Publié le 18 avril 2019

FINANCE DURABLE

Verdir le système financier : une nouvelle mission pour les banques centrales

La lutte contre le changement climatique peut faire des miracles. Elle est non seulement capable de transformer des banquiers centraux en apôtres de l’environnement mais ramène aussi la régulation prudentielle à des considérations concrètes sur les risques financiers liés au climat. C’est ce qu’a montré la réunion à Paris du Réseau pour le Verdissement du Système Financier qui réunit 36 banques centrales.

De Gauche à droite: Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre; François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France; Franck Elderson, le président du Network for Greening the Financial System (NGFS) le 17 avril 2019.
@Banque de France - Tiffany Bataille

C’est un changement de paradigme dans l’évaluation des risques financiers. Ce 17 avril, le Network for Greening the Financial System (NGFS), le groupe des régulateurs sur la finance verte qui réunit 36 banques centrales au niveau mondial, a publié son rapport "Appel à l’action - Le climat source de risque financier" (1) dans un cadre solennel et prestigieux, la Banque de France. Pour encourager ce changement, les membres du réseau sont venus en masse.  

Le message qui y a été porté est on ne peut plus clair. "Si nous nous alignons sur les 1,5 degrés de réchauffement prévu par l’Accord de Paris, nous devrons gérer de très nombreux risques de transition" souligne Frank Elderson, président du NGFS et représentant de la Banque centrale néerlandaise, ajoutant : "Si nous nous dirigeons vers les 4 degrés alors ce sont les risques physiques liés aux catastrophes en série que nous devrons gérer !".

Mobiliser l’ensemble des régulateurs, en Afrique et aux États-Unis

Ce message n’allait pourtant pas de soi il y a quelques années seulement. "Que de chemin parcouru en si peu de temps", a ainsi souligné François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France, rappelant que le réseau avait été lancé il y a seulement dix-huit mois et qu’il réunit aujourd’hui 36 banques centrales venues des 5 continents.

Mais le travail de mobilisation doit encore se poursuivre pour créer un effet d’entrainement auprès des pays qui manquent toujours à l’appel. "Nous n’avons pas assez de banques africaines dans le réseau" a déclaré Sylvie Goulard, vice gouverneure de la Banque de France évoquant la nécessité pour les membres du NGFS de faire "des road shows dans le monde entier pour expliquer, expliquer, et ré-expliquer à ceux qui ne pensent pas comme nous." En tête de liste figure bien sûr la grande absente de cette réunion internationale : la FED, la banque centrale américaine. 

Intégrer les risques climat dans l’évaluation de la stabilité financière

Pour les convaincre, le rapport recense les meilleures pratiques d’ores et déjà mises en œuvre par les banques centrales les plus engagées. Mais le réseau formule aussi des recommandations. Organisé en trois groupes de travail (supervision des acteurs économiques, régulation macro-économique et verdissement du secteur financier), il a travaillé pendant des mois pour aboutir à six recommandations.

Quatre concernent les banques centrales :
- Intégrer les risques liés au climat dans l’évaluation de la stabilité financière et la micro-supervision.
- Intégrer les facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans la gestion des portefeuilles des banques centrales.
- Combler les lacunes de données
- Mobiliser les compétences et développer de l’assistance technique tout en partageant des connaissances en évaluation des risques.

Deux recommandations concernent les pouvoirs publics
- Obtenir une information solide et cohérente au niveau international concernant le climat et l'environnement.
- Soutenir le développement d'une taxonomie d’activités durables.

L’appel à une taxonomie d’activités durables et des reportings en ligne avec la TCFD

Les membres du NGFS sont conscients d’avoir encore beaucoup à faire pour transformer le secteur financier. Il faut s’appuyer sur deux piliers selon François Villeroy de Galhau : "une taxonomie d’activités durables et des obligations de reporting conformes aux lignes directrices de la TCFD". La première ouvrira la possibilité de mieux évaluer les risques des activités considérées comme non durables (Brown penalizing factor) et les secondes permettront de renforcer la qualité des informations sur les émissions de gaz à effet de serre des entreprises et les financements qui leur sont accordées.

Dernier volet : augmenter les financements verts. Si les besoins en investissements dans le seul secteur de l’énergie sont évalués à 900 milliards par an, les émissions de green bonds n’ont représentés que 100 milliards de dollars pour toute l’année 2018. A l’échelle de la France, les investissements dans des fonds verts cotés s’élèvent à 23 milliards d’euros, soit 1,3 % des encours de la gestion d’actifs. La finance n’est pas encore verte mais le NGFS espère bien la transformer en profondeur !

 

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, directrice générale de Novethic

 

(1) Le rapport est disponible ici 


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