Publié le 09 décembre 2017

FINANCE DURABLE

Charbon, transparence, offre verte : la fédération française de l’assurance prend trois engagements pour le climat

À l’occasion du One Planet Summit, la Fédération Française de l’Assurance (FFA) annonce trois initiatives destinées à lutter contre le changement climatique. Elles concernent le charbon, des offres vertes et la transparence climatique. À la fois impacté par le changement climatique et acteur de son financement en tant qu’assureur, le secteur est fortement attendu sur le sujet, notamment par les ONG qui juge ses engagements insuffisants.

Ouragan planete changement climatique pixabay
Avec la multiplication des catastrophes naturelles, les assureurs se retrouvent en première ligne sur le climat.
Pixabay

Alors que le One Planet Summit doit faire office de catalyseur d’engagements de la part des acteurs économiques et financiers sur le climat, le secteur de l’assurance est attendu sur le sujet. Des annonces individuelles de la part de grands noms comme Axa sont prévues. Aussi, la Fédération Française de l’Assurance, qui rassemble 280 sociétés d’assurances et de réassurance (99 % du marché), a tenu à réaffirmer l'engagement de l'ensemble de la profession à travers plusieurs axes d'action. 

 

1 - Le charbon à l’index

La FFA prend "acte" de "la volonté de ses membres de ne plus investir dans les entreprises qui ne renonceraient pas à leur plan de développement de nouvelles centrales à charbon". "Ce qui est important, c’est que ce point fait désormais l’unanimité", précise Arnaud Chneiweiss, délégué général de la fédération.

La FFA les appelle à aller plus loin et à "définir une stratégie d’investissement reposant sur l’évaluation de l’exposition de leurs portefeuilles au charbon et la définition de seuils d’investissement selon des critères de chiffre d’affaires et de mix énergétique charbon". Sans pour autant préciser le seuil qu’elle estime le plus pertinent.

Mis sous pression par les ONG, un nombre croissant d’assureurs se désengage de cette énergie particulièrement polluante. Depuis 2015, 15 grands assureurs mondiaux ont ainsi retiré plus de 20 milliards de dollars du charbon, selon UnfriendCoal. Mais l’effort doit encore être poussé pour être à la hauteur de l’enjeu.

Selon une étude du cabinet Profundo, huit groupes d’assurance français, au premier titre desquels Axa, détiennent des actions et obligations d'un montant total de plus de 926 millions de dollars dans les 120 entreprises les plus agressives en matière de constructions de nouvelles centrales à charbon. Et les seuils de désinvestissement restent encore disparates. Pour le centre de recherche de Novethic, qui a récemment publié un guide sur le désinvestissement "le seuil d’exclusion de 30 % est un standard de marché minimum".

 

2 - Plus de transparence sur le climat

La FFA annonce également une initiative conjointe avec le Medef pour plus de transparence sur les données climat à la fois des entreprises et des investisseurs. L’initiative a pour objectif d’établir un socle commun, basé sur les recommandations de la TCFD, la Task Force du G20 sur la transparence financière sur le climat.

"Les assureurs sont encore limités dans leur reporting par le manque de données des entreprises or ils ont besoin de celles-ci pour faire leurs choix d’investissement. De leur côté, les entreprises ont besoin de connaître les stratégies des assureurs pour consacrer les moyens adéquats", précise Pauline Becquey, responsable du développement durable de la FFA. Ce travail, qui débutera en 2018, sera axé sur deux secteurs prioritaires en matière d’émissions de gaz à effet de serre : l’énergie et les transports. Avant d’être élargi à d’autres secteurs.

Les recommandations de la TCFD visent à assurer une meilleure transparence sur les risques et opportunités financières liées au climat. De grands assureurs comme Aviva et Axa se sont déjà engagés à la suivre mais aussi l’ACPR, le régulateur français de l’assurance. Les assureurs français, contraints par la loi de transition énergétique à publier ce type de données (article 173), sont plutôt mieux placés que leurs homologues d’autres pays. Mais leurs publications restent encore très inégales et peu compréhensibles en dehors du cercle des experts…

 

3- Des offres vertes ou responsables en assurance-vie

Tous les membres de la FFA s’engagent enfin, d’ici fin 2018, à inclure dans leur offre d’assurance-vie, un support vert ou responsable. Pour crédibiliser cette offre, la FFA précise qu’ils devront bénéficier d’un label à caractère ESG, c’est-à-dire prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance ou climat, que ce soit à travers les labels ISR (investissement socialement responsable) ou TEEC (Transition écologique et énergétique pour le climat, pour lequel le centre de recherche de Novethic est auditeur). La FFA ne se fixe cependant aucun objectif chiffré.

Selon deux études (Aviva et WWF), 60 % des Français sont favorables à ce que leur épargne serve à financer la lutte contre le changement climatique mais n'ont que très peu connaissance des offres existantes. L’assurance-vie est l'un de leur produit favori : 37 millions d’entre eux en ont souscrit une. En 2017, les encours de ces produits dépassent les 1 680 milliards d’euros.

4 - Un appel pour le climat

Le 12 décembre, la FFA a aussi joint 35 fédérations européennes et internationales d'assureurs et de réassureurs pour un "Appel pour le climat", alertant l'ensemble des parties prenantes sur les conséquences en cas de non respect de l'Accord de Paris sur le climat. L'année 2017 s'annonce comme une année record en termes de coût des catastrophes climatiques, pour les assureurs mais aussi les populations et les économies.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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