Publié le 13 juin 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Google, Facebook, les appels au démantèlement se multiplient

Utilisation des données personnelles, influence sur les élections démocratiques, etc. Les géants américains du numérique multiplient les controverses. La course à la taille des Gafa semble les avoirs poussés à devenir trop gros pour être totalement responsables. Au point que des actionnaires engagés ont appelé à leur démantèlement pendant les assemblées générales. Un appel que les pouvoirs publics pourraient relayer.

Google pixabay
Google a fait l'objet d'une résolution actionnariale demandant son démantèlement.
@Pixabay

La période est chahutée pour les géants américains du numérique. Citoyens, investisseurs et régulateurs s’en prennent, chacun à sa façon, aux pratiques des Gafa, ces entreprises tellement puissantes qu’elles finissent par se distancer du reste de la société. Utilisation inconsidérée des données personnelles, optimisation fiscale agressive, positions monopolistiques, influence incontrôlée sur des élections démocratiques… Les griefs sont nombreux contre ces entreprises encore jeunes – une vingtaine d’années -, qui semblent faire peu de cas de leur responsabilité sociétale.

Au dernier G20 Finance, les États sont parvenus à un accord sur la fiscalité de ces entreprises, les Gafa étant devenus les champions de l'optimisation de leurs revenus fiscaux. Mais le décalage entre ces grands groupes et leurs parties prenantes a été particulièrement flagrant pendant leurs assemblées générales. Chez Amazon, des salariés manifestaient devant le site de la réunion pour que leur entreprise soit plus respectueuse du climat. Chez Facebook, des associations comme Fight for the Future étaient encore plus virulentes, avec un gigantesque "Fire Mark Zuckerberg" ("Virez Mark Zuckerberg") projeté sur la façade de l’hôtel où se retrouvaient les actionnaires et les administrateurs du réseau social.

Les actionnaires donnent de la voix

Les investisseurs engagés eux-aussi ont donné de la voix, mais à l’intérieur des assemblées générales. Ils ont fait une proposition fracassante : chez Google et Facebook, des actionnaires menés par SumOfUs ont déposé des résolutions demandant à casser ces conglomérats trop gros pour être responsables. Dans leur résolution pour Facebook, les actionnaires engagés justifient leur position : "Nous pensons que les actionnaires pourraient obtenir plus de valeur d’une réduction stratégique volontaire de la taille de l’entreprise plutôt que de la vente d’actifs imposée par les régulateurs".

Les dirigeants de ces groupes restent encore accrochés à la stratégie qui les a conduits au somment. Ils n’ont globalement pas répondu à leurs parties prenantes. Mais combien de temps leur position sera-t-elle tenable ? Outre les résolutions d’actionnaires responsables, les voix qui dénoncent leur hégémonie viennent de toute part.

Aux États-Unis, outre les résolutions actionnariales, le risque de monopole commence à entrer dans le viseur des pouvoirs publics. Elizabeth Warren, candidate aux primaires démocrates, fait du démantèlement des géants numériques l’une de ses propositions de campagne. L’administration américaine se penche également sur la taille de Google, Apple, Facebook et Amazon. Elle pourrait lancer des enquêtes anti-trust dans les prochains mois. Les démantèlements de grands groupes restent assez rares, le dernier remonte à 1982 pour l’opérateur télécoms AT&T. Mais les indices concordants s’accumulent.

Une question de souveraineté numérique

L’Europe également s’inquiète de cette hégémonie, même si elle n’a pas de pouvoir de démantèlement. Google a néanmoins fait l’objet de poursuite pour abus de position dominante, avec une amende de près de 3 milliards de dollars à la clé. Mais c’est la question de la souveraineté numérique européenne qui agite les pays européens.

L’application du droit de la concurrence a empêché l’émergence de géants européens… laissant toute la place aux Américains. La France commence à s’en inquiéter. Un rapport de L’inspection Générale des Finances (IGF) remis en avril dernier à Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, constate que l’Europe est bien plus dure avec ses entreprises, tant en matière d’aides d’État qu’en matière de politique anti-trust, que ne l’est l’administration américaine. "La concentration des marchés a augmenté aux États-Unis depuis vingt ans, tandis qu’elle a diminué en Europe", estime l’IGF.

Le service de Bercy préconise notamment d’instaurer une supervision des acteurs systémiques du numérique, pour vérifier les stratégies d’acquisition de ces conglomérats et de leur imposer plus de transparence sur les données qu’ils gèrent. Reste à savoir quelle vie le gouvernement veut ou peut donner à ce rapport.

Arnaud Dumas @ADumas5


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