C’est un drame en cinq actes qui pourrait enfin s’achever. Sam Altman, patron déchu d’OpenAI, limogé brutalement de l’entreprise vendredi 17 novembre par son conseil d’administration, reprend finalement les rênes. La quasi-totalité des salariés menaçaient de démissionner suite à son éviction, et Microsoft, actionnaire principal, l’avait même embauché.

C’est un dénouement heureux pour Sam Altman et digne des meilleurs épisodes des Feux de l’amour. L’ex-numéro 1 d’OpenAI, société à l’origine de ChatGPT, reprend finalement sa place au sein de l’entreprise. "Nous avons trouvé un accord de principe pour que Sam revienne chez OpenAI comme PDG", a annoncé sur X (anciennement Twitter) OpenAI. L’acte 1 de cette folle histoire qui a tenu en haleine toute la planète tech s’est déroulé vendredi 17 novembre, quand les membres du conseil d’administration ont décidé d’évincer Sam Altman de son entreprise. Dans la foulée, le cofondateur d’OpenAI, Greg Brockman, annonçait sa démission en signe de soutien.
Pendant tout le week-end (acte 2), Microsoft, qui détient 49% du capital d’OpenAI en ayant déjà investi 13 milliards de dollars dans la startup, a fait pression sur le conseil d’administration pour qu’il réintègre Sam Altman. Face au refus du CA, lundi 20 novembre, le géant de l’informatique a finalement annoncé que Sam Altman rejoignait ses rangs. "Nous sommes extrêmement heureux d’annoncer que Sam Altman et Greg Brockman ainsi que leurs collègues, rejoindront Microsoft pour diriger une nouvelle équipe de recherche avancée sur l’IA", déclarait sur X le DG Satya Nadella dans un acte 3 plein de rebondissement.

Un nouveau conseil d’administration


L’acte 4, lui, est venu des salariés d’OpenAI. Plus de 700 salariés, sur 770, ont envoyé une lettre lundi 20 novembre au conseil d’administration, menaçant de démissionner si les deux cofondateurs ne reprenaient pas leur place et que de nouveaux membres intégraient le conseil d’administration pour rééquilibrer les pouvoirs. En coulisses, Microsoft avait promis à l’ensemble des potentiels démissionnaires de rejoindre l’équipe créée par Sam Altman en son sein. Face à une telle pression, si le CA a au début fait la sourde oreille, il a finalement cédé. Acte 5 : mercredi 22 novembre, Sam Altman reprend les rênes d’OpenAI.
"J’aime OpenAI et tout ce que j’ai fait ces derniers jours était au service de cette équipe et de sa mission. Lorsque j’ai décidé de rejoindre Microsoft dimanche soir, il était clair que c’était la meilleure voie pour moi et pour l’équipe", a-t-il écrit dans un tweet.


Et le PDG de Microsoft de renchérir : "Nous pensons qu’il s’agit d’un premier pas essentiel sur la voie d’une gouvernance plus stable, mieux informée et plus efficace". Deux nouvelles têtes font leur arrivée dans le CA : Bret Taylor, l’ancien co-directeur général de Salesforce, un géant des logiciels d’entreprise et Larry Summers, l’ancien secrétaire au Trésor américain. Selon une source de Bloomberg, Microsoft pourrait également être représenté. Adam d’Angelo, directeur actuel de Quora, reste au conseil d’administration sans que l’on sache à l’heure actuelle si les autres membres siégeront toujours ou non. Et l’importance est de taille car ce sont eux qui sont à l’origine de l’éviction de Sam Altman.

Deux visions de l’intelligence artificielle s’affrontent 


Officiellement, l’ancien board a débarqué Sam Altman car "il n’était pas toujours franc dans ses communications". Un motif bien léger pour évincer celui qui a cofondé OpenAi. En toile de fond, c’est une véritable guerre idéologique qui se joue, et deux visions de l’intelligence artificielle qui s’affrontent. D’un côté, le mouvement Effective Altruism, baptisé EA, qui vise à "agir, et réguler pour faire le ‘bien’ dans le monde, quitte à freiner l’avancée technologique", comme le rapporte le spécialiste Thibault Louis sur LinkedIn. De l’autre, l’Effective Accelerationism abrégé en e/acc : "Courant techno-enthousiaste qui vise à aller le plus vite possible en technologie et embrasser les changements en s’y adaptant".
Au moins trois membres de l’ancien conseil d’administration, Tasha McCauley, Helen Torner et Adam d’Angelo sont proches du mouvement EA. Ils ont déjà alarmé sur les dérives de l’intelligence artificielle, au contraire de Sam Altman qui pousse au développement effréné de l’IA, avec quelques gardes fous. C’est d’ailleurs lui qui a poussé OpenAI, à l’origine une association à but non lucratif, à se transformer en entreprise. C’est aussi lui qui a fait monter au capital Microsoft et qui pousse à la commercialisation de nouveaux produits. Cette saga est le symbole des fractures idéologiques au sein de la Silicon Valley. 
Marina Fabre Soundron 

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