Publié le 20 avril 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

[Décryptage] La gouvernance d’entreprise à l’épreuve de la famille Bolloré

Vincent Bolloré a profité de l’Assemblée générale du groupe Vivendi le 19 avril pour annoncer qu’il transmettait à son fils Yannick la présidence du conseil de surveillance de ce groupe coté. Il impose ainsi une succession dynastique au sein d’une entreprise membre du CAC 40 sans que les mécanismes de contrôle de gouvernance puissent apparemment l’en empêcher.

AG Vivendi Bollore 19 avril 2018
L'AG 2018 de Vivendi s'est déroulée le 19 avril à l'Olympia.
@Vivendi

Les mécanismes de contrôle et de contrepouvoirs sont à la base des règles de bonne gouvernance qui font, en principe, des entreprises cotées des organisations mieux surveillées que celles dites à capital familial. Mais que se passe-t-il quand le président du conseil de surveillance d’une entreprise cotée met en place un mode de gouvernance patrimonial où les liens du sang priment sur toute autre considération ?

C’est le "business case" soumis par Vincent Bolloré non seulement aux actionnaires de Vivendi, dont son groupe détient 29 % du capital, mais plus largement à la communauté de ceux qui prônent le droit des actionnaires à exercer un contrôle sur la façon dont est dirigé l’entreprise !

Un cas unique

"Je n’ai pas souvenir d’un cas de figure de ce type", explique Loïc Dessaint, directeur du cabinet Proxinvest. "Dans ce mode d’organisation, le conseil de surveillance doit, comme son nom l’indique, surveiller le directoire qui est aux commandes. Or Yannick Bolloré dirige le groupe Havas détenu par Vivendi dont il préside maintenant le Conseil de surveillance. Il va donc se surveiller lui-même ! Mieux, il s’est aussi sélectionné lui-même puisqu’il est membre du comité de nominations qui est chargé de trouver les candidats ayant les meilleures compétences pour la fonction !"

Vincent Bolloré n’est pas à son premier coup de gouvernance à la hussarde. Les AG 2016 et 2017 ont été émaillés d’épisodes qui ont souvent pris par surprise les grands investisseurs qui décident de leur vote plusieurs semaines à l’avance.

Ils ont été une nouvelle fois pris de court puisque l’annonce de la désignation de Yannick Bolloré n’est intervenue que le jour de l’AG, trop tard pour réagir dans cette période d’intense activité pour l’exercice du droit de vote. Une seule journée peut concentrer l’organisation d’une douzaine d’AG au sein du SBF 120 !

Des nuages judiciaires

La bonne gouvernance est un critère important pour les investisseurs responsables qui considèrent qu’elle leur permet de sélectionner les entreprises dont les stratégies sont les plus solides. Celle du groupe Bolloré/Vivendi ne leur semble pas toujours lisible, mais pour l’instant la locomotive Universal tire le train.

Canal Plus sert les intérêts africains du groupe. Mais quid de l’avenir si les nuages judicaires se précisent et que la stratégie de contenus se résume à l’emblématique Cyril Hanouna et à son Touche pas à mon poste, dont les audiences sont en baisse ? Cela sera un bon moyen de mesurer si la notation sur des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) d’un groupe est synonyme ou non de création de valeur à moyen long terme !

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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