Publié le 13 novembre 2014

EMPREINTE TERRE

Accord Chine-Etats-Unis sur le climat : quels engagements réels derrière cette annonce ?

Un accord que les deux pays ont qualifié d’"historique" a été signé mardi 11 novembre. La Chine et les Etats-Unis, les deux premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, se sont fixé de nouveaux objectifs en matière de lutte contre le changement climatique. Ces engagements chiffrés et annoncés en commun marquent effectivement un tournant dans leur implication au sein des négociations internationales sur le climat. Mais les récentes annonces sont trop faibles pour espérer limiter la hausse des températures globales à 2 degrés d’ici la fin du siècle.

En visite officielle en Chine, Barack Obama est reçu à Pékin le 12 novembre 2014 par le Premier ministre Li Keqiang.
© Mandel Ngan / AFP

A eux deux, ils représentent presque 45% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Alors quand les Etats-Unis et la Chine signent un accord sur le climat, autant dire qu’il s’agit d’un signal fort dans la lutte contre le changement climatique. Celui signé mardi 11 novembre est-il pour autant "historique", comme le disent les deux parties ?

Dans un sens, oui. Car jusque-là, les deux pays s’étaient surtout illustrés par leur volonté de ne signer aucun accord contraignant au niveau international sur la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

 

Un tournant positif des stratégies

 

Ces nouveaux engagements chiffrés et annoncés en commun marquent donc un réel tournant dans leur stratégie. "On peut le voir comme une caution à  un accord à la conférence onusienne sur le climat qui se déroulera à Paris en 2015, analyse Thomas Spencer, le directeur du programme climat de l’IDDRI (1).  Le timing des annonces est très bon, car elles vont sans doute donner un coup de pouce aux négociations de Lima (qui vont se dérouler en décembre, NDLR). Le fait que les pays les plus émetteurs donnent les premières lignes de leurs engagements chiffrés, attendus début 2015, montre qu’ils sont vraiment engagés dans le processus. Et cela peut faire bouger d’autres acteurs", souligne le chercheur.

Les nouveaux objectifs sont-ils pour autant à la hauteur des enjeux climatiques ? Il y a quelques jours à peine, le Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) rappelait dans la synthèse de son 5e rapport l’importance de viser une limitation de la hausse de la température globale à 2°C à la fin du siècle. Pour ce faire, les émissions mondiales devraient être réduites de 40 à 70 % d’ici 2050 par rapport à 2010, et ramenées à un niveau "proche de zéro" d’ici à 2100.

 

Chine : une date butoir pour le pic des émissions… un peu trop lointaine

 

Selon les annonces faites le 11 novembre, la Chine, désormais premier émetteur mondial, devrait atteindre le pic de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 au plus tard. Un cap inenvisageable il y a quelques années seulement, soulignent les experts. Car il montre une prise de responsabilité nouvelle de la part de la Chine, elle qui a toujours mis en avant le principe des "responsabilités communes, mais différenciées", selon lequel la responsabilité de la lutte contre le réchauffement planétaire incombe principalement aux pays développés.

Jusque-là, cela signifiait: pas d’engagement sur une réduction des émissions. Cependant, il faut bien voir que le cap de 2030 reste lointain. Et flou, car le pic n’est pas chiffré. "Cet engagement est significatif, car il implique d’arrêter le modèle de croissance actuel très intensif en énergie d’ici 2030, mais cela implique aussi qu’il faudra faire d’énormes efforts dans les années qui suivront si on veut atteindre les préconisations du GIEC. Car à cette date, un Chinois émettra sans doute environ 10 tonnes de CO2 par an, qu’il faudra réduire à moins de 2 en 2050 pour limiter la température à 2°C !", souligne Thomas Spencer.

Autre engagement de la Chine: intégrer au moins 20% d’énergies non fossiles dans la consommation d’énergie du pays en 2030 (nucléaire, éolien, solaires et autres sources). A ce jour, le charbon demeure, et de loin, la première source d’énergie du pays. Au final, cet objectif sur les énergies non fossiles est donc intéressant mais timide, si l’on prend en compte le fait que leur part actuelle se situe déjà aux environs de 11%.

 

Etats-Unis : des engagements limités par la cohabitation entre Barack Obama et les Républicains

 

Du côté américain, les annonces portent sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28% d’ici à 2025 par rapport aux émissions de 2005, année la plus émettrice pour les Etats-Unis. Un nouvel objectif qui doublera le rythme actuel de réduction des émissions (de 1,2% entre 2005 et 2020 à 2,3% ou 2,8% entre 2020 et 2025), précise la Maison-Blanche. Dans le contexte actuel, l’engagement est "économiquement et socialement réaliste, mais politiquement ambitieux", selon Emilie Alberola de CDC Climat (la branche climat de la Caisse des dépôts dont Novethic est une filiale).

Car les Républicains, désormais majoritaires au Congrès, feront barrage à toute nouvelle réglementation sur le climat. Barack Obama devra donc faire preuve de créativité et de pugnacité pour mettre en œuvre ses engagements. Selon le think tank américain World Research Institute, "l’objectif montre un engagement sérieux" et "est fondé sur ce qui est réalisable en vertu du droit américain existant". Il "met les États-Unis sur la voie de réduire ses émissions d’environ 80% au milieu du siècle". Mais pour cela, "il restera beaucoup d’efforts à fournir après 2025 », rappelle Thomas Spencer.

 

Une nouvelle dynamique pour un accord international en 2015

 

L’accord sino-américain sur le climat acte aussi un nouveau jeu de rôle international sur le climat. Le G2 du climat instauré à Copenhague est plus que jamais d’actualité, mais cette fois dans une dynamique positive par rapport à Copenhague, où les deux pays avaient plutôt freiné les ambitions climatiques, notamment européennes. "Cet accord se situe hors du cadre des Nations Unies, souligne Emilie Alberola. Il montre que, pour Paris 2015, l’on s’oriente sans doute vers un accord global composé d’une galaxie d’autres accords dont celui dévoilé mardi sera sans doute l’une des pièces maîtresses."

Alors que "le processus onusien menant au Protocole de Kyoto (qui régit les engagements internationaux depuis 2005, NDLR) avait tenté de faire des Nations Unies le gendarme du climat, l’ONU risque plutôt de se transformer en chambre d’enregistrement du climat, où les Etats déposeront leurs engagements en termes de réductions des émissions de gaz à effet de serre".

Selon l’agenda onusien, en tout cas, chaque Etat devra avoir publié sa contribution au futur accord d’ici à la fin du premier semestre 2015. Le temps de les évaluer et de les ajuster pour la conférence de Paris, à la fin de l’année.

(1) Institut du développement durable et des relations internationales (institut de recherche sur les politiques).

Béatrice Héraud
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