Publié le 27 juin 2017

ISR / RSE

La RSE oubliée des Assemblées générales des grandes entreprises françaises

La saison des Assemblées générales vient de s’achever. Plus calme que prévu, elle n’en apporte pas moins des enseignements sur la façon dont les grandes entreprises françaises intègrent la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) dans leurs stratégies et leurs relations avec les actionnaires. Ces enjeux sont de plus en plus présents dans les débats mais des acteurs manquent à l'appel pour porter ces sujets. 

Assemblée générale d'LVMH, le 13 avril 2017
Capitalcom

La saison des Assemblées générales (AG) touche à sa fin en France. De l'avis commun, elle fut plus calme que prévu, notamment sur le plan des rémunérations. Pour autant, faut-il comprendre qu’il ne s’est rien passé en matière de RSE ? Non, quelques enseignements sont à tirer de cette saison.

Pour le cabinet de conseil Capitalcom qui suit chacune des AG du CAC40 on assiste notamment à un décloisonnement de plus en plus fort entre les sujets RSE et financiers ("integrated thinking"). "Les entreprises sont en train de franchir une étape intéressante. Elles ne parlent plus forcément de RSE en tant que tel dans leurs présentations, mais elles en évoquent différents aspects – sociaux, environnementaux, etc. -  au fil de l’Assemblée générale. La RSE fait désormais partie, à différents niveaux, de la stratégie de l’entreprise. C’est un signe positif qui va vers une intégration plus forte et vertueuse de ses différentes dimensions", assure Caroline de La Marnierre, DG fondatrice de Capitalcom. Les sujets RSE ont d'ailleurs été portés par le PDG, le président du Conseil ou du directoire dans 80% des cas, note-t-il dans son bilan annuel. 

Une vision que ne partage pas Bénédicte Hautefort, éditrice de l’Hebdo des AG : "Dans les exposés, la RSE a un peu été le parent pauvre. Elle n’a pas occupé plus de trois ou quatre minutes", souligne-t-elle. Avant d'expliquer: "Les entreprises parlent très bien de leurs engagements de développement durable dans leur communication corporate mais beaucoup moins dans leur communication financière auprès des actionnaires. Et ce, alors même que les investisseurs responsables sont de plus en plus importants et que des indices comme ceux de Vigeo-Euronext permettent d'avoir une évaluation des sociétés cotées sur leur performance en responsabilité sociale".

Quant aux débats, sans éluder les questions de RSE (12%), ils ne lui ont pas donné la place qu’elles mériteraient "au regard des enjeux et du cadre légal favorable (avec la loi Sapin 2 et celle sur le devoir de vigilance). La RSE devrait être plus présente chez les actionnaires", juge Viviane de Beaufort, professeure à l’ESSEC et co-dirigeante du Centre Européen de Droit et d'Economie.

Un activisme qui reste le fait des ONG

Or l’activisme sur ces sujets est surtout le fait des ONG, qui ont durci le ton, en particulier Les Amis de la Terre, désormais habitués des AG des banques et des énergéticiens ou Greenpeace qui a posé pas moins de 11 questions écrites à Total cette année ! "Les revendications bruyantes des ONG soulignent le cap qui nous reste à franchir, assure Bénédicte Hautefort. Elles nous rappelle que l'empreinte carbone, le travail des mineurs, la dignité des animaux et plus largement les sujets de RSE sont aussi des sujets de gouvernance. Il est normal, et souhaitable, qu'ils soient abordés en assemblée, et profondément affligeant que leurs initiateurs soient encore tournés  en dérision par certains (heureusement pas les dirigeants d'entreprise)".

La préemption du sujet par les ONG - et encore, seulement quelques-unes d'entre elles- fait aussi tiquer Viviane de Beaufort :"d’autres acteurs devraient être plus actifs. D'autres ONG comme Transparency International, mais aussi les actionnaires individuels ou les fonds d'investissement responsables, ce sont de bons leviers d’un activisme que j’appelle moralisateur".

Au final, les discours et débats sur la RSE ont porté essentiellement sur le changement climatique et un peu moins sur les questions sociétales, excepté à l’AG de Lafarge-Holcim très marquée par les affaires en cours sur le financement du terrorisme en Syrie. Elles ont aussi quasiment occulté les ODD (objectifs de développement durable), les questions, pourtant cruciales, relatives aux risques ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et le devoir de vigilance dans la chaîne de sous-traitance.

Une "révolution" stratégique 

Mais la "révolution" est en marche, veut croire Capitalcom. "Auparavant les entreprises parlaient de crise, puis d’évolution et de transformation, maintenant elles parlent littéralement de ‘révolution’ de leur business model. C’est notamment le cas de la transition énergétique, très présente dans les AG puisque la moitié des entreprises du CAC a traité spontanément le sujet du climat (et ont dû faire face à des questions d’actionnaires, NDLR)", se réjouit Guillaume Finger qui pilote le suivi des AG chez Capitalcom

Pour le cabinet de conseil, ce qui ressort également c'est que les entreprises "insistent sur le fait que cette révolution doit se faire main dans la main avec leurs collaborateurs, leurs actionnaires et l’ensemble de leurs parties prenantes".

Un effort de pédagogie sur les sujets sensibles

Concernant les rémunérations des dirigeants, les rejets que pouvaient craindre les entreprises, chez Renault-Nissan par exemple, n’ont pas eu lieu. Ce parce que "les entreprises ont redoublé de pédagogie et de rigueur dans la présentation de leurs dirigeants pour s’adapter aux nouvelles exigences de la loi Sapin 2. L’effort d’explication est devenu la norme", assure Alicia Couderc, de l’Institut du Capitalisme responsable.

Des points de crispation ont tout de même pu être notés concernant par exemple le manque d’alignement entre la performance de l’entreprise et les rémunérations au titre de 2016. 25% des résolutions "Say on Pay" (demande de justifications sur les salaires des dirigeants) du CAC40, ont fait l’objet d’un vote dit "sensible", c’est-à-dire à faible majorité.

L’effort de pédagogie a aussi été porté sur les conseils d’administration (CA). On attendait évidemment les questions de mixité avec l’objectif (atteint) de 40 % d’administratrices du fait de la loi Copé-Zimmermann. Nous avons aussi assisté à un travail d’explication du rôle et des compétences des administrateurs.

Un effort qui n’est certainement pas déconnecté d’une attente de transparence de plus en plus forte de la part des actionnaires.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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