Publié le 14 mai 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Dividendes, écarts salariaux, impôts… Oxfam dénonce les dérives du CAC 40

Dans sa dernière étude sur les entreprises du CAC 40, Oxfam France et Basic jugent que les pratiques des grandes entreprises se sont dégradées. Les bénéfices sont trop fléchés vers les actionnaires, au détriment des investissements et des salariés, tandis que les écarts salariaux s’accroissent. Des inégalités que la loi Pacte devra corriger.

Cac 40 copyright phototechno
Depuis 2009, plus de deux tiers des bénéfices des entreprises du CAC 40 ont été reversés aux actionnaires.
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La richesse mondiale est de moins en moins bien répartie. "En 2017, 82 % des richesses créées ont bénéficié aux 1 % les plus riches, alors que les 50 % les plus pauvres n’en ont reçu que des miettes", rappelle l’ONG Oxfam. Une situation à laquelle l’Hexagone n'échappe pas. Les 10 % les plus riches y possèdent 50 % des richesses.

Dans leur dernier rapport "CAC40 : des profits sans partage", Oxfam France et le BASIC (Bureau d'Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne) pointe du doigt le rôle joué par les plus grandes entreprises cotées. Les deux ONG mettent en lumière "une tendance lourde dans les choix économiques qui contribuent à alimenter la spirale des inégalités".

Les entreprises ont retrouvé leur rentabilité après la crise. Et désormais, plus de deux tiers des bénéfices sont reversés aux investisseurs. Un taux qui a plus que doublé par rapport aux années 2000, où il se situait aux alentours de 30 %. Depuis 2009, les entreprises ayant versé le plus de dividendes sont Total avec 43,5 milliards d’euros, Sanofi avec 37,9 milliards et Engie à 27,6 milliards.

Écart salarial : un facteur 300

Les premières victimes sont le réinvestissement et les salariés. "En 2011, alors que les bénéfices étaient en baisse de plus de 10 %, les entreprises du CAC 40 ont augmenté les dividendes versés aux actionnaires de plus de 15 % (+5,9 milliards d'euros) et sacrifié leur capacité à investir en la diminuant de plus de 38 % (-17 milliards d'euros)", rapporte l’étude.

L’écart salarial semble également s’aggraver entre les hauts dirigeants et le salaire moyen. "En 2016, les PDG du CAC 40 gagnaient en moyenne 257 fois le SMIC et 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés, alors que ce dernier écart n'était que de 97 en 2009", calculent les auteurs.

En haut du "podium", on trouve Carrefour dont le patron, Georges Plassat à l'époque (auquel Alexandre Bompard a succédé en 2017), touche 9,7 millions d’euros par an, soit 306 fois le salaire moyen. Vient ensuite Bernard Arnault, PDG de LVMH, qui avec 7,8 millions d’euros soit 270 fois le salaire moyen. Enfin, Emmanuel Faber, PDG de Danone, perçoit 4,8 millions d’euros, soit 227 fois le salaire moyen.

Enfin, tous ces géants continuent à mettre en place des stratégies d’évitement d’impôts. 1 454 filiales seraient situées dans des paradis fiscaux, dont 1 100 en Europe. LVMH en compte 234, BNP Paribas 172, la Société Générale 133, le Crédit Agricole 131 et Total 130. Le rapport souligne "qu’il ne s’agit pas d’une preuve formelle d’évasion fiscale", mais interroge sur le cas d’entreprises qui "affichent des taux d’imposition plus faibles que les 33 % en vigueur en France".

Le rôle de la loi Pacte

"Si les patrons du CAC 40 n'ont pas caché leur joie sur l'embellie de leurs marges depuis 2009 et leurs profits record de l'année 2017, ils se sont faits beaucoup plus discrets sur la manière dont ils ont redistribué ces profits avec l'ensemble de leurs salariés", déplore Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France.

"Nous espérons que ce travail inédit de traitement des données permettra aux citoyens, syndicats et autres parties prenantes de porter la question du partage des richesses dans le débat public", déclare Sylvain Ly, porte-parole du Basic. Pour les deux ONG, ces questions sont d’autant plus importantes que le gouvernement prépare la loi Pacte (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises). Elle vise à élargir l’objet social des entreprises à d’autres finalités que la recherche du profit.

"Avec la loi Pacte, Emmanuel Macron peut prendre le leadership de la lutte contre les inégalités", assurent Oxfam et Basic. Dans ce cadre, elles proposent des mesures à ajouter à ce projet comme : encadrer les rémunérations des actionnaires à un niveau au maximum équivalent à la part des bénéfices reversés aux salariés, appliquer au maximum un facteur 20 entre la rémunération la plus haute et la rémunération médiane de l'entreprise ou pondérer le droit de vote des actionnaires en fonction du nombre d'années de détention de leurs titres.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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