions polluantes par le constructeur allemand a levé le voile sur l’opacité de tout un secteur. Tous les acteurs sont désormais interrogés sur ces sujets, par des actionnaires et des investisseurs de plus en plus avides de transparence. Mais ceux-ci vont avoir fort à faire si l’on en croit le rapport des ONG britanniques ShareAction, qui promeut l’investissement responsable, et InfluenceMap, qui suit la façon dont les entreprises influencent les politiques climatiques, publié lundi 15 février. Deux ONG soutenues par 19 grands investisseurs (dont AXA IM), représentant plus de 800 milliards d’euros d’actifs. 

 

Mieux comprendre les intentions environnementales des constructeurs

 

Au lendemain des révélations sur les pratiques de Volkswagen, à la mi-octobre, ceux-ci envoient une série de lettres aux principaux constructeurs mondiaux. "En tant qu’investisseurs", écrivent-ils, ils veulent "comprendre l’attitude et les agissements de l’industrie automobile sur les questions règlementaires et environnementales". Et éviter les risques liés à un nouveau scandale (Volkswagen a fait perdre à ses investisseurs 15 milliards d’euros depuis octobre 2015). 

Et ces risques sont multiples. Il y d’abord la menace financière liée aux poursuites pénales concernant les fraudes ou aux amendes pour non-respect des normes environnementales. Mais aussi le risque réputationnel et le risque climatique... Le questionnaire qu’ils envoient alors interroge donc les constructeurs sur la façon dont ils se préparent aux nouvelles régulations d’émissions de gaz à effet de serre sur le point d’être édictées en Europe et aux États-Unis et sur le lobbying qu’elles exercent auprès des autorités.

Quelques mois plus tard, force est de constater que tous n’ont pas joué le jeu de la transparence. Les Français Renault/Nissan (dont les derniers tests commandés par le gouvernement français ont révélé de forts dépassements de normes CO2 et NOx) et Peugeot Citroën PSA n’ont pas répondu au questionnaire. Tout comme Ford. Daimler a, de son côté, fait une réponse aussi lapidaire que désarmante : "il n’y a aucune raison pour que nous soyons concernés". Et ce, alors même que le constructeur a dû payer des amendes au gouvernement américain pour ne pas avoir respecté les standards d’efficacité de consommation de fuel CAFE.

Honda, Toyota, Fiat, General Motors et BMW redressent le niveau, en fournissant de quoi entamer un dialogue réel avec les investisseurs. Volkswagen, enfin,  a pris le temps de répondre aux questions, mais sans mentionner le scandale. Ni ses répercussions...

 

Un manque de transparence nuisible sur le long terme

 

"Plusieurs grandes compagnies ont échoué à répondre à notre requête et nous en concluons que nous sommes face à un problème de transparence dans l’industrie. Dans une perspective d’investisseurs de long terme, c’est une mauvaise nouvelle. Le manque de transparence nuit à la capacité du marché à mettre un prix correct sur le risque", déclare ainsi Charlotta Dawidowski Sydstrand, du fonds de pension suédois AP7. Un investisseur institutionnel qui précise vouloir s’assurer que les constructeurs sur lesquels mise le fonds sont engagés dans la lutte contre le changement climatique.

"Le manque de réponse de compagnies comme Nissan/Renault, Peugeot/Citroën ou Ford pose de vraies questions sur la façon dont ces compagnie prennent en compte ces sujets et cela peut potentiellement réduire leur capacité à garder leurs parts de marché, dans lequel les standards d’émissions vont rapidement se renforcer", enchérit  Seb Beloe, le directeur de recherche du groupe WHEB, spécialisé dans l’investissement responsable (IR). 

Mais pour PSA, l’absence de réponse à cette initiative s’explique par la volonté d’une "parfaite équité d’accès aux informations pour tous ses investisseurs". Dans une réponse écrite à Novethic, le groupe - qui rappelle être "le seul constructeur à voir intégré la technologie SCR (destinée à traiter les NOx) sur toutes ses voitures diesel en Europe" - explique avoir choisi la "communication publique systématique pour éviter toute confusion sur ces sujets" (notamment par le biais de communiqués de presse) et invite à la consultation de l’ensemble de ses publications, parmi lesquelles le rapport RSE dont un chapitre est consacré à la "Transparence et intégrité des pratiques d’influence".

Jusqu'à présent, le groupe Renault/Nissan est quant à lui resté silencieux.

Béatrice Héraud
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