Publié le 09 avril 2015

EMPREINTE TERRE

Eric Piolle, maire de Grenoble : "la ville est un organisme vivant, pas une usine"

Il y a un peu plus d'un an, le 4 avril 2014, Eric Piolle devenait le premier maire écologiste d'une ville de plus 100 000 habitants. 12 mois plus tard, et alors que s'ouvre la biennale de l'habitat durable de Grenoble, il dresse le bilan de son action et détaille sa méthode. Entretien.

Eric Piolle, le maire de Grenoble, photographié en janvier 2015 dans les locaux de Novethic.
Antonin Amado / Novethic

Novethic : Notre-Dame des Landes, Sivens, le center parcs de Roybon plus près de chez vous... Les tensions de nature écologistes n'ont cessé de croître depuis un an. Le problème que pose ce type de projet n'est-il pas finalement du domaine de l'acceptation sociale?

Eric Piolle : Je pense que le problème est plus large que cela. Il existe à mon sens un décalage entre des projets qui sont dans la ligne d'un modèle dépassé et les aspirations de la population aujourd'hui. Ces projets sont d'ailleurs portés par des gens qui tentent d'éviter l'effondrement de ce modèle qui ne fonctionne plus.

Soit vous dépensez votre énergie pour préserver le système existant, soit vous faites émerger le modèle de demain, basé sur les enjeux du XXIe siècle comme le réchauffement climatique, ou la préservation de l'eau et de la biodiversité.

 

Novethic  : En tant qu'élu de terrain, comment tentez-vous de conjuguer votre aspiration écologiste, pour laquelle vous avez été choisi, et la croissance économique de la commune dont vous avez la responsabilité ?

Eric Piolle : Il faut d'abord expliquer les choses de manière globale. Ce qui fonctionnait pendant les 30 Glorieuses et qui a amené du progrès après la deuxième guerre mondiale est désormais obsolète. Les tenants de la croissance du PIB sont aujourd'hui face à un échec patent. Poursuivre cette augmentation, c'est un leurre. Nous étions à 5,9 % de croissance moyenne dans les années 60, 3,9 % dans les années 70 et ce chiffre n'a cessé de baisser depuis.

Cela fait plus de 30 ans que cette mesure de notre richesse globale n'est plus adaptée. Le PIB continue de croître depuis 3 décennies mais nous n'avons pas pour autant réglé les inégalités ou amélioré la qualité de l'enseignement, l'espérance de vie chute depuis 8 ans... Localement, je constate que le dialogue n'est pas facile avec les politiques qui défendent une vision passéiste. Il est en revanche plus facile avec les entreprises, qui voient des opportunités de développement dans ce nouveau contexte.

 

Novethic : Mais concrètement, quel bilan tirez-vous de votre première année à la tête de la ville de Grenoble ?

Eric Piolle : À notre arrivée, nous avons dû lutter contre une culture de propriétaire, qui était l'apanage aussi bien de l'UMP que du PS. Ce qui a rendu la transition tumultueuse. Les mesquineries sont encore nombreuses, notamment dans la gestion de projets communs avec le conseil général de l'Isère.

Malgré cela, je pense que nous avons tout de même réussi à créer une dynamique, notamment avec le président socialiste de la métropole grenobloise. Nous essayons aussi d'imposer la sobriété dans l'action publique, de débloquer des dossiers qui l'étaient depuis des années, comme celui du stade des Alpes ou encore du palais des congrès.

 

Novethic : Quel est votre méthode ?

Eric Piolle : D'abord, travailler avec des gens qui sont issus de mouvements citoyens, qui vivent leur engagement public comme un moment un peu à part de leur vie. C'est une situation qui offre une grande liberté. Nous sommes probablement la seule ville de plus de 100 000 habitants où tous les élus de la majorité siègent dans le même groupe.

Le fait de travailler avec des personnalités issues de la société civile rend aussi plus facile le dialogue avec les citoyens, qui sont réellement consultés en amont de nos projets. Cette discussion avec la population nous oblige à formuler et à légitimer nos propositions. Elle permet aussi aux grenoblois de s'approprier ces projets. La Ville est un organe vivant, pas une usine. Les habitants ne sont pas des pions régulés par un ordinateur de bord. L'ingrédient principal du changement, ce sont les projets des grenoblois. C'est notamment pour cela que nous leur laissons par exemple une grande liberté dans la végétalisation de la ville. Cette transformation doit venir de la base, pas être imposée par une autorité.

 

Novethic : Vous venez du monde l'entreprise. Faut-il, comme on l'entend régulièrement, gérer une collectivité de la même manière ?

Eric Piolle : Non, car en politique, le pouvoir vient du bas. Cela n'a strictement rien à voir. Quand j'étais cadre dirigeant chez HP, j'avais sous ma responsabilité des équipes dans une trentaine de pays. Nous avions fréquemment des discussions mais à la fin, c'est moi qui prenais une décision. En politique, le pouvoir est ascendant. Cela n'empêche pas de rechercher l'efficacité.

 

Novethic : L'une de vos décisions phare a été de démonter l'affichage publicitaire sur la voie publique. Une ville sans pub, ça change quoi ?


Eric Piolle : Le démontage est en cours. Il y a 2000 m2 de panneaux à démonter. Les retours des habitants sont incroyablement positifs. Ils nous disent qu'ils ne pensaient même pas que c'était possible. Cette ville-là est sans doute plus douce sans des images vous incitant à acheter de la lingerie féminine, de l'alcool ou une voiture.

Propos recueillis par Antonin Amado
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